vendredi 10 mai 2013

GASPARD-HUBERT LONSI KOKO : "MES AMIS DU GROUPE DCFD ET MOI-MÊME CONTINUONS A NOUS Y PREPARER SERIEUSEMENT"


En attendant la tenue du dialogue national

Initiée par le chef de l’Etat, la tenue du dialogue national républicain et inclusif peine à se concrétiser. Mais les Congolais, en l’occurrence de la diaspora, qui attendent beaucoup de ce forum, continuent de s’y préparer. C’est le cas notamment du groupe « Diaspora congolaise favorable au dialogue » (DCFD). Dans cette interview, son délégué et porte-parole, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, évoque le sujet et commente l’actualité politique du moment en RDC : le déploiement de la brigade d’intervention spéciale dans l’Est, la nomination de Mary Robinson comme envoyée spéciale des Nations unies pour la région des Grands Lacs et l’Accord-cadre signé le 24 février dernier à Addis-Abeba par onze pays africains.   
Le dialogue national républicain et inclusif promis par le président Joseph Kabila se fait attendre. Cela vous surprend-t-il ?

Il n’y a rien de surprenant. En effet, à partir du moment où une partie de l’opposition et quelques Congolais de la diaspora ont réagi favorablement à l’initiative présidentielle relative au dialogue républicain et inclusif, cela est devenu, pour les tenants du pouvoir à Kinshasa, une véritable équation à plusieurs inconnus. Ainsi sont-ils en train de chercher un schéma qui ne risque pas de remettre complètement en cause leurs acquis. Ce qui est sûr, mes amis du groupe DCFD et moi-même continuons à nous y préparer sérieusement.

Qu’attendez-vous de cette rencontre, si elle aura bel et bien lieu un jour ?

Contrairement aux compatriotes ayant à l’esprit le partage du pouvoir, les membres de notre structure poursuivent une démarche avant tout patriotique. Ils attendent de cette rencontre un travail de fond, au-delà des divergences, afin de doter la RD Congo des institutions solides et viables pouvant garantir des élections transparentes et crédibles, le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de la personne humaine, la sécurité et la paix, la cohésion nationale, ainsi que l’intangibilité de nos frontières nationales.

Qu’en est-il du cahier des charges déposé par votre groupe la « Diaspora congolaise favorable au dialogue » au bureau du président de l’Assemblée nationale,  Aubin Minaku ?

Nous avons introduit en bonne et due forme notre cahier des charges auprès des services du président de l’Assemblée nationale, en l’occurrence Aubin Minaku, et nous attendons la suite des événements. En tout cas, quelques-unes de nos propositions – notamment la tenue des assises à Kinshasa sous la direction des Congolais et l’observation de la communauté internationale, leur financement par le gouvernement congolais, la qualité et la compétence des participants… – semblent faire l’unanimité.

Que propose le groupe « DCFD » en prévision de ce dialogue ?

Au-delà des thématiques relatives à la réforme des institutions étatiques, à la sécurisation des biens et des personnes, ainsi qu’à la défense du territoire national (armée républicaine et aguerrie, police et gendarmerie performantes), les problématiques de la nationalité congolaise d’origine, des droits civils et politiques des Congolais de la diaspora, du contentieux foncier, du recensement de la population en vue de l’attribution d’une carte d’identité et de la constitution du fichier électoral, d’une commission « vérité et réconciliation » en vue de la prise de conscience occupent une place primordiale dans nos propositions. Nous insistons aussi sur la réconciliation, car il est antinomique de préconiser le dialogue national tout en maintenant en prison et en faisant arrêter quelques personnes du fait de leurs opinions.

Tous les Congolais, en l’occurrence de la diaspora, prétendent avoir leur place dans ce forum. Qu’en pensez-vous ?
Certes, tout citoyen congolais est de prime abord habilité à participer aux assises concernant le dialogue national. Néanmoins, il faudra des compétences sûres dans divers domaines pour trouver les voies et moyens pour la stabilité du territoire national, du développement économique et du bonheur du peuple congolais. Comme il n’est pas question d’une foire d’empoigne en vue d’une redistribution des cartes ou d’un partage des postes ministériels, les critères de sélection doivent donc se faire sur la base de la compétence, de l’expérience, de la notoriété morale et intellectuelle, d’une préparation politique certaine…

Pensez-vous qu’il soit possible de faire représenter à ces assises les Congolais de l’étranger, notamment ceux des pays de Schengen, par une structure unique ?
Le groupe DCFD
Personne n’ignore que l’unité des Congolais de l’étranger permettra un rapport de force à l’avantage des propositions ayant trait à leurs droits civils et politiques. Mais l’esprit partisan et l’animosité stérile entre quelques factions constituent un frein considérable à l’homogénéité. Ces raisons me poussent à miser sur la diversité de la diaspora dont la richesse et la dynamique, si elles sont judicieusement exploitées, peuvent aboutir aux résultats escomptés. Face à la réalité, nous devons nous montrer pragmatiques. Alors, faisons en sorte que, peu importe les différentes voies empruntées, nous nous retrouvions à la croisée des chemins pour mieux accorder nos violons.

Le fait de vivre hors des frontières nationales ne constitue-t-il pas un obstacle à la participation des Congolais de l’étranger à ce forum, comme le prétendent certains acteurs politiques ?
D’aucuns savent qu’un tel obstacle est dû à ceux qui tiennent absolument à écarter, par tous les moyens, la diaspora de la gestion de la chose publique. Ne dit-on pas que celui qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ?  Pourtant, la constitution du 18 février 2006 garantit – notamment dans ses articles 5, 6, 12, 50 et 66 – l’égalité de tous les Congolais indépendamment du lieu de résidence. Ces acteurs politiques  feraient mieux d’initier un travail de fond en vue de l’abrogation des lois injustes qui portent préjudice aux droits civils et politiques des Congolais de l’étranger. Au lieu d’essayer de monter une faction de la population contre une autre, ils doivent plutôt s’atteler à l’harmonisation des clauses inconstitutionnelles en vue de la cohésion nationale.

Etes-vous favorable à un gouvernement d’union nationale pour affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent actuellement en RDC ?
Notre participation au dialogue inclusif et républicain se rapporte à la mise en place des institutions démocratiques, à la sécurisation et à la pacification du territoire national. Si, à l’issue des assises nationales, les tenants du pouvoir éprouvent la nécessité d’un gouvernement d’union nationale – sous quelle forme et pour quelle finalité ? – ils le diront et nous réagirons en fonction du contexte politique et des pesanteurs institutionnelles.

Pensez-vous que le déploiement d’une brigade d’intervention spéciale dans l’Est de la RDC soit une solution à la situation sécuritaire qui y prévaut ?
L’envoi d’une brigade d’intervention dans la partie orientale est sans aucun doute, dans un pays où l’armée ne parvient guère à se déployer sur l’ensemble du territoire, une partie de la solution. Cette brigade sera-t-elle dissuasive ? L’avenir le dira. De toute évidence, la présence de la brigade onusienne ne doit nullement empêcher la RD Congo, pays souverain, de prendre quelques dispositions en matière de défense nationale.

Que vous inspire la nomination de Mary Robinson comme envoyée spéciale des Nations unies pour la région des Grands Lacs ? 
La nomination de Mary Robinson est conforme à l’accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix en RD Congo signé le 24 février 2013. Encore faut-il qu’elle puisse imposer la volonté des Nations Unies aux présidents Museveni et Kagamé, s’agissant des opérations offensives et ciblées contre les bandes armées, et faire respecter l’Accord-cadre à tous les contractants dans le cadre du mécanisme de suivi.

Alors,  que pensez-vous de cet Accord-cadre signé par onze pays africains ? 

L’accord-cadre pour la paix en République d’Addis-Abeba signé par les pays des Grands Lacs, de la SADC et de l’Afrique centrale – sous l’égide des Nations unies – est globalement satisfaisant dans la mesure où les contractants ont manifesté la volonté de s’atteler aux causes profondes du conflit et de mettre un terme aux cycles de violence récurrents. Néanmoins, quelques engagements de cet accord-cadre constituent une ingérence dans les affaires intérieures de la RD Congo tandis que d’autres méritent d’être clarifiés. Il me semble que seules les ressources frontalières doivent être partagées grâce à l’exploitation commune par des sociétés publiques d’économie mixte, et que l’on doit réaménager la CEPGL et non la relancer sans tenir compte des causes ayant contribué à la déstabilisation de la région. Par ailleurs, il ne revient pas à la communauté internationale de s’attribuer les compétences du Parlement national en imposant à un pays souverain la décentralisation et la promotion de la réforme structurelle des institutions étatiques.

La RDC ne souffre-t-elle pas d’une crise de légitimité ? 
Dès lors que le scrutin du 28 novembre 2011 avait été bâclé, on peut aisément confirmer la crise de légitimité politique qui fragilise les institutions étatiques, en RD Congo, et a de facto débouché sur la faillite de l’Etat. Celle-ci a encouragé le recours aux armes dans les régions abandonnées à elles-mêmes. Les Congolais doivent à tout prix se parler, dans un cadre inclusif et républicain, pour consolider la cohésion nationale et mieux faire face aux enjeux qui, si rien n’est entrepris comme cela se doit, risquent de balkaniser le pays.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant   en France

Source : Le Potentiel