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dimanche 6 octobre 2013

Un complot international contre la RD Congo ?

Selon le Conseil de sécurité des Nations Unies, la crise provoquée par l’irruption de la rébellion du M23 dans l’Est de la République Démocratique du Congo, n’a « pas de solution militaire », et ne sera surmontée que par voie « politique ». Ainsi est-on en droit de s’interroger sur les motivations ayant poussé le Conseil de sécurité des Nations Unies à approuver à l’unanimité, le 28 mars 2013, la création d’une nouvelle force de combat censée sécuriser la région du Kivu[1].
 On ne peut que se poser sérieusement des questions sur les déclarations du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, relatives à « une approche nouvelle et globale en vue de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité dans l’Est de la République Démocratique du Congo ».

Les différents points de vue

« Il y a indéniablement une dynamique de paix en République Démocratique du Congo, et dans la région, nous n’avons pas le droit de rater cette opportunité », a affirmé Alexis Lamek, le représentant permanent adjoint de la France aux Nations Unies, lors de la visite d’une délégation des quinze pays du Conseil dans la région des Grands Lacs. Pourtant, un désaccord persiste entre les différentes parties par rapport à la publication par les autorités congolaises d’une liste contenant plus d’une soixantaine de noms de dirigeants du M23 qui ne pourraient être ni amnistiés ni intégrés dans l’armée nationale dans le cadre d’un accord de paix.
En référence aux pourparlers de Kampala, Alexis Lamek a mis l’accent sur « une dynamique de paix en République Démocratique du Congo et dans la région » des Grands Lacs, tout en insistant sur l’obligation de ne pas « rater cette opportunité ». Des propos contradictoires à ceux ayant été tenus par François Muamba Tshisimbi, le coordonnateur du mécanisme de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, qui a estimé que « les quatorze jours impartis pour les discussions [de Kampala] ont été consacrés à du théâtre, à du cosmétique» d’autant plus qu’elles « ne sont pas prêtes à aboutir à un accord ». Ainsi François Muamba a-t-il affirmé que Cryspus Kiyonga, le ministre ougandais de la Défense, qui plus est le facilitateur désigné par le président Yoweri Kaguta Museveni, a tenté d’« imposer un document qui viole la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo».

Un stratagème mortifère

D’aucuns ne peuvent qu’être surpris par l’ambiguïté du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la dramatique situation en cours dans la région du Kivu. Rappelons que les États-Unis ont annoncé, le 3 octobre 2013, qu’ils avaient pris des sanctions contre le Rwanda pour des cas de recrutement d’enfants soldats liés à la rébellion du M23 soutenue par Kigali en République Démocratique du Congo. La plus haute responsable du département d’État pour l’Afrique, Mme Linda Thomas-Greenfield, n’ayant ni précisé de quand datait la loi sanctionnant le Rwanda, ni quelles étaient les sanctions prises contre Kigali, les lobbyistes du président Paul Kagamé s’activent pour qu’une solution politique soit trouvée dans la région des Grands Lacs. Cela permettra de lever les sanctions contre les pays des milles collines et permettre, en douceur, l’infiltration des institutions congolaises par les poulains rwandais qui constituent l’effectif du M23.
Curieusement, les chefs d’État des pays des Grands Lacs ont exigé la reprise des pourparlers de Kampala, suspendus pendant plusieurs mois[2], au moment où Kinshasa a mis en place les concertations nationales en vue de conforter la cohésion sociale et nationale, et de mieux faire face aux différentes tentatives de déstabilisation de la région du Kivu. Curieusement, on essaie de privilégier la voie politique alors que la brigande onusienne d’intervention est déjà déployée sur le sol congolais[3].

Le pot aux roses

Les spécialistes de la région des Grands Lacs africains savent que les pourparlers de Kampala préfigurent, à n’en pas douter, le devenir de la République Démocratique du Congo. Aussi l’attitude di Conseil de sécurité des Nations Unies conforte-t-elle de plus en plus l’hypothèse d’un complot international contre ce pays qualifié de scandale géologique. La situation sur le terrain lui étant enfin favorable – grâce, entre autres, au déploiement de la brigade d’intervention en appui à la Monusco[4] –, Kinshasa aurait dû cesser toute participation aux pourparlers de Kampala. Ce qui est en train de se dérouler dans la capitale ougandaise, entre les représentants du gouvernement congolais et ceux du mouvement dénommé M23, ne fait que révéler le pot aux roses. En dépit de cette démarche sournoise à finalité balkanisatrice, la République Démocratique du Congo a maintenant la possibilité d’accompagner les menteurs jusqu’à la porte. Encore faut-il que Kinshasa puisse habilement manœuvrer. N’est pas Talleyrand qui le veut !

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

[1] Lire Une brigade d’intervention pour la RD Congo.
[2] Ils ont donné quatorze jours aux deux parties pour conclure les négociations qui ont débuté le 9 décembre 2012.
[3] La brigade d'intervention de la Monusco est dotée d’un mandat d’imposition de la paix. Elle est donc chargée de démanteler les éléments négatifs dans l’est de la République Démocratique du Congo, notamment le M23, mais également tout autre groupe rebelle participant à la déstabilisation de la région du Kivu.
[4] Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation de la République Démocratique du Congo.

lundi 27 mai 2013

La RD Congo, ou la pax Anglo-Saxonica ?

Les chefs d’Etat africains réunis à Addis-Abeba ont échangé à huis clos, le dimanche 26 mai dernier, sur la dramatique situation en cours dans l’Est de la République Démocratique du Congo. En effet, foyer d’instabilité depuis des décennies, qui plus est ravagé par de nombreuses milices rivales, la région du Kivu, tant convoitée pour ses immenses ressources minières, était au cœur d’une réunion des pays riverains, en marge du XXIe sommet de l’Union africaine qui s’est tenu dans la capitale éthiopienne.
 
Dialogue entre les différents acteurs locaux

En ayant signé l’accord-cadre du 28 février 2013, les dirigeants de la région des Grands Lacs se sont interdits toute ingérence dans l’est de la République Démocratique du Congo. «Nous aurons besoin [de passer, ndlr] le test de la mise en œuvre» de l’accord, a déclaré le secrétaire général des Nations Unies, qui a récemment effectué une tournée en République Démocratique du Congo, au Rwanda et en Ouganda. A en croire Ban Ki-moon, une paix durable n’est possible que « si tous les pays signataires travaillent ensemble pour sortir de l’impasse politique et créer une nouvelle dynamique en faveur de la sécurité et du développement économique ». Quant au président tanzanien, Jakaya Kikwete, il a saisi cette occasion pour livrer sa vision de la feuille de route à tenir en vue d’une résolution durable de la crise dans le Kivu. Après avoir insisté sur l’aspect politique, il a conclu que la brigade onusienne d’intervention n’aurait aucun impact si le dialogue ne s’ouvrait pas entre les différents protagonistes[1] – y compris entre le Rwanda et les FDLR[2], ainsi qu’entre l’Ouganda et l’ADF-NALU[3].

Le dé pipé d’avance ?

 « Un coup de dé jamais n’abolira le hasard », écrivait Stéphane Mallarmé. Ce n’est un secret pour personne. Tout accord excluant les sanctions est d’office voué à l’échec. Effectivement, tant que le mécanisme de suivi régional[4] mis en place par les signataires de l’accord-cadre d’Addis-Abeba pour la paix en République Démocratique du Congo ne pourra sanctionner tout manquement aux engagements contractés, la raison du plus fort sera toujours la meilleure dans la région du Kivu. Par ailleurs, sans vouloir sombrer dans le complexe de Fachoda[5], l’absence à la fois des troupes francophones et des pays d’Afrique centrale dans la composition de la brigade d’intervention laisse-t-elle supposer la volonté d’imposer la « pax Anglo-Saxonica » dans la région des Grands lacs africains ? Veut-on faire croire que le dé est équilibré, alors qu’il est pipé d’avance ? Les Francophones seront-ils, en fin de compte, les dindons de la farce ? La proposition de François Hollande relative à un sommet pour la paix et la sécurité en Afrique vise-t-elle à éviter le mat du berger ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress 


[1] C’est-à-dire entre le gouvernement congolais et le M23.
[2] Forces démocratiques de libération du Rwanda.
[3] Les Forces démocratiques alliées-Armée nationale de libération de l’Ouganda.
[4] Qui plus est étroitement lié à l’Union africaine, à la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et à la Communauté pour le développement de l’Afrique australe, ainsi qu’à d’autres partenaires internationaux, y compris l’Union européenne, la Belgique, les Etats-Unis d’Amérique, la France et le Royaume-Uni.
[5][5] Ce complexe remonte à la fin du XIXe siècle, quand la France tenta de devancer l’Angleterre dans la conquête du haut Nil (nom du Soudan à cette époque) et échoua à Fachoda, ayant ainsi scellé le partage des terres africaines entre Britanniques et Français.

jeudi 23 mai 2013

Le périple de Ban Ki-moon dans la région des Grands lacs africains

« Le temps est venu pour la paix et le développement pour le peuple de la République Démocratique du Congo et ceux de la région », a déclaré à Kinshasa le mercredi dernier Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, à l'issue de son entretien avec le président Joseph Kabila. Cette rencontre s’est déroulée dans un climat tendu par la reprise d’affrontements[1] entre les FARDC[2] et la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) dans le Nord-Kivu. Outre la ville de Goma, Ban Ki-moon se rendra à Kigali, la capitale rwandaise.

Une mise sous-tutelle déguisée ?

D’après un nouveau rapport des Nations Unies, publié le 8 mai 2013, des graves violations des droits de l’Homme ont été perpétrées en novembre et décembre 2012. Selon les critères de la CPI[3], ces exactions[4] « peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’Humanité ». La situation en cours au Kivu est tellement complexe que la contribution des Nations Unies et la bonne foi des pays des Grands lacs sont indispensables à la stabilité régionale. Mais la pacification de la République Démocratique du Congo n’est avant tout fonction que d’une réelle volonté politique et du patriotisme des Congolais eux-mêmes. Ainsi l’Etat congolais, en tant que pays souverain, devra-t-il conforter dans l’urgence la cohésion nationale et conditionner l’assistance militaire des forces onusiennes à un soutien sans faille aux FARDC. Cela évitera l’éventualité d’une mise sous-tutelle qui se profile à l’horizon, dans l’optique de mieux exploiter, dans la légalité cette fois-ci, les richesses de la région du Kivu.

Un stratagème malhonnête ?

Accompagnant le secrétaire général des Nations Unies, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a confirmé une aide d’un milliard de dollars supplémentaire pour la région des Grands Lacs, dont la République Démocratique du Congo. Cette aide au développement sera destinée à des projets concernant l’énergie, l’agriculture, le commerce transfrontalier, la santé et l’emploi. Fallait-il commencer par détruire pour pouvoir imposer un quelconque développement, dans des conditions avantageuses aux bailleurs de fonds, à des pays complètement fragilisés ? S’agit-il d’un énième stratagème malhonnête ? Une aide véritable, semble-t-il, est celle qui permet de relever le bénéficiaire et non de l’humilier davantage. Ainsi l’aide au développement que compte apporter la Banque mondiale aux pays des Grands lacs ne doit en aucun cas servir à les endetter encore plus dans le but de faire main basse sur leurs ressources naturelles.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress




[1] Lesquels ont fait fuir plus de 30 000 personnes des camps situés près de la zone des combats, selon le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU.
[2] Forces armées de la République Démocratique du Congo.
[3] Cour pénale internationale.
[4] Le document de 17 pages est le fruit d'une longue enquête, lors de laquelle 350 témoins et victimes ont été entendus. Les faits se sont produits avant, pendant et après la chute de Goma aux mains du M23, tombée sous le regard impuissant des casques bleus de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco), et alors que les FARDC battaient en retraite.

vendredi 29 mars 2013

Une brigade d’intervention pour la RD Congo

Le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé à l’unanimité, le 28 mars dernier, la création d’une nouvelle force de combat censée sécuriser l’Est de la République Démocratique du Congo. Ainsi une résolution renforce-t-elle la Monusco[1] en créant une « brigade d’intervention » – qui sera composé de 3 069 hommes[2] et opérationnelle d’ici juillet – dans le but de mener des opérations offensives et ciblées contre les groupes armés[3] qui ne cessent de déstabiliser la région du Kivu. Cette résolution, initiée par Paris, renforce les engagements de l’accord-cadre[4] d’Addis-Abeba signé le 24 février 2013 par onze pays régionaux sous l’égide des Nations Unies.

Une voie inédite ?

Selon le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, la résolution « propose une approche nouvelle et globale en vue de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité à l’Est de la République Démocratique du Congo ». D’autant plus que l’accord-cadre d’Addis-Abeba a permis des avancées considérables à travers  des engagements relatifs à l’évolution du mandat des forces onusiennes, au déploiement d’une brigade d’intervention rapide et à la nomination d’un Envoyé spécial des Nations unies.
La mise sur pied de cette force armée n’en est pas forcément une initiative inédite, ni une innovation d’ailleurs, contrairement à ce qu’a souligné Gérard Araud, l’ambassadeur français aux Nations Unies. En effet, dans le passé, la France avait mis sur pied le dispositif « RECAMP[5] » qui, s’il avait atteint une phase supérieure, aurait pu rendre un très grand service à l’Union africaine dans le cadre du maintien de la paix. Contrairement à la brigade d’intervention onusienne, laquelle a une durée initiale d’une année, le programme français était permanent et s’articulait dans le respect des principes de multilatéralisme afin de permettre aux pays africains de gérer eux-mêmes la sécurité de leur continent.

Seule ou aux côtés des FARDC[6] ?

La résolution onusienne que vient d’adopter le Conseil de sécurité confie désormais à la Monusco la tâche supplémentaire d’agir, seule ou aux côtés de l’armée nationale congolaise, pour « stopper le développement de tous les groupes armés, (les) neutraliser et les désarmer ». C’est là que les bâts blessent, dans la mesure où la République Démocratique du Congo est un État souverain confronté aux guerres et conflits armés à l’intérieur de son territoire national. Les opérations onusiennes doivent en principe se faire soit sous l’observation des institutions congolaises, soit en soutien aux FARDC. Permettre à ladite brigade d’intervention d’agir en toute autonomie cautionnerait de facto l’existence d’une zone franche, une sorte de « no man’s land » sur lequel l’État congolais n’aurait aucune emprise directe. Une situation très dangereuse qui, si l’on n’y prend pas garde, finira par aboutir à moyen terme à la sécession kivutienne.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

À lire aussi

- RDC : les visées expansionnistes de l’accord-cadre d’Addis-Abeba ;
- Paix en RD Congo: les dessous de l’accord-cadre ;
- Un accord de paix pour la RD Congo sous l’égide de l’ONU.

Notes :
[1] Composée de presque 20 000 hommes et actuellement déployée en République Démocratique du Congo, la force onusienne est chargée de la protection des civils et du soutien à l’armée nationale congolaise.
[2] En provenance d’Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi.
[3] Le Mouvement du 23 mars (M23), les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ainsi que d’autres milices présentes dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo.
[4] Cet accord-cadre est censé pacifier l’Est de la République Démocratique du Congo en proie à des rébellions depuis deux décennies. Il sera étroitement lié à l’Union africaine, à la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et à la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC), ainsi qu’à d’autres partenaires internationaux, y compris l’Union européenne, la Belgique, les États-Unis d’Amérique, la France et le Royaume-Uni.
[5] Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. Ce programme était délibérément placé sous l’égide des Nations Unies, et veillait à agir en harmonie avec l’OUA (actuellement Union africaine). Il visait à accroître les capacités militaires des pays africains à conduire, lorsqu’ils le désiraient, des actions de maintien de la paix. Il contribuait aussi au renforcement des organisations sous-régionales africaines en matière de sécurité, en participant au développement d’un climat de confiance mutuelle.
[6] Forces armées de la République Démocratiques du Congo.

lundi 11 mars 2013

Pour un dialogue républicain et inclusif en RD Congo

Située au cœur de l’Afrique centrale, la République Démocratique du Congo, qui est traversée par l’équateur, a une superficie d’à peu près 2 345 409 km2 : soit quatre-vingts fois plus grande que la Belgique et cinq fois la France. Onzième État par sa taille, elle est grande comme la partie des États-Unis située à l’Est du Mississippi. Ainsi couvre-t-elle, d’Ouest en Est, un espace équivalent à la distance entre Paris et Prague. 
Les présidents Joseph Kasa Vubu, Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila

Pourtant doté d’immenses ressources naturelles[1], le pays est le plus pauvre du monde. En effet, plus de 71 % des Congolais vivent avec moins d’un dollar américain par jour. Selon le Rapport mondial sur le développement humain de 2011, l’indicateur de développement humain (IDH) du pays est de 0,286 et l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) de 0,393 %[2].
Les conflits entre groupes armés ne cessent de déstabiliser la partie orientale de la République Démocratique du Congo depuis 1996. La situation humanitaire et sécuritaire y est très préoccupante avec des violations de droits fondamentaux de la personne humaine[3]. En proie à une crise post-électorale et aux ingérences extérieures qui affaiblissent davantage les institutions étatiques, l’incohésion nationale et le défaut de patriotisme exposent le pays à une éventuelle balkanisation.

Mauvaise préparation du scrutin de 2011

Depuis l’indépendance de la République Démocratique du Congo, la communauté internationale y joue sans cesse un rôle majeur. Elle a soutenu la transition politique de 2003 à 2006, puis a accompagné les institutions issues des élections de 2006. Le 18 mai 2011, devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, Ban Ki-moon déclarait au sujet du scrutin programmé par le gouvernement congolais : « Ces élections doivent avoir lieu dans les délais, être transparentes et crédibles, se dérouler dans la paix et la sécurité, et offrir à tous les Congolais l’occasion de participer librement, sans crainte d’être victimes de harcèlement ou de violence. Nous devons tout mettre en œuvre pour garantir que la violence n’éclate pas avant, pendant ou après les élections... ».
Telle une sonnette d’alarme, cet avertissement faisait référence aux inquiétudes soulevées par le calendrier électoral publié le 30 avril 2011 par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Le Secrétaire général des Nations unies a entre-temps posé un début de diagnostic qui méritait d’être approfondi avec objectivité.
Mais aucune précaution n’a été prise, s’agissant de l’éventualité de la manipulation, de la contestation et du rejet des résultats. Rien n’a été non plus pris en compte, à propos des facteurs internes et externes. De plus, on aurait dû s’interroger, d’une part, sur les conditions susceptibles de permettre la tenue du scrutin dans un climat apaisé.
D’autre part, on aurait pu déterminer le rôle de la communauté internationale en vue des élections fiables, crédibles, justes et transparentes. L’objectif aurait consisté à mesurer l’adéquation entre les problèmes identifiés et les solutions proposées, quant à la fiabilité et à la faisabilité. Ainsi était-il nécessaire de définir en termes identiques le cadre, le rôle et les missions dévolues à chaque institution et d’évaluer le niveau d’implication de chaque intervenant institutionnel tout en s’adonnant à un travail pédagogique de vulgarisation et de sensibilisation.

Tripatouillage et bricolage

Pour se maintenir au pouvoir, la majorité kabiliste à l’Assemblée nationale et au Sénat a modifié l’article 71 de la Constitution – ayant ainsi adopté le mode de scrutin présidentiel à un tour. Le Parlement a aussi voté en juin 2011 une nouvelle loi électorale qui régirait les scrutins prévus pour le 28 novembre 2011 – s’agissant de la présidentielle et des législatives – et la mi-2013, quant aux autres élections.
Les parlementaires sortants se sont arrangé, dans la foulée, pour conditionner la validité d’une candidature à un minimum de cinq ans dans les domaines politique, administratif et économique à défaut du cursus universitaire ou autre capacité. Or, dans un pays où l’instruction n’est pas à la portée des trois quarts de la population, où l’État est incapable de créer des emplois, seul le suffrage populaire peut permettre l’égal accès à la représentativité électorale.
Conditionner le mandat électif en privant des milliers d’individus de leurs droits, c’est fouler sous le pied la règle universelle qui veut que le peuple soit le souverain primaire. En ayant exclu d’office les Congolais de l’étranger de leurs droits civils et politiques, après avoir accordé aux Congolais de l’intérieur le droit de vote et privé en même temps un bon nombre d’entre eux du droit d’être éligibles, la nouvelle loi électorale a violé les articles 5, 6, 11, 12, 50, 66 et 102 de la Constitution congolaise.
« Summum jus, summa injuria »[4], disait Cicéron. En effet, rien n’est plus injuste qu’une loi qui génère des injustices. En droit, la loi désigne une règle juridique suprême, générale et impersonnelle. Et, lorsqu’une loi est régulièrement adoptée, seul le législateur, ou une autorité supérieure, peut la défaire ou la refaire selon la règle pratique du « parallélisme des formes ».
En conséquence, une autre autorité peut passer outre, ou modifier la loi, dès lors qu’elle est inconstitutionnelle. Le président de la République Démocratique du Congo, « garant du respect de la Constitution » conformément à l’alinéa 2 de l’article 69, aurait donc dû demander au gouvernement et au Parlement soit de revoir leur copie, soit de rejeter l’abrogation de l’ancienne loi électorale.
On sait d’emblée qu’une élection présidentielle à deux tours permet aux électeurs de se prononcer une seconde fois en faveur de leur candidat préféré ou même de changer entre-temps d’avis quant à leur préférence. Ainsi donne-t-elle aux partis politiques et à l’électorat l’occasion de s’ajuster aux éventuels changements de l’environnement politique entre les deux tours de scrutin.
Pour l’éditorialiste Colette Braeckman, « malgré le coup de force qu’a représenté le changement de la Constitution, […] l’opposition gardait une chance de modifier la donne ». Cela aurait été envisageable en cas de désignation d’un candidat unique de l’opposition. Force est de constater que tous les ingrédients favorables à une crise post-électorale étaient réunis. Le tripatouillage des dispositifs légaux et le bricolage dans l’organisation du scrutin étaient la source des tensions et conflits ayant entaché les résultats du scrutin du 28 novembre 2011, au lieu de garantir la légitimité des personnes qui seraient élues. Dans pareilles circonstances, la réélection de Joseph Kabila ne pouvait qu’être contestée par une opposition représentative de plus de 50 % d’électeurs.

La crise de légitimité politique

L’opposition politique, qui a recueilli les voix de plus d’un tiers de l’électorat en 2006 et de plus de la moitié d’électeurs en 2011, n’a pas été à la hauteur dans l’instauration d’un contre-pouvoir efficace, gage de la stabilité du Congo. Si en 2006 la volonté de jouer son rôle a été compromise en raison du recours systématique à la force contre ses partisans, de l’exil de Jean-Pierre Bemba et de la réticence de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, cette opposition a été victime en 2011 d’un scrutin faussé dès le départ et de la mauvaise gestion de la crise post-électorale.
Des critiques se sont élevées contre la communauté internationale, soupçonnée d’avoir cautionné les fraudes ayant permis la réélection de Joseph Kabila. Le rôle des observateurs internationaux, qui se sont contentés de faire des appréciations s’agissant du scrutin du 28 novembre 2011, ne devait pas consister à agir à la place des institutions congolaises. N’ayant disposé du droit de certifier les résultats, comme cela fut le cas en Côte d’Ivoire, la communauté internationale ne pouvait que se fier à la décision des organes censés les proclamer et les confirmer.
Est-il que les personnes averties savaient que le second mandat de Joseph Kabila serait difficile, au cas où les parlementaires joueraient consciencieusement, en toute objectivité, leur rôle de représentants du peuple. Mais, l’esprit de lucre ayant primé, le Parlement est resté godillot.
À qui doit-on donc la légitimité du pouvoir kabiliste ? On peut se demander à juste titre à qui incombe réellement la faute, quant à la désunion de l’opposition et à l’hypocrisie de la communauté internationale, à propos de la crise politique et de l’insécurité en cours en République Démocratique du Congo. En l’absence d’un vrai projet de société, l’opposition s’est illustrée par un soutien aveugle, à la limite du fanatisme, à des individus.
Une telle impasse a fini par encourager le recours aux armes, accentuant de facto, à travers la déstabilisation de la région du Kivu, la possibilité d’une balkanisation du territoire national. S’agissant de la crise politique qui handicape l’avenir du Congo-Kinshasa, on doit surtout réfléchir au mode de l’élection du président de la République. Doit-il être élu à l’issue d’un scrutin à un tour ou à deux tours ? Faut-il recourir aux grands électeurs, dans un pays dont les infrastructures et les moyens de communication relèvent encore du Moyen-âge ?

Sous l’arbre à palabre

Le fait que l’Histoire soit un perpétuel recommencement ne doit nullement cautionner l’amnésie. Le drame qui est en train de se dérouler dans la région du Kivu rappelle tristement les manœuvres ayant permis la chute du pouvoir mobutiste en 1997. Force est de constater la ressemblance du scénario actuel avec celui qui a été mis en scène, par les mêmes acteurs, il y a de cela dix-sept ans. Personne n’ignore que le peuple congolais est en train de subir, aujourd’hui, les conséquences des anciens alliés de Laurent-Désiré Kabila, le sulfureux tombeur du maréchal Mobutu Sese Seko.
Un peuple ne sera jamais libre tant qu’il n’aura pas pris en main son destin. Effectivement, pour devenir autonome, le peuple congolais doit à tout prix concevoir une révolution à la fois identitaire, culturelle et économique. À cet effet, le dialogue inclusif doit lui offrir non seulement la possibilité de laver le linge sale en famille, mais surtout l’opportunité de mettre en place un projet cohérent sur l’efficacité et la viabilité des institutions étatiques.
Il faut donc de l’innovation dans la gestion du Congo du troisième millénaire. Raison pour laquelle il faudra s’employer à éveiller les consciences, à faire évoluer les mentalités. L’idéal, c’est de réinventer la manière de faire de la politique ; c’est de rendre possible une alternative crédible afin de faire émerger un projet de société d’avant-garde fort, humaniste et fraternel.
Comme le patriotisme s’impose à ceux qui veulent absolument éviter la balkanisation, les assises que propose Joseph Kabila ne devront pas se transformer en une banale distraction de plus, semblable à la conférence nationale souveraine (CNS) à l’époque du maréchal Mobutu ainsi qu’à l’Accord Global et Inclusif sur la transition de Sun City ayant abouti au calamiteux système « 1 + 4 ».
Le dialogue entre Congolais ne doit pas être une occasion de se partager les portefeuilles, mais un moment historique qui proposera des axes sur la défense et la sécurisation du territoire national, la protection des plus faibles. Il doit permettre des réformes innovatrices sur le plan économique, soucieuses du bien-être du peuple congolais et initiatrices d’un monde plus juste et pacifié. Quoi qu’il arrive, le véritable élan libérateur doit prévaloir. De plus, la chaîne des générations, s’agissant de la défense de grandes causes, ne doit en aucun cas se rompre. De toute évidence, le combat pour le Congo du XXIe siècle doit être la principale mission du peuple congolais.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

Notes :


[1] Son sol et son sous-sol regorgent de ressources comme le cuivre, l’or, diamant, le niobium, l’uranium, le cobalt, l’étain, la cassitérite, le coltan[1], le pétrole, le café, le cacao, les bois rares…
[2] D’après le PNUD, la République Démocratique du Congo occupe le 168ème rang sur 177 en termes de développement humain.
[3] Plus de 6 millions de morts, plusieurs milliers de femmes et de filles violées, des milliers d’enfants enrôlés de force par des groupes armés, plus de 2,5 millions de personnes déplacées dans la seule région du Kivu et près de 500 000 Congolais réfugiés dans les pays voisins…
[4] « Comble du droit, comble de l’injustice ».

dimanche 24 février 2013

Un accord de paix pour la RD Congo

Les dirigeants des pays de l’Afrique des Grands Lacs, d’Afrique centrale et de la SADC[1] ont signé un accord de paix ce dimanche à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne – sous l’égide des Nations Unies – visant à mettre fin à deux décennies de conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Après avoir été reportée en janvier dernier pour clarifier la question du commandement de la nouvelle force régionale devant être déployée dans la région du Kivu pour lutter contre les groupes armés composés de génocidaires enclins aux violences sexuelles et pillages, la signature dudit accord s’est déroulée en présence des dirigeants du Mozambique, du Rwanda, de la Tanzanie, de l’Afrique du Sud, de la République Démocratique du Congo, de la République du Congo, du Soudan du Sud et du Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. Ainsi ont-ils approuvé la nature et le commandement de la force internationale neutre[2], qui sera déployée à la frontière entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, et obligé de facto les pays de la région des Grands Lacs à respecter la souveraineté de leurs voisins.

Des avis très partagés

En République Démocratique du Congo, les avis sont nettement partagés entre les différents acteurs politiques et membres de la société civile sur la signature de cet accord de paix. Pour les uns, ce texte reste l’une de solutions aux problèmes de sécurité que connaît la région du Kivu. Pour d’autres, il est question de la mise en cause de la souveraineté nationale pourtant garantie par le droit international. Quelques observateurs s’interrogent plutôt sur la mise en œuvre du texte signé Addis-Abeba, en se demandant si ce processus de paix aidera la région à sortir de la crise ou restera une énième résolution sans conséquence concrète sur le terrain.

L’absence des présidents ougandais et angolais

En principe, les Chefs d’État de tous les pays frontaliers de la République Démocratique auraient dû parapher l’accord d’Addis-Abeba. L’absence des présidents de l’Ouganda, l’un des pays agresseurs, et de l’Angola, l’une des puissances militaires régionales, ne peut que confirmer l’inquiétude de ceux qui s’interrogent sur l’impact réel de cet accord.
L’Ouganda, déçu par le fiasco des pourparlers de Kampala, s’est volontairement inscrit aux abonnés absents. Ayant soutenu les revendications du M23, il ne pouvait en aucun cas cautionner un texte qui hypothèque les visées « balkanistes » de ses poulains. Quant à l’Angola, pays qui tient à s’imposer comme puissance incontournable en Afrique centrale, la stabilité de la République Démocratique du Congo finira par confirmer la position géostratégique de Kinshasa. Ainsi le gouvernement congolais, une fois son pays pacifié, voudra régler le contentieux pétrolier qui l’oppose au gouvernement angolais.

Le Rwanda contraint de signer

Le Rwanda, reconnut par toutes les institutions internationales comme étant le principal agresseur de la République Démocratique du Congo, ne pouvait pas se permettre de boycotter cette cérémonie. En ayant signé ledit accord, ce pays espère montrer à la face du monde du monde sa volonté de contribuer à la paix dans la région du Kivu. De plus, Paul Kagame, s’il se réjouit de l’échec[3] des pourparlers de Kampala, ne peut pas s’opposer à la volonté de ses commanditaires occidentaux. Au-delà de la criante des sanctions, il espère en réalité rester en bons termes avec Kinshasa qui, nul ne l’ignore, détient le destin socio-économique du Rwanda.

La mayonnaise congolaise

La réussite de l’accord de paix signé le dimanche 24 février à Addis-Abeba dépend surtout de la vision que le peuple congolais a de son pays. Son unité est le facteur déterminant, pour ce qui est de la stabilité territoriale de la République Démocratique du Congo. D’aucuns osent espérer que le dialogue inclusif permettra aux Congolaises et aux Congolais de dépasser leurs divergences, de sceller un pacte tacite en faveur de la cohésion nationale face à toute agression extérieure et à toute tentative interne de déstabilisation – l’objectif consistant à mettre en place des institutions étatiques efficaces et viables. La mayonnaise congolaise devra donc représenter le ciment du patriotisme congolais, garant de l’unité nationale et d’une paix interne durable. On ose espérer que le génie congolais parviendra, enfin, à faire échouer à jamais l’appétit vorace et les velléités expansionnistes de ceux qui ne rêvent qu’à se servir sur les décombres de ce beau, riche et majestueux pays.

 Gaspard-Hubert Lonsi Koko


[1] Communauté de développement d’Afrique australe.
[2] La force internationale neutre, qui sera composée de quatre mille soldats, est appelée à démanteler les groupes armés opérant dans l’Est de la République Démocratique du Congo, notamment les rébellions des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et du M23. Son déploiement sur la frontière congolo-rwandaise avait été proposé lors du sommet interministériel des États de la Conférence internationale sur la région des grands lacs (CIRGL) en mi-juillet 2012 à Addis-Abeba.
[3] En effet, si Yoweri Museveni avait réussi à arracher un accord entre le M23 et le gouvernement congolais à Kampala, il aurait confirmé son leadership dans la région des Grands Lacs au détriment du président rwandais.

mercredi 20 février 2013

RD Congo : la coopération régionale et les ressources communes

Les Chefs d’État de l’Angola, du Burundi, du Congo-Brazzaville, du Rwanda, de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie, de l’Ouganda et de la République Démocratique du Congo, ou leurs représentants, sont attendus ce dimanche 24 février 2013 à Addis-Abeba, siège de l’Union Africaine, pour la signature de l’Accord-cadre sur la paix en territoire congolais. Trois nouveaux pays pourraient s’ajouter à la liste des signataires. Il s’agit de la RCA, le Sud-Soudan et le Mozambique. Le document devrait être co-signé par le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-moon, et la présidente de la Commission de l’Union Africaine, Nkosazana Diamini Zuma.

À cette occasion, les différentes parties signeront un accord dans lequel le gouvernement de la République Démocratique du Congo s’engagera à poursuivre la réforme du secteur de la sécurité, à consolider l’autorité de l’État particulièrement dans la partie Est du pays, à accélérer la politique de décentralisation, à développer l’économie, les infrastructures et les services sociaux de base. Il devra aussi réformer les institutions, les finances et élaborer un agenda de réconciliation et de démocratisation.
Quant aux pays de la région (Grands Lacs, SADC, Afrique Centrale), ils devront s’interdire de s’ingérer dans les affaires internes de leurs voisins, refuser tout appui à toute force négative et respecter leur souveraineté ainsi que leur intégrité territoriale. Cet accord recommande également « le renforcement de la coopération régionale, dans la droite ligne de l’intégration économique régionale et l’exploitation commune des ressources naturelles dans le strict respect des intérêts légitimes des voisins, surtout dans le domaine sécuritaire ».

Des unions douanières et des sociétés publiques mixtes

Pour éviter toute interprétation erronée, il est important de préciser que des concertations doivent être entreprises entre les différents pays de la région en vue de la gestion commune des ressources frontalières à travers des sociétés publiques d’exploitations mixtes. Il n’est pas du tout question d’intégrer économiquement la région du Kivu au Rwanda, ni de la mettre à la disposition de l’Ouganda – l’objectif étant de prévenir tout conflit foncier.
Mais cela n’empêche pas de réfléchir sur la réactivation de la CEPGL[1], comme complément vital au processus de paix et au développement économique. Ainsi est-il important de discuter des modalités d’un éventuel réaménagement de ladite Communauté par le truchement d’une Commission d’évaluation, de relance et de réaménagement des mécanismes et instruments existants afin de faire des propositions opérationnelles. Pour cela, il faudra définir un agenda et un calendrier précis.

Sécurité et défense communes[2]

Quant au domaine sécuritaire, on devra à tout prix signer des accords de non-agression et d’assistance mutuelle en vue de l’indépendance dans l’interdépendance. En effet, il sera plus efficace de mettre en place un système confédéral de protection. Ainsi faudra-t-il inciter les partenaires régionaux à s’associer à un projet relatif au pacte de stabilité des systèmes régionaux communs de défense et de sécurité ainsi qu’à un projet de paix spécifique aux pays des Grands Lacs et de l’Afrique orientale.
Ceux-ci seront complétés par la conférence intergouvernementale sur la sécurité, la défense, la paix et la coopération régionale, qui réunira les Chefs d’État et de gouvernement concernés afin d’examiner et de mettre en commun les moyens d’affirmer une véritable identité et une réelle appartenance régionales. Cette organisation devra tenir compte, dans son fonctionnement, des spécificités de chaque pays.
Mais pour que tout cela soit possible, la République Démocratique du Congo devra avant tout se doter d’une armée nationale performante. En effet, compte tenu de sa situation géostratégique et ses énormes potentiels, ce pays a un rôle déterminant à jouer dans le rayonnement économique de l’Afrique centrale et de la région des Grands lacs. Ainsi sa stabilité est-elle la condition sine qua non en vue de la paix, facteur indispensable au développement.
Enfin, les États de la région s’abstiennent de fournir la moindre protection aux auteurs des crimes de guerre, crimes contre l’Humanité, crimes de génocide ou d’agression, ou ceux se trouvant sous le coup des sanctions des Nations Unies.
Il faudra à cet effet, au-delà de la coopération administrative et judiciaire, que le conseil permanent du pacte de stabilité des systèmes régionaux communs de défense et de sécurité se dote des mécanismes constants. Cela lui permettra de prévenir les conflits, rétablir la paix et sanctionner en cas de manquement aux accords contractés.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

[1] Communauté économique des pays des Grands Lacs.
[2] Sur cette problématique, il faudra surtout lire les propositions faites dans les Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko.

vendredi 1 février 2013

RD Congo, quelle alternative après l’échec des pourparlers de Kampala ?

N’étant parvenues jusqu’à présent à maintenir la paix dans la région du Kivu[1], les Nations Unies tentent de déployer sur place une brigade d’intervention rapide dont l’action serait appuyée par des drones. Mais Ban-Ki-moon devra tout d’abord obtenir des dirigeants de la région des Grands Lacs et de l’Afrique australe la signature d’un accord-cadre pour la paix et la sécurité en République Démocratique du Congo. Entre-temps, la situation humanitaire se dégrade sur le plan national : plus de 52 400 cas de choléra, dont 1 293 décès et environ 73 794 cas de rougeole avec 2 023 décès, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ; distribution des vivres à plus de 100 000 personnes à Goma et ses environs et une foire aux biens non alimentaires au profit de 5 000 personnes dans le Lubero, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Pendant ce temps le Katanga[2], une autre province de la République Démocratique du Congo, est à son tour en proie aux agressions de groupes armés.

La mauvaise foi des agresseurs

Pour détourner l’attention de l’échec patent des pourparlers de Kampala, le médiateur, en l’occurrence le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni, soutenu par les pays de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL) et ceux de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), s’est en pris violemment aux forces onusiennes auxquelles il a reproché, non seulement de s’adonner au tourisme militaire, mais surtout d’être incapables de rétablir la paix dans la région du Kivu. Cela a abouti au renvoi sine die de la signature d’un accord-cadre régional sur la paix en République Démocratique du Congo.
Quant au président rwandais, Paul Kagame, il est tout à coup devenu amnésique. Reniant son implication dans la déstabilisation de la région du Kivu, il ne cesse de clamer que son pays et la RD Congo, contraints de vivre ensemble dans la région des Grands Lacs, doivent être tournés vers l’avenir et trouver des solutions appropriées. Ainsi espère-t-il pouvoir tourner la page, sans rendre des comptes pour le génocide congolais et le pillage des ressources naturelles du Kivu, dont il est l’un des principaux initiateurs.
Pour ce qui est du Mouvement du 23 mars (M23), il juge le rapport des experts[3] des Nations Unies[4] « cruellement partial et peu professionnel, car il contient des éléments incompatibles et incohérents ». Dans la même optique, le M23 conteste le rapport de Human Rights Watch (HRW) qui l’accusait en mi-septembre 2012 de « crimes de guerre commis à grande échelle, y compris d’exécutions sommaires, de viols et des recrutements de force ». Ainsi Jean-Marie Runiga, dénonce-t-il la partialité des enquêteurs de ces organisations et les escobarderies dont est entaché leur travail. À cet effet, le dirigeant du M23 le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, à « rejeter purement et simplement les requêtes de Human Rights Watch et celles des experts de Nations Unies », et à « reconsidérer toutes les décisions prises » dans la mesure où lesdits rapports sont « politisés » et « erronés »[5].

La méthodologie du groupe des experts onusiens

Répondant aux questions de la journaliste belge Colette Braeckman[6], Steve Hege[7] a mis l’accent sur la méthodologie très rigoureuse ayant privilégié les informations recueillies auprès des témoins directs des événements qui sont à la base du rapport des Nations Unies. Les experts onusiens ont interrogé plus de cent anciens combattants du M23, dont 57 qui ont déclaré être des citoyens rwandais. Ces derniers ont insisté sur le soutien du Rwanda aux agresseurs. Ces informations ont ensuite été confrontées à plus d’une centaine émanant de dirigeants locaux, de commerçants, de simples paysans, d’anciens officiers de l’armée rwandaise, ainsi que d’anciens officiers du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Des membres actifs du M23 ont aussi reconnu le soutien du Rwanda à leur mouvement, témoignages qui ont été confirmés lors de sept visites au Rwanda[8]. Enfin, les services de renseignements de l’Ouganda, du Burundi, de pays occidentaux[9] ainsi que du gouvernement congolais ont confirmé les faits allégués par les différents témoignages.

Les prochains épisodes

Christophe Rigaud estime que l’échec annoncé de Kampala « risque de donner lieu à un scénario en deux actes : tout d’abord une reprise des affrontements autour de Goma et Bukavu et, ensuite, un second round de négociations, où, en plus du Rwanda et de l’Ouganda, on risque de retrouver l’Afrique du Sud, la Tanzanie et le Congo-Brazzaville à la manœuvre »[10]. L’échec des pourparlers de Kampala était prévisible, compte tenu de la partialité du médiateur. Ainsi Kinshasa avait-il intérêt à ne pas sécher les travaux programmés dans la capitale ougandaise, au risque de ne pouvoir se défendre contre les accusations à propos des maux dont souffrant la RD Congo. L’objectif de la délégation gouvernementale devait consister, dans un premier temps, à rester ferme sur le fait que les problèmes internes seraient débattus dans le cadre du dialogue intercongolais. Dans un second temps, Kinshasa devait faire en sorte que rien ne soit réglé à Kampala – l’objectif étant de délocaliser lesdits pourparlers à Brazzaville ou à Luanda – et d’empêcher que la Tanzanie, ou l’Afrique du Sud, prenne la tête d’une quelconque force neutre dans le cadre de prochaines opérations militaires dans le Kivu. En tout cas, à propos de l’alternative au guet-apens évité de justesse en Ouganda, la diplomatie congolaise doit s’ingénier pour que les prochains épisodes lui soient favorables.

 Gaspard-Hubert Lonsi Koko

À lire aussi :

Notes :

[1] Plus de dix années d’engagement en RD Congo.
[2] La très riche région minière du Sud-Est. Effectivement, les populations sont obligées de fuir des accrochages de plus en plus fréquents dans le Nord-Katanga.
[3] Rappelons que ce Groupe d’experts est composé de 6 membres, chacun nommé par le Secrétaire général des Nations Unies après une évaluation par le Secrétariat ainsi que par les quinze pays membres du Conseil de sécurité. Les membres sont des enquêteurs et chercheurs indépendants avec une expérience technique dans les différents domaines spécifiques du mandat – notamment les enquêtes sur l’approvisionnement en armes, le financement des groupes armés, le commerce des ressources naturelles, les violations graves des droits de l’Homme, et les problématiques transfrontalières.
[4] Ce rapport des experts des Nations Unies, qui a été publié fin 2012, accuse le Rwanda et l’Ouganda de soutenir le M23 à qui les Nations Unies imputent de graves exactions (viols, assassinats, recrutement forcé des enfants...).
[5] Le Conseil de sécurité des Nations Unies a gelé les avoirs et interdit de voyage les responsables du M23, dont Jean-Marie Runiga et le général Sultani Makenga, chef militaire du mouvement.
[7] L’un des experts des Nations Unis ayant diligenté les enquêtes relatives au rapport dénonçant l’implication du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda dans la déstabilisation de la RD Congo.
[8] Ces voyages ont été souvent effectués dans le cadre de l’enquête sur le recrutement de civils pour le M23. Ils concernaient notamment l’hôtel Bushokoro à Kinigi (cf. annexe 19 du rapport onusien).
[9] Cf. annexe 22 du rapport onusien.

lundi 28 janvier 2013

RD Congo, le cynisme des prédateurs

Selon Eri Kaneko, une porte-parole du secrétaire général des Nations unies, la signature d’un accord-cadre régional sur la paix[1] dans l’Est de la République Démocratique du Congo a été repoussée sine die. Pourtant, quelques heures plutôt, Ban Ki-moon avait espéré que « les dirigeants régionaux [adhéreraient] à l’accord-cadre pour la paix et la sécurité, qui a pour objet de remédier aux causes profondes des violences récurrentes », raison pour laquelle « l’Organisation des Nations unies, l’Union africaine et d’autres parties intéressées [travaillaient] en concertation en République Démocratique du Congo ».

Deux visions diamétralement opposées

« C’est un sujet très complexe et des discussions se poursuivent », a rassuré la porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies. Ce report est dû en réalité au désaccord entre deux conceptions différentes, s’agissant des opérations armées à mener à l’Est de la République Démocratique du Congo. D’une part, le pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et ceux de la Communauté de développement de l’Afrique australe  (SADC) préconisent le remplacement de la Monusco par une force interafricaine. Quant aux Nations Unies, elles veulent faire de la force internationale neutre, que comptent mettre en place les pays de la CIRGL et de la SADC, une brigade spéciale au sein de la Monusco dans le cadre d’une force d’intervention rapide. Il est donc urgent de clarifier cette divergence que d’aucuns n’osent soulever. De plus, les objectifs et les motivations de différents acteurs ne sont pas les mêmes.

Des initiatives communes et concertées

La complexité de la situation en cours dans la région du Kivu nécessite de prendre en compte plusieurs paramètres : la requalification du mandat de la Monusco, ainsi que l’implication de la Communauté internationale en concertation avec non seulement les forces onusiennes et les institutions congolaises, mais aussi avec les pays limitrophes qui soutiennent le M23. Seul l’effort commun et concerté de tous acteurs – locaux, nationaux, régionaux, continentaux et internationaux – permettra de stabiliser l’Est de la République Démocratique du Congo et de pacifier la région des Grands Lacs africains.
Personne n’est dupe. En dépit des concertations auxquelles s’adonnent les soi-disant pompiers qui se penchent sur le drame du Kivu, leur véritable rôle de pyromane, au travers d’une connivence bien entretenue, est un secret de polichinelle. Faisons en sorte que, face au drame qui se joue dans le Kivu, la logique humaniste l’emporte sur le cynisme des prédateurs sans foi ni loi.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

À lire aussi :

- RDC : le masque tombe à Kampala
- RDC : faut-il remplacer la Monusco par une force neutre internationale ?

[1] Cela devait être ratifié ce lundi à Addis-Abeba en marge du 20ème sommet de l’Union africaine au sommet de l’Union africaine, par les chefs d’État de la région des Grands Lacs, sous l’égide de Ban Ki-moon.

jeudi 24 janvier 2013

RDC : faut-il remplacer la Monusco par une force internationale neutre ?

Le général Aronda Nyakairima, ministre ougandais de la Défense, a fait savoir à Kampala le 23 janvier 2011 que les ministres de la Défense des pays de l’Afrique australe et des Grands Lacs ont recommandé le remplacement de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco) par une force africaine dans la région du Kivu. 
En effet, les ministres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ont avancé cette proposition à l’Union africaine (UA) à l’issue de la réunion qui s’est tenue le week-end dernier, en raison de l’échec de la Monusco dans ses efforts de protéger les Congolais. Ainsi le ministre ougandais de la Défense a-t-il déploré que certains membres des Nations unies se déclarent contre l’idée de déployer une force internationale neutre pour combattre les forces négatives dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, tout en proposant que celle-ci soit intégrée dans l’effectif de la Monusco.

Comme par hasard…

Comme par hasard, la prise de position des ministres de la Défense des pays de l’Afrique australe et des Grands Lacs intervient après que le diplomate Hervé Ladsous, le chef des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, s’est prononcé le 8 janvier dernier, lors d’une séance du Conseil de sécurité, en faveur de l’utilisation des drones pour surveiller l’Est de la République Démocratique du Congo. Ces avions sans pilote permettraient de détecter tous les mouvements d’armes et de troupes. Ils surveilleront aussi la région du Kivu, en proie à une guerre orchestrée par les rebelles du M23 soutenus militairement et financièrement par Kigali.
« Il n’est pas avisé d’utiliser un équipement sur lequel nous n’avons pas suffisamment d’informations », a d’abord assuré, Olivier Nduhungirehe, le numéro deux de la délégation rwandaise aux Nations Unies. « L’Afrique ne deviendra pas un laboratoire de surveillance étranger », a-t-il conclu. D’aucuns n’ignorent que le président rwandais, Paul Kagamé, était hostile au déploiement de ces drones avant de changer d’avis le 22 janvier en déclarant, lors d’une conférence de presse, que l’utilisation de drones ne lui posait aucun problème, surtout si les Nations Unies pensaient que cela pourrait aider. « Je n’ai pas le pouvoir d’empêcher que cela soit fait », a reconnu le président rwandais, tout en demandant qu’on lui explique « comment ces drones [contribueraient] au maintien de la paix ».

Éviter une « zone franche » dans le Kivu

Quant au Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, il milite pour le renforcement de la Monusco. Cela gêne les pays qui déstabilisent la région du Kivu, par le M23 interposé, dans la mesure où la requalification de son mandat permettra à la mission onusienne de se transformer en force réelle d’imposition de la paix. Cela lui permettra donc de trouver une solution durable à la dramatique situation qui prévaut dans la partie orientale du pays. Ainsi redorera-t-elle le blason de la Communauté internationale en sécurisant enfin, aux côtés des Forces armées congolaises (FARDC), les populations civiles et en empêchant les incursions à partir des frontières rwandaise et ougandaise. La présence d’une force internationale neutre ne résoudra en rien les problèmes en cours dans la région du Kivu. Seule une force « d’assistance, et non d’interposition, permettra à la RD Congo, qui est un pays souverain, d’asseoir son autorité sur l’ensemble du territoire national.
Il ne faudra surtout pas tomber dans le piège qui consiste à installer, à travers cette force internationale neutre, une « zone franche », laquelle préfigurera à court terme la mise en place d’un futur État autonome. Ayons à l’esprit que le Rwanda et l’Ouganda veulent recourir à un autre processus, très subtil cette fois-ci, pour parvenir à la balkanisation de la République Démocratique du Congo.

Assistance aux FARDC

Les forces qui seront mandatées par la SADC et par l’Afrique centrale également, ne doivent pas du tout être neutres. Au contraire, la République Démocratique du Congo étant un État souverain, elles doivent intervenir militairement aux côtés de FARDC, sous la direction de la Monusco. Les forces onusiennes devront poursuivre leur rôle en constatant la cessation des activités du CNDP, du M23, des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et d’autres forces négatives instrumentalisées par les régimes de Kigali et de Kampala. Elles devront aussi permettre l’évacuation des éléments des FDLR soit vers le Rwanda en vue du dialogue inter-rwandais, soit vers d’autres pays non limitrophes du Rwanda et de la RD Congo.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

À lire aussi :

- Quel avenir pour les pays des Grands Lacs africains ?
- Que cache le cessez-le-feu décrété unilatéralement par le CNDP ?

mardi 8 janvier 2013

Gaspard-Hubert Lonsi Koko souscrit à l’appel à la cohésion nationale lancé par Joseph Kabila

La cohésion nationale ne se décrète pas certes, mais afficher des divergences, pendant qu’il faut sauver le pays en danger, relève de l’accessoire. L’essentiel, au contraire, est de s’unir face à l’ennemi. Et jamais l’accessoire ne peut remplacer l’essentiel. C’est ce qui ressort de l’interview (Cinq questions à…) accordée par Gaspard-Hubert Lonsi Koko, porte-parole du Rassemblement pour le développement et la paix au Congo (RDPC) à Robert Kongo, le correspondant en France du journal Le Potentiel.

1. Que vous inspire le message de nouvel an du président Joseph Kabila adressé le 31 décembre 2012 à la nation ?

La cohésion nationale est la condition sine qua non en vue de la résolution de la crise politique qui fragilise nos institutions et expose le pays aux appétits voraces de quelques prédateurs régionaux. Telle a toujours été ma conviction profonde. Or, le président Joseph Kabila vient de faire le même constat, lors de son message du nouvel an, en ayant rappelé que la guerre que l’on impose à la RD Congo  « doit être une occasion de nous unir davantage ». Je ne peux donc qu’approuver l’organisation d’un cadre pour les échanges entre toutes les forces vives de la Nation que propose le président de la République. En tout cas, j’ose espérer que l’année 2013 sera placée sous les signes d’espoir et de succès.

2. La cohésion nationale est donc un idéal que vous partagez avec le président de la République ?

Je suis partisan d’une opposition constructive. Il serait donc malvenu de refuser la proposition du président de la République, au moment où se joue la survie de la Nation. Le patriotisme s’impose à ceux qui veulent à tout prix éviter la balkanisation. Certains ont enfin compris que seul le dialogue inclusif républicain permettra aux Congolais de laver leur linge sale en famille. J’ai donc pris acte du fait que le président de la République a reconnu qu’« aucun résultat positif n’est possible dans la division ». J’espère de tout cœur que les assises qu’il nous propose ne vont pas être une distraction de plus, comme cela avait été le cas avec la conférence nationale souveraine (CNS) à l’époque du maréchal Mobutu ainsi qu’avec l’Accord Global et Inclusif sur la transition de Sun City ayant abouti au calamiteux système « 1 + 4 ». Il ne faut surtout pas que le dialogue entre Congolais soit une occasion de se partager les portefeuilles. Il doit plutôt s’agir d’un moment historique qui définira les bases de nouvelles institutions axées sur l’Etat de droit et la stabilité du pays. Mon souci, c’est que nos compatriotes aient enfin droit à la liberté, à l’égalité, à la sécurité et à la prospérité. Quelques compatriotes de la diaspora congolaise de France, à laquelle je fais partie, ont toujours été objectifs, s’agissant du « vivre ensemble ». C’est dans cet état d’esprit qu’ils apporteront leur pierre à l’édification d’un Congo politiquement viable et économiquement solide.

3. Le président Joseph Kabila entend doter le pays d’une armée dont la puissance inspire respect… Quel est votre commentaire ?

Les FARDC
C’est depuis 2001 que le président de la République aurait dû mettre en place une telle armée, conformément aux cinq objectifs  de la transition  initiée  par l’Accord Global et Inclusif  de Sun City qui avait soulevé, à l’instar de l’accord de Lusaka de 1999, la nécessité de la formation d’une armée nationale et républicaine. Cela aurait épargné de millions de vies et évité l’humiliation que connaît le peuple congolais à travers les violences sexuelles, l’enrôlement des enfants par des bandes armées, le pillage de nos ressources, les conflits sociaux ... Je soulève ces deux interrogations, que l’on peut légitimement se poser, pour que les promesses en la matière soient immédiatement suivies d’effets.

4. Le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, promet de mettre en place un mécanisme de concertation sur la paix, la sécurité et la stabilité dans le Nord-Kivu et dans la région des Grands Lacs a annoncé le chef de l’Etat. Selon vous, peut-on encore croire à ce genre de discours plein de bonnes intentions ?

Toutes les résolutions onusiennes qui ne sont pas respectées, s’agissant de la dramatique situation en cours dans notre pays, mettent en évidence l’hypocrisie et la mauvaise foi du secrétaire générale des Nations Unies. Le Conseil de sécurité doit commencer par redéfinir la mission de la Monusco, objectif le plus urgent aux yeux des Congolais, et obtenir des sanctions contre les pays qui soutiennent nos agresseurs. La mise en place d’une nouvelle structure, dont la mission n’apporte rien de plus par rapport à celles qui existent déjà, ne constitue qu’un leurre pour permettre à nos agresseurs de mieux s’organiser. Faut-il croire que Ban Ki-moon est au service des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et des multinationales qui ne cessent d’imposer la loi dans la région des Grands Lacs ?

5. Comment réagissez-vous aux nouvelles sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU contre les deux dirigeants du M23, Jean-Marie Runiga Lugerero et Eric Badege ?

On ne peut que saluer la réaction du Conseil de sécurité, tout en s’interrogeant sur son efficacité. Interdire à ces criminels de voyager et geler leurs avoirs suffisent-ils à les empêcher de renoncer à leur objectif consistant à faire main basse sur une région très riche en ressources naturelles ? Jean-Marie Runiga et Eric Badege n’étant que de simples pions, le Conseil de sécurité doit sanctionner carrément les parrains du M23, en l’occurrence Yoweri Museveni et Paul Kagame. Cela aurait pour effet d’empêcher les présidents rwandais et ougandais de trouver une autre pièce de substitution ou de susciter d’autres rébellions.

© Kongoespoir21

lundi 15 octobre 2012

François Hollande en Afrique : chapeau, l'artiste !

Comment serrer la main d’un président de la République contesté par une majorité d’électeurs, en l’occurrence Joseph Kabila, sans pour autant légitimer le pouvoir qu’il a confisqué à l’issue du scrutin de novembre 2011 ? L’Élysée devait trouver une parade. Ainsi l’étape sénégalaise du voyage africain de François Hollande était-elle indispensable.
François Hollande à Kinshasa (crédit: © Présidence de la République - Christelle ALIX)
Le séjour africain du président de la République française s’est basé sur l’équilibrisme, atout maître d’un certain François Mitterrand, contrebalançant les acquis démocratiques et les abus aristocratiques, bonne et mauvaise gouvernances, poignées de main chaleureuse à Dakar et froide à Kinshasa. François Hollande a-t-il su négocier la rupture avec ses prédécesseurs, s’agissant de la Françafrique, d’autant plus qu’il a déjà été critiqué pour avoir reçu à l’Élysée les partisans du statu quo et prévu d’être reçu par un Joseph Kabila dont la réélection est en proie à l’illégitimité ? [Lire le billet]

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress.com