mardi 3 juillet 2012

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko


1. L’implication du Rwanda dans la guerre du Kivu ne fait plus de doute possible. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Cela montre tout simplement que certains voisins ne nous aiment pas. L’envie les pousse à convoiter nos richesses et nos terres, à désirer nos femmes, à nous haïr au point de planifier les viols, les massacres et le dépeuplement de quelques contrées de la région du Kivu dans le but de s’y installer définitivement. Comment Paul Kagamé peut-il réfuter tout soutien aux mutins du M23, dès lors que le gouvernement rwandais refuse d’extrader vers Kinshasa un criminel comme Laurent Nkunda et ne prenne aucune initiative favorable au dialogue inter-rwandais ? Nous devons agir, par tous les moyens, pour que les FDLR et leurs descendants ne servent plus de prétexte aux différentes tentatives de déstabilisation de la RD Congo. Nous sommes contraints de bâtir une armée citoyenne davantage aguerrie, condition sine qua non pour l’unité nationale.

2. Ni la Monusco, ni les FARDC, aucune force n’arrive à mettre la main sur Bosco Ntaganda et Sultani Makenga, les chefs du mouvement rebelle M23, et Laurent Nkunda se réfugierait paisiblement à Kigali. N’est-ce pas étonnant ?
La communauté internationale ne cesse de demander l’arrestation du chef de l’État soudanais Omar el-Bechir. Après avoir obtenu l’extradition d’anciens présidents de la République comme Charles Taylor et Laurent Gbagbo, elle se tait quant à la liberté dont jouirait le criminel Laurent Nkunda au Rwanda. Elle ferme les yeux sur les exactions qui sont sans arrêt commises dans le Kivu. On constate de facto une certaine tolérance de la part de quelques acteurs locaux et internationaux, voire une complicité entre eux, s’agissant du drame qui frappe les populations congolaises. Comment peut-on expliquer la suspension des opérations militaires contre les mutins, laquelle leur a permis de regagner un bon nombre de positions ayant été évacuées après l’offensive des FARDC ? Au lieu de les désarmer, on les a plutôt armés. Il est toutefois impensable que le plus gros contingent des Nations unies ne puisse pas remplir la mission qui lui a été assignée, c’est-à-dire la protection des populations civiles et l’instauration d’une paix durable. Ainsi, est-il inhumain de rester insensible à l’insécurité qui règne dans la partie orientale de la RD Congo et à la crise humanitaire qui s’y déroule.

3. Comment expliquez-vous la passivité, réelle ou présumée, de la communauté internationale sur ce dossier ?
La crise économique qui sévit en Occident pourra trouver une partie de la solution, hypothèse à ne pas exclure, dans l’affaiblissement des peuples africains. L’instabilité de l’Afrique permettra d’avoir la mainmise sur les richesses locales et de s’adonner à leur exploitation à moindre frais. La partition du Soudan, l’occupation en cours du Mali, la fragilisation de la Libye, l’ingérence dans les affaires intérieures en Côte d’Ivoire pour évincer Laurent Gbagbo du pouvoir, la paralysie de l’exécutif de l’Union africaine constituent autant des preuves tangibles d’une volonté manifeste de redéfinir les frontières héritées de la colonisation.

4. «Kabila-Kagame : nœud du problème», affirme une certaine presse. Partagez-vous cet avis ?
Le silence absolu qu’a adopté le président Kabila, depuis la reprise de cette mutinerie, et la non interpellation du gouvernement par le Parlement ne plaident pas en faveur d’une réelle volonté de stabiliser la situation dans l’Est du pays. Faut-il conclure que celui qui ne dit mot consent ? Kinshasa savait que la tentative d’arrestation de Bosco Ntaganda et le projet de réforme visant l’affaiblissement des chaînes de commandement parallèle allaient mettre un terme au traitement préférentiel dont bénéficient les officiers issus du CNDP. Comment se fait-il que les précautions n’ont pas été prises ? On réalise l’impuissance des autorités congolaises à mettre à exécution la menace contre les hors-la-loi à la solde de Paul Kagamé, qui sèment impunément la mort et la désolation. Soulignons que le président rwandais n’est pas un foudre de guerre. Il se contente de tirer profit de l’amateurisme et de l’incapacité d’une classe politique congolaise non encline à la défense des intérêts nationaux.

5. D’aucuns soutiennent que la balkanisation du Congo est en marche. Quel est votre sentiment ?
L’inertie, la tergiversation et le silence de la communauté internationale par rapport aux violations des droits fondamentaux et au génocide congolais confortent, de toute évidence, la thèse d’un complot en vue de l’extermination des populations congolaises ainsi que de la balkanisation du Congo-Kinshasa. Rappelons néanmoins que chez les Bantous le foncier relève du domaine familial. Le fait de vouloir s’approprier les terres congolaises par les armes et l’humiliation risque de susciter le courroux des esprits. Les forces telluriques qui ont toujours existé, et qui ne cesseront d’interférer sur le cours de l’histoire, veillent aux intérêts des occupants légitimes. Elles agiront, dans un avenir très proche, au profit des fils et des filles du Congo. Encore faut-il que les Congolaises et les Congolais, de l’intérieur comme de l’extérieur, de la majorité comme de l’opposition, des quatre coins du pays, oublient leurs divergences afin de faire bloc contre les ennemis de la Nation.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

(*) Porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC)

© Le Potentiel