jeudi 21 février 2013

Une solution durable à la stabilité de la RD Congo


« La République Démocratique du Congo est un des pays qui méritent plus de recherche et d’attention, et une place de choix sur la liste de nos priorités en matière de politique étrangère », a rappelé le Sous-Secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines, Johnnie Carson, dans un discours prononcé lors d’une rencontre initiée par la Brookings Institution sur l’identification d’une solution durable à l’instabilité de ce pays francophone. 

Ainsi a-t-il rappelé que « la communauté internationale se [devait], moralement, d’agir avec plus d’efficacité en RDC pour rompre [le] cycle de mort et de souffrance, et trouver des solutions aux autres conséquences de [la] violence – les viols et la violence sexuelle inqualifiables perpétrés à l’encontre des femmes et des enfants, les près de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, les quelque 450 000 Congolais contraints de se réfugier dans les pays voisins, et l’absence de vies dans la sécurité et la prospérité pour pratiquement tout le pays », tout comme « le monde ne peut se permettre d’échouer dans ses efforts de stabilisation en RDC ».

Une solution subtile

Johnnie Carson a surtout insisté sur la nécessité de déployer des efforts plus sérieux à l’identification d’une formule qui déboucherait sur une stabilisation durable de la situation en République Démocratique du Congo pour mettre définitivement un terme au cycle de violence et des horreurs : d’où l’obligation d’adopter une solution subtile qui puisse bénéficier de l’appui de la communauté internationale[1].
« Avant toute chose, le gouvernement de la République Démocratique du Congo et sa population sont les premiers responsables [pour] relever les défis auxquels ils sont confrontés », a précisé le Sous-Secrétaire d’État américain – les efforts dans le cadre d’une approche plus pointue et holistique de la communauté internationale ne devant être que complémentaires.

La responsabilité des Congolaises et des Congolais

Il est certain que le patriotisme oblige le peuple congolais à taire ses divergences, dès lors que le pays est menacé de démembrement par des forces négatives bénéficiant du soutien de quelques pays limitrophes et des puissances extracontinentales intéressées par les ressources naturelles du Kivu.
S’impose donc un dialogue inclusif républicain en vue de la cohésion nationale, de l’émergence d’un État de droit et de la stabilisation de la partie orientale. Seule l’existence des institutions fortes et viables permettra de faire juger les auteurs des crimes de guerre et crime contre l’Humanité, d’obtenir des sanctions contre les agresseurs par la communauté internationale et de faciliter la paix sur le plan régional.

Le soutien de la communauté internationale

Le principe du dialogue intercongolais étant quasiment acquis, il faudrait éviter que les assises qui en découleraient soient bâclées à cause du machiavélisme et de la mauvaise foi des acteurs politiques. Il serait donc souhaitable que ce dialogue soit présidé par un Haut représentant des Nations Unies.
Par ailleurs, au regard de la souveraineté de la République Démocratique du Congo, les problèmes internes ne doivent pas être débattus dans un pays étranger. La ville de Kinshasa reste, bien entendu, le cadre idéal d’un dialogue inclusif. De plus, concernant un pays en proie aux conflits ou aux guerres, l’Histoire nous apprend que tous les accords signés à l’étranger ont malheureusement privilégié la balkanisation[2].
Seules les pesanteurs telluriques pourront générer, sur le domaine ancestral, les véritables forces spirituelles indispensables au patriotisme et à la cohésion nationale. Il est évident qu’une approche plus pointue et holistique de la communauté internationale pourra consolider les résolutions qui sortiraient du dialogue inclusif, mais à condition que des mécanismes de contrôle et de sanction, réellement opérationnels, soient mis en place.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

Notes :
[1] Rappelons que les États-Unis sont parvenus à une telle solution pour mettre un terme au conflit dans l’ex-Yougoslavie par le biais des Accords de Dayton. Ils ont réussi à mettre un terme à la plus longue guerre civile qu’ait connue l’Afrique, le conflit au Soudan, grâce à l’Accord de paix global négocié par les États membres de l’EGAD et appuyé par les États-Unis, la Norvège et la Grande-Bretagne.
[2] Les accords de Dayton signés en décembre 1995 entre les présidents serbe Slobodan Milosevic, croate Franjo Tudjman et bosniaque Alija Izetbegovic, sous la supervision du négociateur américain Richard Holbrooke assisté de Christopher Hill, ont abouti à un système de gouvernance tripartite complexe qui a permis de conserver l’intégrité territoriale de la Bosnie et laissé une large autonomie aux entités croato-musulmane et serbe.
L’accord Global et Inclusif de Pretoria signé en décembre 2002 a débouché sur le « 1 + 4 » qui, au lieu de la transition pacifique tant souhaitée, n’a fait qu’enfoncer davantage la République Démocratique du Congo dans une crise politique aux relents « balkanistes ».
Les accords de paix signés à Naivasha au Kenya en janvier 2005 ont accordé au Sud-Soudan une large autonomie pendant six ans, période au bout de laquelle les habitants de la région devaient être conviés à un référendum d’autodétermination.