samedi 8 janvier 2011

La rémanence d’un coup d’État ?

Dans tout processus politique, le changement n’est envisageable que lorsque les institutions servent avant tout la chose publique. Est-ce pour cela que le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, s’apprête à faire réviser la Constitution, en l’occurrence l’article 71, en vue d’une modification du mode de scrutin de l’élection présidentielle ? Celui-ci passera, si jamais le parlement adopte la proposition gouvernementale, des deux tours à un seul. « Toute opinion meurt impuissante ou frénétique si elle n’est logée dans une assemblée qui la rend pouvoir, la munit d’une volonté, lui attache une langue et des bras », écrivait Chateaubriand. Mais encore faut-il que cela ne réveille pas les espérances endormies. S’agit-il, par rapport à cet événement, de la rémanence d’un coup d’État ? Dans l’affirmative, comment le peuple congolais et la communauté internationale doivent-ils réagir respectivement ?

Le manque de courage politique

En tout cas, les opinions aussi bien nationale, continentale qu’internationale ne cessent de s’interroger sur le processus en cours en République Démocratique du Congo. D’autant plus que, pas plus tard qu’hier, on avançait triomphalement l’idée selon laquelle Joseph Kabila avait un boulevard en face de lui. Effectivement, son souhait le plus cher consiste à gagner l’élection dès le premier tour. Seulement, compte tenu de la complexité de l’arithmétique électorale et des pesanteurs traditionnelles au Congo-Kinshasa, aucun candidat ne pourra en principe obtenir à lui seul, en cas d’élection transparente, plus de 30 % au premier tour. Seul le second tour peut donner, dans ce cas, une vraie légitimité au vainqueur. En conséquence, Joseph Kabila a pris l’option de contourner cette évidence. Mais en faisant le choix de traficoter la Constitution, à défaut d’être légitimé par le peuple, il prend le risque de quitter le pouvoir comme il y a accédé en 2001 : c’est-à-dire dans l’indifférence. Le courage politique aurait voulu qu’il ne contourne pas l’obstacle, mais qu’il s’appuie dessus.

La manœuvre constitutionnelle

François Mitterrand écrivait déjà en 1964 dans Le coup d’État permanent : « Pressée de toutes parts, la majorité parlementaire [gaulliste] qui gouvernait la France finit par offrir l’os traditionnel aux appétits de rénovation : la réforme de la Constitution. Mais en se gardant de toucher [...] aux seuls articles qui constituaient un véritable obstacle à la refonte nécessaire des structures [...] ». À force d’avoir peur de la démocratie, de se montrer injuste à l’égard du peuple, on finit par rendre inacceptable un régime politique. C’est ainsi que, au Congo-Kinshasa, le glas va très vite sonner pour la troisième République, laquelle n’est qu’une malencontreuse parenthèse de l’Histoire nationale. À propos de la tentative de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP), il est à noter qu’il s’agit de la troisième phase d’une opération qui consiste à rétablir, comme à l’époque de Joseph-Désiré Mobutu, une présidence à vie en République Démocratique du Congo. Les deux premières manœuvres ont déjà abouti : à savoir la domestication du parlement et la privation des prérogatives financières au Premier ministre. Or, un coup d’État réussi doit être protégé constitutionnellement. C’est cette cérémonie ultime qu’il faudra coûte que coûte faire avorter.

Le non-respect des règles du jeu

Il est certain que la responsabilité des parlementaires congolais est grande car, s’ils acceptent de cautionner la farce que l’on veut leur faire jouer, ils endosseront les conséquences de l’opération qui consiste, en réalité, à constitutionnaliser un régime dictatorial. Quant au peuple congolais, il ne doit en aucun cas être reconnaissant des services rendus, par des alliés extérieurs, pour chasser le maréchal Mobutu du pouvoir. Il ne doit donc pas accepter l’inacceptable. Les alliances signées par des rebelles de l’époque ne doivent nullement valoir d’hypothèque sur la nation congolaise au point de fouler sous le pied sa Constitution, de violer systématiquement les droits fondamentaux de la personne humaine, de faire main basse sur ses ressources naturelles... Au contraire, le peuple congolais a plus que jamais besoin d’un autre spectacle que celui offert par un acteur qui n’hésite pas à fausser les règles du jeu en vue de se maintenir au pouvoir pour ne rien entreprendre de grand.

Un nouveau destin

Il est une évidence, le peuple finit toujours par préférer celui qui l’exalte au détriment de celui qui n’a cessé de le mentir. Si jamais Joseph Kabila parvient à se maintenir à tout prix au pouvoir, quitte à recourir aux méthodes peu orthodoxes, c’est à ses adversaires que l’Histoire ferait des reproches. Cette tentative de modification du mode du scrutin présidentiel est donc une chance inouïe pour l’opposition, en particulier, et le peuple congolais, en général. Ainsi ce dernier doit-il se saisir de l’opportunité qui vient de lui être offerte pour désavouer, avant même l’élection présidentielle, les velléités des partisans de Joseph Kabila. Il faut que l’éveil de conscience assure un nouveau destin à la Nation congolaise.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko