jeudi 22 août 2013

Quels sont les critères du choix des délégués de la diaspora en vue des concertations nationales en RD Congo ?

Beaucoup de gens ne cessent de s’interroger sur les préparatifs des concertations nationales initiées par Joseph Kabila, le Président de la République Démocratique. Pour en savoir davantage, nous avons rencontré le délégué et porte-parole de la Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, pour un aperçu sur le volet qui concerne les Congolais de l’étranger.


Œil d’Afrique : Qu’est-ce qui a motivé votre adhésion et celle de vos amis à la déclaration du président Joseph Kabila concernant les concertations nationales ? 
 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Toute initiative politique est à l’origine une démarche personnelle, avant de devenir collective. Dès l’annonce du dialogue nationale par le président de la République Démocratique du Congo, j’ai répondu favorablement. Ensuite, Herman Nzeza Malungidi, Augustin Mukamba et moi-même avons lancé un appel dans l’espoir de regrouper les Congolais de l’étranger qui souhaiteraient travailler dans le sens d’un dialogue républicain et inclusif. C’est ainsi qu’est née la Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue, DCFD en sigle.
Consciente du danger que court le pays, la DCFD a pris la résolution de s’impliquer en faveur de la consolidation des institutions étatiques, de la paix, de la liberté et de l’égalité. Compte tenu de la fragilisation des l’État à cause de la crise politique en cours, vu le risque de balkanisation du pays et l’inquiétude de l’incohésion nationale sans cesse grandissante, la DCFD a donc souhaité faire des propositions d’avant-garde en vue de rassembler le peuple congolais et de réussir le Congo d’avenir. Ainsi, les membres de la DCFD ont-ils vivement espéré parvenir à un consensus qui puisse permettre, au-delà des divergences, une réelle concorde sociale et la consolidation des institutions en vue de la pacification du territoire national. Ces éléments ont motivé notre adhésion à la proposition présidentielle, et non le partage du pouvoir.
 
Œil d’Afrique : Qu’avez-vous fait pour officialiser votre démarche auprès des autorités congolaises ?
 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Le président Joseph Kabila ayant chargé l’honorable Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale, d’engager les pré-concertations entre les différentes forces vives de la Nation, la DCFD a introduit auprès de ses services un cahier des charges dans lequel elle envisageait la réconciliation nationale, du point de vue politique, comme un moyen par excellence de la reconstitution de la souveraineté de l’État. Ainsi avions-nous souhaité non seulement que le dialogue national ait lieu en République Démocratique du Congo, mais que les assises nationales soient surtout dirigées par des Congolais et placées sous l’observation de la communauté internationale. Dans le même ordre d’idées, la DCFD a émis le vœu que l’organisation de ces assises soit financée par l’État congolais. Enfin, les membres de son Bureau de coordination ont voulu avoir des éclaircissements sur les conditions d’accueil des participants au dialogue national, de leur sécurité et des garanties politiques à leur égard.
 
Œil d’Afrique : Pourquoi cet intérêt soudain d’un bon nombre de Congolais de la diaspora aux concertations nationales ? Quelles sont les raisons qui ont réveillé cette conscience patriotique ?
 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Il est vrai que mes amis et moi-même avons été vilipendés, insultés et traités de noms d’oiseaux par les membres de la diaspora partisans du statu quo ante. Je ne peux que me réjouir de l’intérêt croissant et affiché aujourd’hui, par nos compatriotes vivant à l’étranger, pour les concertations nationales. Pour le jauressien que je suis, la politique a toujours été une question de principes et de convictions. Raison pour laquelle je suis partisan d’une opposition constructive. Je ne pouvais donc pas fragiliser l’initiative du président de la République, au moment où se joue la survie de la Nation. Le patriotisme devrait s’imposer à tous les Congolais qui veulent à tout prix éviter la balkanisation.
Quant aux raisons ayant tout à coup suscité l’intérêt de certains Congolais de l’étranger, eux seuls peuvent les expliquer. « Le courage, c’est de chercher la vérité […] C’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel. » Je fais donc mienne cette phrase de Jean Jaurès, laquelle me permet de clarifier la position de la DCFD, ainsi que la mienne, quant à notre démarche relative au dialogue inter-congolais.

Œil d’Afrique : Sur quels critères se feraient alors le choix des délégués de la diaspora ?
 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Excellente question ! Après que la DCFD a demandé par le truchement d’un communiqué de presse la participation d’un représentant de la diaspora à la commission préparatoire des assises, un délégué des Congolais de l’étranger a été désigné sur des bases que tout le monde ignore. Cela pose un sérieux problème quant au choix final par le présidium. Rappelons que sur les 107 cahiers des charges que les Congolais de la diaspora ont introduits auprès des services du président de l’Assemblée nationale, 5 seulement, parmi lesquels figure le nôtre, ont été retenus. Le bon sens voudrait que, au-delà du consensus, le choix des délégués de la diaspora se fasse avant tout sur le mérite et la compétence, en fonction du travail effectué en amont. Il ne serait pas du tout crédible que ceux qui ont travaillé dès le départ, par simple patriotisme, soient exclus au profit d’une vision purement politicienne, personnelle et ethniciste. La DCFD exprime donc, comme cela a été soulevé dans l’article paru dans le journal Le Potentiel, son appréhension quant à la finalisation de la liste des délégués de la diaspora devant participer aux assises des concertations nationales et au fait que les préparatifs de ces concertations ne tiennent plus du tout compte du cadre défini par le projet de règlement intérieur devant les régir, ni de l’ordonnance présidentielle n° 13/078 du 26 juin 2013. Il est question non seulement de la sincérité et de la crédibilité des acteurs politiques et de la société civile, mais surtout de l’avenir du peuple congolais.
 
Propos recueillis par Roger Musandji 

© Oeil d'Afrique