mercredi 10 décembre 2014

Le nouveau Gouvernement Matata Ponyo, une vraie aubaine pour une opposition responsable

Le Gouvernement tant attendu en République Démocratique du Congo, plus d’une année après les assises des concertations nationale qui se sont déroulées à Kinshasa, vient enfin de voir le jour. En effet, par l’ordonnance présidentielle n° 014/078 du 7 décembre 2014 portant nomination des vice-Premiers ministres, des ministres d’Etat, des ministres et des vice-ministres, Augustin Matata Ponyo est reconduit à la Primature et une nouvelle équipe gouvernementale mise en place.

Primauté du régime présidentiel


La spécificité de nouveau Gouvernement, dit des concertations nationales, réside dans le fait que le Premier ministre est encadré par trois vice-Premiers ministres qui dépendent directement du seul Président de la République. Par ailleurs, l’entrée au Gouvernement du secrétaire général du parti présidentiel, en l’occurrence Evariste Boshab, va transgresser les dispositifs statutaires et réglementaires du PPRD si l’intéressé ne quitte pas, dans le meilleur délai, l’exécutif dudit parti.
De toute évidence, l’ordonnance présidentielle confirme de facto le déséquilibre dans le binôme qui constitue l’exécutif. Elle rend quasiment obsolète le régime semi-présidentiel et semi-parlementaire qui caractérise le système politique congolais. La mainmise du président de la République sur un Premier ministre archi-minoritaire dans son propre camp, qui plus est davantage affaibli, est une véritable mise sous-tutelle. Celle-ci plébiscite naturellement le régime présidentiel car le Premier ministre ne vaut plus grand-chose. Dès lors que le Chef de l’Etat impose le rapport de force à son avantage par le biais des vice-Premiers ministres qui lui sont attachés, il neutralise définitivement le Premier ministre. Dans pareille circonstance, seul un Parlement non phagocyté, pas du tout domestiqué, peut rétablir le rapport de force en jouant son véritable rôle de contre-pouvoir.

Un débauchage contreproductif


En débauchant le secrétaire général et quelques affidés du MLC, le deuxième parti de l’opposition institutionnelle, le président de la République Démocratique du Congo n’a fait que torpiller, contre toute attente, la cohésion nationale. Pis encore, dans la mesure où les personnes débauchées sont radiées du MLC, Joseph Kabila a échoué dans la tentative de déstabiliser le parti de Jean-Pierre Bemba. De la même façon, l’entrée au Gouvernement d’un député de l’UDPS n’est pas non plus un événement susceptible de porter un coup fatal au parti d’Etienne Tshisekedi.
En tout cas, le temps ne peut que jouer contre le nouveau Gouvernement, lequel est déjà décrié dès son accouchement et n’est pas forcément en mesure de mener une politique susceptible de renforcer la cohésion nationale, de crédibiliser les institutions de la République et de juguler la crise politique qui ne cesse de s’aggraver. L’acte présidentiel n’est perçu que comme une manœuvre en vue d’un remaniement ministériel sur fond de redistribution des maroquins et d’une fuite en avant dont les conséquences seront néfastes, à très court terme, aux enjeux électoraux et sécuritaires.

Du pain béni


Le limogeage des technocrates au profit de gros bonnets de différentes structures politiques a pour conséquences immédiats, peut-on constater, l’inefficacité et l’arbitraire dans le fonctionnement des institutions, ainsi que l’incompatibilité et le déséquilibre constitutionnel dans les rapports entre le Gouvernement et la présidence de la République. Enfin de compte, plus d’une année après les assises des concertations nationales, la montagne a accouché d’une souris. Le choix du président de la République peut donc avoir valeur de pain béni pour l’opposition congolaise qui doit tracer, dans la foulée, des sillons relatifs aux grandes orientations en matière de démocratie et de pacification du territoire national. De plus, l’occasion est très propice en vue de l’émergence d’une opposition intelligente et efficace, constructive et déterminée. Celle-ci doit se former autour d’un projet de société cohérent, et non d’une adhésion à un individu, aussi messianique soit-il, ni à la seule appartenance ethnique.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko