samedi 6 avril 2013

Développer la RDC, reconstruire la région des Grands lacs

La République démocratique du Congo est un pays très vaste[1] qui compte au moins 69 millions d’habitants et occupe, selon le PNUD, le 168e rang sur 177 en termes de développement humain. Sa population est répartie en plus de 200 ethnies.[2] Son sol et son sous-sol regorgent de nombreuses ressources. Qualifié de « scandale géologique », à cheval sur l’équateur et s’étendant sur deux fuseaux horaires, ce pays est un géant situé au cœur du continent africain et sert de trait d’union entre l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe et l’Afrique centrale. Le Congo-Kinshasa est une puissance économique incontournable, aussi bien dans la région qu’à l’échelle continentale, et occupe de facto une situation géostratégique non négligeable.

Toutefois, même avec son énorme potentiel, il reste un géant aux pieds d’argile miné par l’incohésion nationale et une balkanisation rampante. Cette puissance virtuelle, qui ne cesse de se chercher, peine à décoller. Cela est dû non seulement à l’incapacité de sa classe politique et de son élite à impulser une nouvelle dynamique, mais aussi à l’insécurité.

Depuis l’indépendance en 1960, une série de facteurs fragilisent l’unité du pays. Primo, le territoire national a des frontières artificielles autour du bassin du Congo dont le fleuve fut l’une des voies de pénétration au moment de l’expédition coloniale. Le pays dispose d’une ouverture très réduite sur l’Atlantique : 37 km, soit un peu plus que la largeur du delta. Secundo, la grande diversité ethnique n’a cessé d’être une source de nombreux conflits endogènes et exogènes. De plus, les principales ethnies appartiennent au groupe bantou et vivent à cheval sur des États frontaliers. Tertio, le milieu naturel et ses conséquences sur les infrastructures ont toujours posé problème au développement économique — la moitié du territoire congolais étant couverte de forêts denses. Cela rend les communications difficiles. Le fleuve Congo, qui mesure au total 4 700 km, est navigable seulement sur certains tronçons. À peine 2 % des routes sont asphaltées, d’où la dépendance du pays à ses voisins pour les exportations. Quarto, le Congo est riche en cuivre, or, diamant, niobium, uranium, cobalt, étain, cassitérite, coltan,[3] pétrole, café, cacao, bois rares… Ces ressources, lesquelles sont attractives et suscitent des rivalités à l’intérieur et à l’extérieur, ne cessent d’entretenir les conflits qui affaiblissent le pays dès septembre 1996 [lire la suite].

Gaspard-Hubert Lonsi Koko