mercredi 21 janvier 2015

RD Congo : une muraille assiégée doit tomber

Œil d’Afrique : Que pense l’acteur politique que vous êtes des scènes de violence dans quelques villes de la République Démocratique du Congo ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Effectivement, depuis le 19 janvier, la situation est très tendue à Kinshasa et dans un bon nombre de villes en République Démocratique du Congo alors que le projet de loi électorale est en train d’être examiné au Sénat. Dans « un article«  que votre site a d’ailleurs publié, j’écrivais ceci : « Il est connu que les descendants de Béatrice Kimpa Vita, de Simon Kimbangu, de Joseph Kasa Vubu, de Patrice Lumumba et de tant d’autres héros nationaux ne sont pas de moutons. Ils ont su mettre un terme à la colonisation belge quand ils en ont eu assez d’injustices sociales. Ils ont su lâcher le maréchal Mobutu Sese Seko quand ils ont compris qu’il conduisait le pays à la ruine. Et, le moment venu, ils sauront de nouveau changer le cours de leur Histoire pour « un Congo meilleur et davantage éclairé » ». Nul ne peut se mettre, me semble-t-il, au-dessus de la volonté populaire.
Œil d’Afrique : On ne reconnaît plus la pondération qui vous caractérise, au point de vous démarquer des autres acteurs politiques congolais. Cela est dû à quoi ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Détrompez-vous. Je suis resté constant dans mon cheminement politique. L’opposant modéré que je suis a sans arrêt considéré que, par rapport à la mauvaise foi du régime en place à Kinshasa et aux difficultés que rencontre l’opposition institutionnelle pour faire triompher l’ordre démocratique, seul le peuple congolais, qui plus est le souverain primaire, peut agir pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel et l’émergence d’une nouvelle majorité. Ainsi ai-je très récemment supplié les Congolaises et les Congolais, sur les ondes de la Radio Africa n° 1, d’imposer enfin leur volonté à la classe politique.
Œil d’Afrique : Pensez-vous que l’on est en train de vivre les prémices de la fin de règne du régime kabiliste ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : On n’a pas forcément besoin de savoir décortiquer les signes du temps, ni d’avoir fait sciences-po, pour réaliser qu’une muraille assiégée finit toujours par tomber.
Œil d’Afrique : Que veut dire ce message subliminal ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Je suis tout simplement en train d’expliquer qu’aucun régime, aussi surarmé soit-il, ne peut venir à bout d’un peuple déterminé. La situation survenue quelque mois plutôt au Burkina-Faso en est une parfaite illustration. Si l’on ne peut rien contre la volonté d’un individu, il est évident que l’on ne peut que rester impuissant face à plusieurs volontés enclines à un idéal commun. J’ai le pressentiment que les vagues occasionnées par les pierres lancées dans le fleuve Congo, à la hauteur de la ville de Kinshasa, va s’étendre progressivement, par à-coup, en emportant tous ceux qui, de la source à l’embouchure, tenteront de les repousser.
Œil d’Afrique : Peut-on conclure que la révolution qui est en cours à Kinshasa aboutira à la IVe République que vous ne cessez de préconiser ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Certains s’imaginent qu’il suffit d’avoir un Bonaparte pour réussir une révolution. Personnellement, je pense qu’il faille surtout bénéficier des services d’un Talleyrand pour affaiblir un régime autoritaire. Nul n’ignore que la façon la plus efficace de se défaire d’une dictature, c’est de la combattre par tous les moyens. Le PPRD et ses alliés sont majoritaires au Parlement, mais non à l’extérieur de l’enceinte du Palais du peuple. La rue doit comprendre qu’elle a le pouvoir de découdre en toute légitimité ce qui a été mal cousu à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Œil d’Afrique : Alors, entre Bonaparte et Talleyrand, en qui vous reconnaissez-vous ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Je ne peux pas être « le diable boiteux », car je n’évolue pas dans les institutions de la République. Doit-on pour autant penser, par syllogisme, que je suis Napoléon ? Ma conception de la conquête du pouvoir, et de son exercice, s’apparente plutôt à une vision mitterrandienne. Mon souhait le plus cher, c’est que les Congolaises et les Congolais retrouvent enfin la dignité à laquelle ils ont droit. Si je peux agir pour que leur vœu soit exaucé, je ferai en sorte que, d’une manière ou d’une autre, il en soit ainsi. Comme un bon nombre de mes compatriotes, j’essaie à ma façon d’apporter ma modeste contribution en vue de la grandeur de la République Démocratique du Congo.
Propos recueillis par Roger Musandji