dimanche 7 juin 2015

Réaction de Gaspard-Hubert Lonsi Koko sur une nouvelle ouverture politique en RDC

Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, est en train de consulter les différentes forces vives de la Nation pour une nouvelle ouverture politique. A cet effet, Œil d’Afrique a souhaité avoir le point de vue de Gaspard-Hubert Lonsi Koko, président du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC).

Œil d’Afrique : Que pensez-vous du dialogue national que prépare le président Joseph Kabila ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Je constate seulement que, presque moins d’une année après avoir mis en place un gouvernement d’union nationale, le président de la République Démocratique du Congo souhaite de nouveau un dialogue avec les forces vives de la Nation. Cela confirme les déclarations du Rassemblement pour le Développement et la paix au Congo (RDPC), ainsi de la Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue (DCFD) relatives au clientélisme ayant caractérisé les assises des concertations organisées en 2013. Au-delà du fait que l’initiative présidentielle pourrait s’apparenter à une réelle recherche des voies et moyens en vue de la résolution de la crise politique en cours, elle confirme de facto l’échec des précédentes concertations.

Quelles sont alors les raisons de l’échec, selon vous, des assises des concertations de 2013 ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Les causes de cet échec sont nombreuses. Le dernier remaniement n’a abouti qu’au débauchage de quelques éléments de l’opposition, mais en aucun cas à la mise en place d’un véritable Gouvernement de cohésion nationale. Le Président de la République aurait dû privilégier un conseil national de transition et non se contenter d’une redistribution des portefeuilles ministériels.
Au-delà de la volonté manifeste de fragiliser l’opposition, le dernier Gouvernement Matata a déséquilibré le binôme qui constitue l’exécutif, en rendant quasiment obsolète le régime semi-présidentiel et semi-parlementaire qui caractérise le système politique congolais. En effet, la mainmise du président de la République sur un Premier ministre archi-minoritaire dans son propre camp a plébiscité le régime présidentiel. En ayant cautionné la neutralisation du le Premier ministre, le Parlement s’est laissé phagocyter. Domestiqué, il a été incapable de rétablir le rapport de force alors qu’il pouvait jouait pleinement son véritable rôle de contre-pouvoir. Force est donc de constater que le magistrat suprême, qui est censé veiller au bon fonctionnement de la Constitution, a contribué à la déstabilisation des institutions étatiques.
Par ailleurs, lors des assises de 2013, les sujets qui préoccupaient tant les populations congolaises n’avaient pas été abordés en profondeur, voire pas du tout. Effectivement, les concertateurs ne se s’étaient pas penchés sérieusement sur les causes originelles de la déstabilisation de la partie orientale de la République Démocratique du Congo. Ils ne s’étaient pas non plus appesantis, dans l’optique d’une renégociation, sur les accords régionaux et internationaux dont quelques clauses finiraient par porter atteinte, si elles restent inchangées, à la souveraineté nationale. Il en était de même pour la sécurisation et la pacification du pays, ainsi que pour la situation socio-économique, lesquelles n’avaient fait que l’objet d’une énumération semblable à un catalogue de vœux pieux.
Enfin, la sélection de la majorité de personnes ayant représenté la diaspora s’est faite, en dernier ressort, sur la base du mercantilisme et de la logique politicienne. Le choix du présidium n’a donc pas été judicieux, puisqu’il a pénalisé le travail au profit du clientélisme et récompensé la flatterie au détriment du mérite. Pis encore, les participants n’étaient pas représentatifs des tendances socio-politiques qui auraient dû être associées aux différents travaux. Ce procédé peu orthodoxe a démontré le manque de sérieux dans l’organisation des assises des concertations nationales.

Œil d’Afrique : Quelles résolutions faudra-t-il prendre pour que, cette fois-ci, le dialogue national que souhaite le président Kabila soit enfin une réussite ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Primo, il va falloir mettre définitivement un terme aux injustices qui ont toujours exclu les Congolais de la diaspora de la gestion de la chose publique et qui ont sans cesse constitué un frein dans leur souhait de s’investir socialement, économiquement et politiquement au pays de leurs ancêtres. Il est également impératif de reconnaître le caractère inaliénable de la nationalité congolaise d’origine, celle-ci devant primer sur toute autre citoyenneté.
Secundo, il est impératif d’encourager les conditions d’une véritable réconciliation nationale autour des valeurs républicaines, dans un élan patriotique collectif, pour la défense de la nation fragilisée et toujours en proie à l’insécurité, ainsi qu’à une crise politique permanente. Dans cette optique, il faudra réfléchir sur le positionnement des forces onusiennes aux côtés des FARDC, à partir des frontières rwandaise, burundaise et ougandaise, afin d’empêcher l’occupation illégale d’une portion de la région du Kivu et de mieux surveiller les flux migratoires.
Tertio, le Gouvernement congolais doit adopter des mesures sociales au profit des populations et des dispositifs légaux en vue d’un Congo-Kinshasa économiquement prospère, sécuritairement pacifié et politiquement démocratique.
Quatro, après les tensions récemment suscitées par les différentes tentatives de réviser l’article 220 de la Constitution du 18 février 2006, il faudra maintenir le chronogramme du calendrier proposé par la CENI tout en décalant légèrement les échéances, de telle sorte que le processus puisse rester inchangé et débuter, pour des raisons techniques, par la tenue des élections locales, municipales et urbaines en 2016 et se terminer par les scrutins présidentiel et législatifs en 2017. Par conséquent, il faudra un consensus politique, grâce au vote par le Parlement d’une loi d’exception, afin de permettre l’intérim de la présidence de la République par le Président du Sénat, ou par le Président de l’Assemblée nationale, jusqu’à l’organisation de l’élection présidentielle et à la prise des fonctions de nouvel élu. L’objectif consistera à ne pas agir contrairement aux articles 70-2 et 73 de la Constitution du 18 février 2006 relatifs à l’installation effective du nouveau Président élu et à la convocation par la CENI de l’élection du Président de la République.
Quintoil va falloir abroger la loi électorale promulguée par le président de la République puisqu’elle viole directement les articles 11, 12, 13 et 66 de la Constitution du 18 février 2006 relatifs à la dignité et à l’égalité en droits, à l’égale protection des lois, à la non-discrimination des Congolais en matière d’éducation et d’accès aux fonctions publiques, ainsi qu’au respect mutuel. Pis encore, les dégâts collatéraux, du fait de ladite promulgation, concernent aussi les articles 69 et 220 de la Loi fondamentale ayant trait à la sauvegarde de l’unité de la République et de l’intégrité du territoire, ainsi qu’à l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Propos recueillis par Roger Musandji

© Œil d'Afrique