jeudi 3 février 2011

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko

1. Vous venez de signer aux Editions l'Harmattan un livre, « République Démocratique du Congo, un combat pour la survie », votre projet de société pour le Congo du troisième millénaire, paru en ce début février. Etes-vous prêt à mener ce combat ?
En effet, je viens de publier chez l'Harmattan l'ouvrage que vous venez de citer, qui est le condensé en dix points de nos cent vingt propositions. Contrairement aux candidats qui distribueront de l'argent, des tee-shirts et de la bière aux Congolais pour obtenir leur suffrage, voire ne compteront que sur leur ancienneté sur l'échiquier politique, je préfère m'appuyer sur un programme cohérent en vue de la dignité et du respect de nos compatriotes. Si je viens de rendre public un projet d'envergure pour le Congo de demain, cela signifie que je suis prêt à me jeter dans cette bataille électorale pour la présidentielle de novembre 2011. Sinon, je ne le ferai pas. Mon objectif consiste à œuvrer, dès mon élection, pour l'amélioration des conditions de vie des Congolais. Le calendrier électoral m'oblige à officialiser ma candidature en mai 2011.

2. D'après vous, tout va mal au Congo. Le régime Kabila n'a-t-il pas un bilan défendable ?
La majorité de nos concitoyens constate l'échec du régime en place. Les habitants des cités et des bourgs livrés à eux-mêmes savent que leur vie n'a cessé de régresser pendant les dix années de la présidence de Kabila, que l'insécurité croissante hypothèque davantage leur avenir. Ne pouvant rester indifférent à leurs souffrances, je leur propose un projet de société d'avant-garde, humaniste et fraternel en vue de véritables fondements du Congo d'avenir.

3. Pouvez-vous résumer l'essentiel de votre projet, ce Congo nouveau que vous appelez de vos vœux ?
Mon projet préconise la paix, la réconciliation nationale, la croissance économique, la création d'emplois et l'évolution sociale. Il encourage la refondation du système éducatif et la formation tout au long de la vie, la banalisation de l'accès à la santé, à l'eau, à l'électricité et à la nourriture, la construction des infrastructures dans le cadre du désenclavement du pays ainsi que la circulation des biens et des personnes. Cette politique audacieuse exige le respect de notre souveraineté ainsi que l'intangibilité de nos frontières. Je ferai émerger un grand État doté d'une classe dirigeante clairvoyante, d'une élite compétente et soucieuse de la bonne gouvernance, d'un système judiciaire indépendant et efficace. J'œuvrerai pour une administration structurée au service des administrés, une armée performante et dissuasive, ainsi qu'une police et une gendarmerie nationales garantes de la sécurité. Enfin, mon projet privilégie les libertés d'expression relatives au syndicalisme, à la presse, à la société civile... Mes propositions s'articulent autour des quatre principes fondamentaux : la Liberté, l'Égalité, la Sécurité et la Prospérité. Je demande donc aux Congolais de s'approprier cette initiative pour réinventer collectivement la manière de faire de la politique et rendre possible une alternative crédible.

4. Que pensez-vous du modèle de scrutin à un tour pour la présidentielle en RDC?
Si le processus ayant conduit à cette révision ne viole aucun dispositif constitutionnel, c'est sur le plan moral qu'il faille insister. Nous devons éviter que la manœuvre politicienne de l'AMP ouvre la voie à une présidence à vie et instaure à nouveau la dictature. Dans un pays dont la démocratie n'est pas encore consolidée, la légitimité du président de la République doit être préservée. Seule l'élection à deux tours permet aux électeurs de se prononcer une seconde fois en faveur de leur candidat préféré, ou même de changer d'avis quant à leur préférence entre le premier et le second tours du scrutin, et aux partis politiques ainsi qu'à l'électorat de s'ajuster aux éventuels changements de l'environnement politique survenus en amont. Je rétablirai le mode de scrutin à deux tours aussitôt élu président de la République. Mais, en attendant, ayons l'intelligence de présenter un candidat unique de l'opposition capable de porter dans la durée un projet de société cohérent pour le Congo du troisième millénaire.

5. Les pays arabes d'Afrique du nord connaissent des mouvements de protestation d'une ampleur sans précédent. Les peuples revendiquent la liberté et la démocratie dans leurs pays respectifs. La contagion peut-elle gagner l'Afrique noire, selon vous ?
L'Afrique subsaharienne connaît déjà des soubresauts, notamment en Guinée, au Niger, en Côte d'Ivoire et au Soudan. Mais ce qui se passe en Afrique du nord est très intéressant, car les peuples ont privilégié la manifestation populaire aux dépens de la voie armée. Cela est rendu possible grâce au comportement citoyen des armées concernées. Il revient au peuple d'assumer en dernier ressort, en tant que souverain primaire, ses responsabilités de la manière qu'il le souhaite. Il y a de fortes chances que le processus initié en Tunisie devienne irréversible. Ainsi le vent du Nord risque-t-il de souffler de manière salutaire dans notre pays.

PROPOS RECUEILLIS PAR ROBERT KONGO, CORRESPONDANT EN FRANCE

(*) Président d'Union du Congo et porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC)

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