vendredi 5 juillet 2013

Concertations nationales : Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko



1. Le président Joseph Kabila vient de signer l’ordonnance relative à la création d’un forum national en vue des concertations nationales. La diaspora congolaise n’y a pas été associée en tant que composante à part entière. Un espoir déçu pour le groupe « Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue » (DCFD) qui a tant milité  pour la tenue de ces assises ?
Il est vrai que l’ordonnance présidentielle relative au forum national dénommé « Les Concertations Nationales » ne mentionne nullement la participation de la diaspora comme composante à part entière. Non, ce n’est pas un espoir déçu pour la  DCFD. En politique, disait François Mitterrand, la désillusion est une sottise. Le bon sens voudrait que le règlement intérieur, prévu par l’article 3 de ladite ordonnance, veille à ce que la diaspora soit traitée à sa juste valeur. C’est un préalable important que, personnellement, j’ai posé.

2. Quelle suite a été réservée à votre demande de participer à ces assises ?
Je constate seulement que les propositions faites dans notre cahier des charges correspondent aux thèmes des États généraux des concertations nationales. D’une part, nous avons souhaité que les assises soient non seulement financées par le gouvernement congolais et présidées par des nationaux mais puissent aussi avoir Kinshasa comme cadre. D’autre part, nous avons proposé que les travaux de ces assises se fassent dans un délai raisonnable. Ensuite, nous avons préconisé les thèmes relatifs à la légitimité et au renforcement des institutions étatiques, à la relance économique et à la politique sociale, à la souveraineté nationale, à la sécurité ainsi qu’à la paix, aux droits et devoirs des Congolais de la diaspora ainsi qu’à la nationalité congolaise d’origine, et, enfin, à la mise en place d’une commission « vérité et réconciliation ». Quant au sort réservé à notre démarche, nous nous trouvons dans la même situation que toutes les structures ayant introduit un cahier des charges. Nous attendons donc le verdict. Sera-t-il favorable ? Oui, si le clientélisme n’est pas retenu comme premier critère de sélection.

3. Selon vous, pourquoi le pouvoir ne fait-il pas confiance à la diaspora ?
En quoi la diaspora serait-elle néfaste à la majorité présidentielle ? Personne, désormais, n’ignore l’implication et l’engagement de la diaspora pour faire progresser notre pays. Le non-respect du mode opératoire incluant toutes les composantes de la société congolaise serait par contre nuisible à la bonne tenue de ces assises. Comme toute la classe politique et la société civile, la DCFD pense que seul un dialogue républicain et inclusif – conformément à l’article 215 de la Constitution du 18 février 2006, à l’accord-cadre d’Addis-Abeba et à la résolution 2098 du Conseil de sécurité des Nations Unies – pourra permettre la sortie des crises récurrentes en République Démocratique du Congo, notamment la pacification et la stabilisation de la région des Grands lacs.

4. Croyez-vous vraiment que les participants à ces concertations auront à y « réfléchir et débattre en toute liberté et sans contrainte » ?
On sait seulement que, d’après l’ordonnance présidentielle, les délégués seront issus des institutions publiques nationales, des institutions publiques provinciales et locales, des partis politiques, des autorités coutumières, de la société civile, des personnalités historiques, des experts et des invités du Chef de l’État. J’ignore les critères ayant conditionné ce choix. S’agira-t-il, en grande majorité, des affidés du régime ? Espérons que le patriotisme l’emportera sur le clientélisme. Nous pensons que la qualité des compétences et la sécurité des participants contribueront à la réussite des États généraux, que l’implication de la communauté internationale en qualité d’observatrice crédibilisera davantage les conclusions des travaux et les recommandations à la Nation congolaise.

5. D’aucuns disent que toutes les conditions dans lesquelles se déroulera cette réunion a déjà été ficelé par le pouvoir. Qu’en pensez-vous ?
Il est évident que la crise politique en cours nécessite un patriotisme sans faille dans l’articulation et l’acceptation d’un processus censé aboutir à la cohésion nationale. Le peuple congolais restera-t-il sans cesse l’otage d’une classe politique non désireuse d’agir au profit de l’intérêt national ? Il n’est pas du tout question que la classe politique, opposition et majorité, ainsi que la société civile participent à cette réunion comme des moutons de Panurge pour entériner des décisions déjà arrêtées d’avance. En tout cas, la DCFD ne conçoit pas le dialogue national comme l’arbitrage entre des factions rivales. Elle l’envisage comme une occasion de faire des propositions d’avant-garde pour maîtriser les causes ayant contribué à l’affaiblissement de l’État, à la fracture sociale, à l’incohésion nationale et au risque de balkanisation. Ainsi espérons-nous que, à l’issue des travaux du forum national, un mécanisme de suivi sera mis en place afin de prévenir les tensions, rappeler les décisions de justice et sanctionner en cas de manquement.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France 

Gaspard-Hubert Lonsi Koko, porte-parole du groupe « Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue » (DCFD).

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