mercredi 10 avril 2013

RDC : Du dialogue national aux négociations de Kampala

Dans un entretien accordé à Œil d’Afrique, Gaspard-Hubert Lonsi Koko donne son point de vue sur le dialogue intercongolais que compte organiser le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, et sur les négociations de Kampala entre le gouvernement congolais et le mouvement du 23 Mars (M23).

Œil d’Afrique : Certaines personnes, au sein de la diaspora congolaise, vous reprochent d’avoir répondu favorablement au dialogue national voulu par Joseph Kabila et d’activer vos puissants réseaux pour que les Congolais de l’étranger y participent. Qu’en pensez-vous ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Personne n’a le monopole de la diaspora. Et tous les Congolais de l’étranger ne sont pas de moutons. La diversité de la diaspora congolaise exclut naturellement le règne de la pensée unique, de l’insulte, d’une quelconque fatwa et de la dictature que tout démocrate doit en principe combattre.
Quelques Congolais estiment que le dialogue inclusif proposé par le président Kabila ne les concerne pas, et c’est leur droit le plus absolu. On doit le respecter. A contrario, d’autres accueillent favorablement l’initiative présidentielle dans l’espoir de mettre un terme à la crise politique qui hypothèque l’avenir de la République Démocratique du Congo. On leur doit aussi du respect. Seule la finalité donnera raison, ou tort, aux uns et aux autres.
Je suis de ceux qui espèrent contribuer, lors de ces assises, à la mise en place des institutions viables, ainsi qu’à l’organisation des élections transparentes et crédibles. Il est vrai que nous avons agi discrètement, grâce au lobbying, en faveur de la participation du président de la République Française, François Hollande, au sommet de la Francophonie qui s’est tenu en octobre dernier à Kinshasa. Nous avons aussi œuvré en vue du changement du mandat de la Monusco et de la mise en place d’une brigade d’intervention afin de stabiliser la région du Kivu. Nous nous activons davantage, par patriotisme, pour qu’un terme soit mis à la dramatique situation dans laquelle se trouve le peuple congolais. Notre souhait, à propos du dialogue inclusif que nous souhaitons républicain, ne concerne nullement le partage du pouvoir. Il a plutôt trait au renforcement de la cohésion nationale, de la pacification et de l’unité du pays. Est-ce cela que l’on me reproche ? Seul quelqu’un qui n’aime pas le Congo peut contester une telle démarche.

Œil d’Afrique : Quel est votre avis sur les pourparlers de Kampala, entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23 ?
G-H. L. K. : Je suis conscient du fait que la politique a horreur du vide. J’étais favorable à la participation de la délégation gouvernementale aux pourparlers de Kampala non pas pour s’aligner sur les positions du M23 et de ses parrains, mais pour les mener en bateau et externaliser la rencontre. Cet objectif a été atteint, car les décisions les plus importantes ont été prises à Addis-Abeba et à New York.

Œil d’Afrique : Et pourquoi les retrouvailles entre les deux parties en conflit ?
G-H. L. K. : La signature de l’accord-cadre d’Addis-Abeba et la mise en place de la brigade d’intervention ont signifié l’échec de la médiation ougandaise dans le cadre de la CIRGL. De ce fait, le gouvernement congolais s’est retrouvé en position de force par rapport au M23. Retourner à Kampala, au moment où le M23 est affaibli, ne peut que paraître incompréhensible. De plus, vu le caractère supranational des décisions prises par l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations Unies, il ne revient plus au président Yoweri Museveni d’arbitrer quoi que ce soit. La délégation gouvernementale devra donc signifier au médiateur ougandais que la République Démocratique du Congo souhaite la nomination d’un Haut représentant des Nations Unies pour superviser l’articulation de l’accord-cadre d’Addis-Abeba et la mise en place d’une institution, dans le cadre du mécanisme du suivi régional, en mesure de sanctionner les éventuels manquements de la part des contractants. Il est hors de question que ces retrouvailles servent à régler des problèmes congolo-congolais, lesquels doivent être évoqués à Kinshasa dans un cadre inclusif.

Propos recueillis par Roger Musandji

© Œil d'Afrique