dimanche 27 mars 2011

LAÏCITÉ 2011, TOUR D’HORIZON

« La vraie laïcité, c’est d’empêcher que les gens utilisent leur foi pour adresser aux autres des messages d’intolérance. » S’étant appuyé sur cette phrase de Jacques Delors dans Citations du XXe siècle, Gaspard-Hubert Lonsi Koko a axé d’une part son intervention, dans la tâche qui lui était impartie à propos d’un tour d’horizon sur la laïcité lors d'un dîner-débat organisé le 25 mars à Paris par la fédération francilienne de la Gauche Moderne, sur l’inadéquation entre les textes et l’usage que l’on en fait. D’autre part, étant lui-même un éternel immigré polyvalent, il a mis l’accent sur le rôle de la laïcité dans l’intégration, ou alors l’insertion, des personnes étrangères.

Pour M. Lonsi Koko, en droit, les textes constitutionnels définissent la France, la Turquie, l’Italie, le Portugal et la République Démocratique du Congo comme étant des démocraties, ou des régimes laïques. Aux États-Unis, le cinquième amendement prévoit et garantit la liberté de conscience alors que le Président prête serment sur la Bible. La France n’échappe pas à pareille ambivalence. En République Démocratique, contrairement au dispositif constitutionnel, les officines religieuses occupent de plus en plus une place prépondérante dans la gestion de la chose publique.

En effet, en se référant à ces quelques exemples, force est de constater que les textes fondateurs assurent la laïcité de l’État. Néanmoins, une vigilance constante est nécessaire dans leur application et leur explication par les services publics.

Bien entendu, il ne faudrait surtout pas tomber dans le manichéisme. De plus, on ne doit nullement réduire le thème de la laïcité à la seule différence entre le religieux et le non-religieux. Agir de la sorte, c’est transformer la laïcité en une nouvelle église axée sur l’intolérance. Cela est tout fait contraire à la conception républicaine qui, dans l’absolu, veut que l’on s’enrichisse de la diversité, que l’on rassemble, dirait-on dans certains milieux, tout ce qui est épars.

S’agissant du “vivre ensemble”, nous devons avoir absolument à l’esprit quelques aspects relatifs :
- au rejet des extrémistes propres à chacune des religions monothéistes ;
- à l’engagement contre l’exclusion, les discriminations et le racisme de la part de l’entité majoritaire ;
- à la reconnaissance du fait qu’aucun texte religieux originel n’évoque la laïcité, ce concept étant apparu ultérieurement (en 1871, pour ce qui est de la France) ;
- à la reconnaissance du fait que la laïcité ne peut exister que s’il y a séparation de l’État et des églises ;
- aux éventuels problèmes qui risquent de se poser dans la consolidation de l’Union européenne, compte tenu du fait que seuls trois pays – en l’occurrence la France, le Portugal et l’Italie – ont une constitution laïque ;
- aux éventuels conflits fonciers et ethniques, pour ce qui est de la République Démocratique du Congo ;
- à l’ignorance du mot “laïcité” par la majorité des citoyens ;
- au fait que la Tolérance devrait être la référence ;
- à la question ayant trait à l’éducation religieuse à l’école : allusion aux cours sur “l’histoire des religions” et non sur l’histoire religieuse.

Le fait d’être laïque suppose que l’on est profondément démocrate. Or, la démocratie nous apprend la Tolérance, sans laquelle il n’y aura qu’incompréhension entre les humains. La laïcité constitue de facto un levier indispensable à la lutte contre l’intolérance et ses conséquences : à savoir les discriminations, l’extrémisme, le rejet de l’autre...

Il est important de rappeler que la laïcité ne se réfère ni à l’athéisme, ni à l’anticléricalisme, mais au fait de vivre dans un pays où la séparation de l’État et des églises est reconnue. Contrairement à certaines conceptions, la laïcité n’est nullement antinomique avec la croyance en un Créateur Universel ou à n’importe quel dieu. Elle doit plutôt consolider les mécanismes de l’intégration républicaine dans la mesure où elle a vocation à :
- faciliter l’intégration des non-nationaux par le biais de l’école ;
- encourager l’exercice de la citoyenneté au plan local, s’agissant des immigrés ;
- permettre, pour les étrangers qui le souhaitent, l’accès à la nationalité.

En guise de conclusion, M. Lonsi Koko a affirmé avec force et vigueur que la cohabitation humaine sera harmonieuse non seulement par la seule acceptation de la laïcité, mais, surtout, par l’assimilation des valeurs républicaines avec tout ce qu’elles impliquent comme droits et devoirs.

Arthur Mbata Mbuta