mardi 20 novembre 2012

Debout, Congolais !

Les affrontements entre les rebelles du M23[1] et les FARDC[2] aux environs de Goma hypothèquent encore plus la paix dans la région des Grands Lacs. Elles confirment la volonté de quelques puissances extracontinentales, lesquelles s’appuient sur le Rwanda et l’Ouganda, de balkaniser la République Démocratique du Congo. Malgré les mises en garde des Nations unies, l’entrée du M23 dans la ville de Goma, pourtant gardée par la monusco[3], confirme la complicité de la communauté internationale dans la balkanisation de la République Démocratique du Congo. De toute évidence, le peuple congolais est le dindon d’une farce tragique qui est en train de se jouer cyniquement en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs.

Les vraies causes des affrontements

La région composée des provinces des Nord et Sud-Kivu est le théâtre de conflits permanents depuis une vingtaine d’années à cause des richesses en ressources minières (or, coltan, cassitérite) et agricoles tant convoitées par les pays frontaliers – notamment l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi – et quelques entreprises étrangères (surtout occidentales). Le pillage des matières premières et les aspects fonciers constituent donc les motifs de cette guerre que l’on impose injustement au peuple congolais. Ainsi est-il incompréhensible que, pour des raisons purement matérialistes, la communauté internationale ferme les yeux sur les crimes de guerre, les crimes contre l’Humanité et le génocide qui se déroulent en toute impunité dans la région du Kivu.

L’ambiguïté des Nations unies et de la communauté internationale

Selon les Nations Unies et d’autres organisations internationales, le Rwanda et l’Ouganda sont les voix d’approvisionnement de la rébellion du M23 – ces deux pays étant les parrains de toutes les rébellions survenues en République Démocratique du Congo depuis 1997. Au vue de ces accusations, comment un pays agresseur, en l’occurrence le Rwanda, a-t-il été admis, ne serait-ce qu’à titre temporaire, au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies ? Comment peut-on admettre qu’un président, en l’occurrence l’ougandais Yoweri Kaguta Museveni, puisse-t-il servir de médiateur d’un conflit dans lequel son pays est directement mis en cause ?

Comment la monusco peut-elle rester neutre devant les violences sexuelles, les crimes de guerre et crimes contre l’Humanité incessamment commis dans la région du Kivu ? Pense-t-elle rétablir la paix seulement en s’interposant entre les forces loyalistes et les rebelles, matérialisant de facto la balkanisation du Congo-Kinshasa ? Faut-il davantage des personnes déplacées dans des camps pour que la monusco justifie son maintien sur le sol congolais, en prétextant assister les populations civiles ?
Il est des moments où l’attaque doit constituer la meilleure défense. Tout comme il est incompréhensible que les Nations Unies placent l’armée nationale congolaise et les différents mouvements rebelles sur le même pied d’égalité. La sincérité voudrait que les forces onusiennes passent à l’offensive, aux côtés des FARDC, afin de neutraliser les forces négatives qui déstabilisent l’Est de la RD Congo. Le fait de rester indéfiniment neutre laisse supposer la complicité onusienne dans les massacres perpétrés contre les populations non armées.

L’incapacité de la classe politique congolaise

L’incompétence avec laquelle la classe politique congolaise gère la guerre dans l’Est ne peut qu’étonner plus d’un observateur. Le Parlement n’interpelle, en aucun cas, le gouvernement sur la dramatique situation en cours dans la partie orientale. Quand ils leur arrivent d’agir de la sorte, les parlementaires le font de façon timorée et surtout dans l’optique de négocier à la hausse leurs rémunérations. L’opposition doit-elle espérer, à tout prix, la prise des portions du territoire national par des criminels agissant en intelligence avec les ennemis, en contrepartie de la chute du gouvernement en place à Kinshasa ?
Vouloir négocier avec les mouvements rebelles composés de criminels, comme le préconisent quelques politiciens, c’est faire le jeu des agresseurs. Le patriotisme veut que l’on ne discute pas, surtout en position de faiblesse, avec ceux qui ont fait couler votre sang, violer vos femmes et vos enfants et fouler votre Constitution sous le pied. Est-ce que l’arrivée des forces armées rwandaises, burundaises et ougandaises dans les bagages de Laurent-Désiré Kabila en 1997 a-t-elle permis la stabilité de la RD Congo ? Comment peut-on avoir la mémoire courte à ce point ? En tout cas, la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, a démontré son incapacité à gérer aussi bien diplomatiquement que militairement la guerre qui hypothèque la cohésion nationale et la stabilité territoriale.

Et le peuple Congolais ?

Le peuple congolais, bien que conscient de la médiocre comédie jouée par la classe politique au regard de l’agression dont le pays est victime, se contente de se lamenter au lieu d’envisager autrement la situation. Restera-t-il à jamais le dindon de la farce ? Son sang est-il versé pour rien ? Acceptera-t-il de se faire exterminer, de se retrouver sans terre et d’errer désespérément à travers le monde ?

La République Démocratique du Congo ne trouvera le salut que dans l’implication directe de ses populations. Celles-ci devraient harmoniser ses actions internes et externes. Si aucun consensus n’est trouvé entre les différentes forces vives de la Nation congolaise – de l’intérieur comme de l’extérieur – n’est trouvé à très court terme, seul un soulèvement populaire pourra sauver l’intégrité du territoire national et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. Debout, Congolais !

Gaspard-Hubert Lonsi Koko
© Jolpress

Notes : 
[1] Allusion au 23 mars 2009, date à laquelle le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, alors mouvement politico-militaire, avait signé un accord avec le gouvernement congolais pour mettre fin à la rébellion, se transformer en parti politique et faire intégrer ses troupes dans les FARDC. Le M23 dénonce le non-respect par le gouvernement dudit accord relatif au maintien de tous les officiers du CNDP dans leurs grades et l’intégration de la branche politique dans les institutions gouvernementales. Les éléments de ce mouvement armé refusent également « le brassage » : c’est-à-dire l’affectation dans d’autres unités et d’autres régions que veut leur imposer Kinshasa, ce qui les éloignerait de leur zone d’influence dans l’Est.
[2] Forces armées de la République Démocratique du Congo.
[3] Mission de l’organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo.