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vendredi 16 janvier 2015

Le probable retour de Jean-Pierre Bemba sur la scène politique congolaise

L’affaire fait grand bruit dans les milieux politiques en République démocratique du Congo. Jean-Pierre Bemba, leader historique du Mouvement de libération du Congo, incarcéré à la Cour Pénale Internationale dans l’attente du verdict de son procès, pourrait bientôt retrouver sa liberté, et reprendre du service sur la scène politique congolaise. Au moment où le débat fait rage dans le pays, à propos d’une manipulation de la loi électorale, quel pourrait être m’impact sur la situation politique congolaise, du retour de celui qui fut le rival malheureux, en 2006, de l’actuel dirigeant congolais Joseph Kabila ? Une candidature de Jean-Pierre Bemba à la présidentielle de 2016 est-elle possible ? Explications dans ce Grand Débat.
Invités :
- Christophe Rigaud, Journaliste, Directeur du site d’informations « Afrikarabia.com ». 
- Gaspard Hubert Lonsi-Koko, Acteur politique congolais, « essayiste réformiste ». Porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) 
- Mama Eve Bazaïba, Secrétaire générale Mouvement de libération du Congo (MLC)

Prière de cliquer sur le lien ci-contre, pour écouter l’émission : http://www.africa1.com/IMG/mp3/le_grand_debat_-_15_01_15_pad_-_.mp3

mardi 24 décembre 2013

Polémique sur l’intervention des FARDC en Centrafrique

Le gouvernement congolais a annoncé, le 21 décembre dernier, son intention d’envoyer 850 soldats en République Centrafricaine pour participer à la force de l’Union africaine déployée sur place (Misca[1]). Cette contribution, laquelle est dans l’absolue compréhensible[2], ne cesse pourtant de susciter des interrogations. En effet, compte tenu de la précarité et de l’insécurité qui prévalent dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, ainsi que de l’aspect budgétaire, le peuple congolais est en droit de connaître les critères ayant motivé une telle décision.

Une multitude de groupes armés dans le Kivu

Le Raïa Mutomboki[3], lequel a fini par nouer des alliances avec l’ancien groupe rebelle M23 après avoir pour autant sévi comme une milice d’auto-défense d’obédience antirwandophone, n’a cessé de déstabiliser une grande partie du Masisi depuis août 2012. Les différentes factions de cette milice contrôlent encore 95 % du Nord-Kivu. Quant à l’Alliance pour la libération de l’Est du Congo (Alec), une milice créée en juillet 2012 par un groupe de rwandophones, elle a pour objectif l’indépendance du Kivu[4].
À ces milices, il faut ajouter les Forces démocratiques alliées (FDA)[5] qui opèrent autour du massif de Ruwenzori, les Forces démocratiques alliées/Armée nationale pour la libération de l’Ouganda (ADF/NALU)[6], les Force œcuménique pour la libération du Congo (FOLC)[7], les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)[8] basées dans le Nord-Kivu et dans le Sud-Kivu, la Force populaire pour la libération du Congo (FPLC)[9], le Front des patriotes pour le changement (FPC)[10], les Maï-Maï Asani , Mayele ainsi que Kifuafua, le Nyataru[11], les Forces nationales de libération (FNL)[12]... La présence de ces différentes milices locaux, des groupes armés locaux et étrangers constituent une menace permanente pour la stabilité de la région des Grands lacs africains [lire la suite].

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

lundi 11 mars 2013

Pour un dialogue républicain et inclusif en RD Congo

Située au cœur de l’Afrique centrale, la République Démocratique du Congo, qui est traversée par l’équateur, a une superficie d’à peu près 2 345 409 km2 : soit quatre-vingts fois plus grande que la Belgique et cinq fois la France. Onzième État par sa taille, elle est grande comme la partie des États-Unis située à l’Est du Mississippi. Ainsi couvre-t-elle, d’Ouest en Est, un espace équivalent à la distance entre Paris et Prague. 
Les présidents Joseph Kasa Vubu, Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila

Pourtant doté d’immenses ressources naturelles[1], le pays est le plus pauvre du monde. En effet, plus de 71 % des Congolais vivent avec moins d’un dollar américain par jour. Selon le Rapport mondial sur le développement humain de 2011, l’indicateur de développement humain (IDH) du pays est de 0,286 et l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) de 0,393 %[2].
Les conflits entre groupes armés ne cessent de déstabiliser la partie orientale de la République Démocratique du Congo depuis 1996. La situation humanitaire et sécuritaire y est très préoccupante avec des violations de droits fondamentaux de la personne humaine[3]. En proie à une crise post-électorale et aux ingérences extérieures qui affaiblissent davantage les institutions étatiques, l’incohésion nationale et le défaut de patriotisme exposent le pays à une éventuelle balkanisation.

Mauvaise préparation du scrutin de 2011

Depuis l’indépendance de la République Démocratique du Congo, la communauté internationale y joue sans cesse un rôle majeur. Elle a soutenu la transition politique de 2003 à 2006, puis a accompagné les institutions issues des élections de 2006. Le 18 mai 2011, devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, Ban Ki-moon déclarait au sujet du scrutin programmé par le gouvernement congolais : « Ces élections doivent avoir lieu dans les délais, être transparentes et crédibles, se dérouler dans la paix et la sécurité, et offrir à tous les Congolais l’occasion de participer librement, sans crainte d’être victimes de harcèlement ou de violence. Nous devons tout mettre en œuvre pour garantir que la violence n’éclate pas avant, pendant ou après les élections... ».
Telle une sonnette d’alarme, cet avertissement faisait référence aux inquiétudes soulevées par le calendrier électoral publié le 30 avril 2011 par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Le Secrétaire général des Nations unies a entre-temps posé un début de diagnostic qui méritait d’être approfondi avec objectivité.
Mais aucune précaution n’a été prise, s’agissant de l’éventualité de la manipulation, de la contestation et du rejet des résultats. Rien n’a été non plus pris en compte, à propos des facteurs internes et externes. De plus, on aurait dû s’interroger, d’une part, sur les conditions susceptibles de permettre la tenue du scrutin dans un climat apaisé.
D’autre part, on aurait pu déterminer le rôle de la communauté internationale en vue des élections fiables, crédibles, justes et transparentes. L’objectif aurait consisté à mesurer l’adéquation entre les problèmes identifiés et les solutions proposées, quant à la fiabilité et à la faisabilité. Ainsi était-il nécessaire de définir en termes identiques le cadre, le rôle et les missions dévolues à chaque institution et d’évaluer le niveau d’implication de chaque intervenant institutionnel tout en s’adonnant à un travail pédagogique de vulgarisation et de sensibilisation.

Tripatouillage et bricolage

Pour se maintenir au pouvoir, la majorité kabiliste à l’Assemblée nationale et au Sénat a modifié l’article 71 de la Constitution – ayant ainsi adopté le mode de scrutin présidentiel à un tour. Le Parlement a aussi voté en juin 2011 une nouvelle loi électorale qui régirait les scrutins prévus pour le 28 novembre 2011 – s’agissant de la présidentielle et des législatives – et la mi-2013, quant aux autres élections.
Les parlementaires sortants se sont arrangé, dans la foulée, pour conditionner la validité d’une candidature à un minimum de cinq ans dans les domaines politique, administratif et économique à défaut du cursus universitaire ou autre capacité. Or, dans un pays où l’instruction n’est pas à la portée des trois quarts de la population, où l’État est incapable de créer des emplois, seul le suffrage populaire peut permettre l’égal accès à la représentativité électorale.
Conditionner le mandat électif en privant des milliers d’individus de leurs droits, c’est fouler sous le pied la règle universelle qui veut que le peuple soit le souverain primaire. En ayant exclu d’office les Congolais de l’étranger de leurs droits civils et politiques, après avoir accordé aux Congolais de l’intérieur le droit de vote et privé en même temps un bon nombre d’entre eux du droit d’être éligibles, la nouvelle loi électorale a violé les articles 5, 6, 11, 12, 50, 66 et 102 de la Constitution congolaise.
« Summum jus, summa injuria »[4], disait Cicéron. En effet, rien n’est plus injuste qu’une loi qui génère des injustices. En droit, la loi désigne une règle juridique suprême, générale et impersonnelle. Et, lorsqu’une loi est régulièrement adoptée, seul le législateur, ou une autorité supérieure, peut la défaire ou la refaire selon la règle pratique du « parallélisme des formes ».
En conséquence, une autre autorité peut passer outre, ou modifier la loi, dès lors qu’elle est inconstitutionnelle. Le président de la République Démocratique du Congo, « garant du respect de la Constitution » conformément à l’alinéa 2 de l’article 69, aurait donc dû demander au gouvernement et au Parlement soit de revoir leur copie, soit de rejeter l’abrogation de l’ancienne loi électorale.
On sait d’emblée qu’une élection présidentielle à deux tours permet aux électeurs de se prononcer une seconde fois en faveur de leur candidat préféré ou même de changer entre-temps d’avis quant à leur préférence. Ainsi donne-t-elle aux partis politiques et à l’électorat l’occasion de s’ajuster aux éventuels changements de l’environnement politique entre les deux tours de scrutin.
Pour l’éditorialiste Colette Braeckman, « malgré le coup de force qu’a représenté le changement de la Constitution, […] l’opposition gardait une chance de modifier la donne ». Cela aurait été envisageable en cas de désignation d’un candidat unique de l’opposition. Force est de constater que tous les ingrédients favorables à une crise post-électorale étaient réunis. Le tripatouillage des dispositifs légaux et le bricolage dans l’organisation du scrutin étaient la source des tensions et conflits ayant entaché les résultats du scrutin du 28 novembre 2011, au lieu de garantir la légitimité des personnes qui seraient élues. Dans pareilles circonstances, la réélection de Joseph Kabila ne pouvait qu’être contestée par une opposition représentative de plus de 50 % d’électeurs.

La crise de légitimité politique

L’opposition politique, qui a recueilli les voix de plus d’un tiers de l’électorat en 2006 et de plus de la moitié d’électeurs en 2011, n’a pas été à la hauteur dans l’instauration d’un contre-pouvoir efficace, gage de la stabilité du Congo. Si en 2006 la volonté de jouer son rôle a été compromise en raison du recours systématique à la force contre ses partisans, de l’exil de Jean-Pierre Bemba et de la réticence de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, cette opposition a été victime en 2011 d’un scrutin faussé dès le départ et de la mauvaise gestion de la crise post-électorale.
Des critiques se sont élevées contre la communauté internationale, soupçonnée d’avoir cautionné les fraudes ayant permis la réélection de Joseph Kabila. Le rôle des observateurs internationaux, qui se sont contentés de faire des appréciations s’agissant du scrutin du 28 novembre 2011, ne devait pas consister à agir à la place des institutions congolaises. N’ayant disposé du droit de certifier les résultats, comme cela fut le cas en Côte d’Ivoire, la communauté internationale ne pouvait que se fier à la décision des organes censés les proclamer et les confirmer.
Est-il que les personnes averties savaient que le second mandat de Joseph Kabila serait difficile, au cas où les parlementaires joueraient consciencieusement, en toute objectivité, leur rôle de représentants du peuple. Mais, l’esprit de lucre ayant primé, le Parlement est resté godillot.
À qui doit-on donc la légitimité du pouvoir kabiliste ? On peut se demander à juste titre à qui incombe réellement la faute, quant à la désunion de l’opposition et à l’hypocrisie de la communauté internationale, à propos de la crise politique et de l’insécurité en cours en République Démocratique du Congo. En l’absence d’un vrai projet de société, l’opposition s’est illustrée par un soutien aveugle, à la limite du fanatisme, à des individus.
Une telle impasse a fini par encourager le recours aux armes, accentuant de facto, à travers la déstabilisation de la région du Kivu, la possibilité d’une balkanisation du territoire national. S’agissant de la crise politique qui handicape l’avenir du Congo-Kinshasa, on doit surtout réfléchir au mode de l’élection du président de la République. Doit-il être élu à l’issue d’un scrutin à un tour ou à deux tours ? Faut-il recourir aux grands électeurs, dans un pays dont les infrastructures et les moyens de communication relèvent encore du Moyen-âge ?

Sous l’arbre à palabre

Le fait que l’Histoire soit un perpétuel recommencement ne doit nullement cautionner l’amnésie. Le drame qui est en train de se dérouler dans la région du Kivu rappelle tristement les manœuvres ayant permis la chute du pouvoir mobutiste en 1997. Force est de constater la ressemblance du scénario actuel avec celui qui a été mis en scène, par les mêmes acteurs, il y a de cela dix-sept ans. Personne n’ignore que le peuple congolais est en train de subir, aujourd’hui, les conséquences des anciens alliés de Laurent-Désiré Kabila, le sulfureux tombeur du maréchal Mobutu Sese Seko.
Un peuple ne sera jamais libre tant qu’il n’aura pas pris en main son destin. Effectivement, pour devenir autonome, le peuple congolais doit à tout prix concevoir une révolution à la fois identitaire, culturelle et économique. À cet effet, le dialogue inclusif doit lui offrir non seulement la possibilité de laver le linge sale en famille, mais surtout l’opportunité de mettre en place un projet cohérent sur l’efficacité et la viabilité des institutions étatiques.
Il faut donc de l’innovation dans la gestion du Congo du troisième millénaire. Raison pour laquelle il faudra s’employer à éveiller les consciences, à faire évoluer les mentalités. L’idéal, c’est de réinventer la manière de faire de la politique ; c’est de rendre possible une alternative crédible afin de faire émerger un projet de société d’avant-garde fort, humaniste et fraternel.
Comme le patriotisme s’impose à ceux qui veulent absolument éviter la balkanisation, les assises que propose Joseph Kabila ne devront pas se transformer en une banale distraction de plus, semblable à la conférence nationale souveraine (CNS) à l’époque du maréchal Mobutu ainsi qu’à l’Accord Global et Inclusif sur la transition de Sun City ayant abouti au calamiteux système « 1 + 4 ».
Le dialogue entre Congolais ne doit pas être une occasion de se partager les portefeuilles, mais un moment historique qui proposera des axes sur la défense et la sécurisation du territoire national, la protection des plus faibles. Il doit permettre des réformes innovatrices sur le plan économique, soucieuses du bien-être du peuple congolais et initiatrices d’un monde plus juste et pacifié. Quoi qu’il arrive, le véritable élan libérateur doit prévaloir. De plus, la chaîne des générations, s’agissant de la défense de grandes causes, ne doit en aucun cas se rompre. De toute évidence, le combat pour le Congo du XXIe siècle doit être la principale mission du peuple congolais.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

Notes :


[1] Son sol et son sous-sol regorgent de ressources comme le cuivre, l’or, diamant, le niobium, l’uranium, le cobalt, l’étain, la cassitérite, le coltan[1], le pétrole, le café, le cacao, les bois rares…
[2] D’après le PNUD, la République Démocratique du Congo occupe le 168ème rang sur 177 en termes de développement humain.
[3] Plus de 6 millions de morts, plusieurs milliers de femmes et de filles violées, des milliers d’enfants enrôlés de force par des groupes armés, plus de 2,5 millions de personnes déplacées dans la seule région du Kivu et près de 500 000 Congolais réfugiés dans les pays voisins…
[4] « Comble du droit, comble de l’injustice ».

mercredi 3 août 2011

Le calendrier électoral serait-il respecté en République Démocratique du Congo ?

Selon de nombreuses sources, les élections en République Démocratique du Congo pourraient être reportées si l’Assemblée nationale ne vote pas avant le 10 août prochain l’annexe à la loi fixant la répartition des sièges pour les législatives. Le président de la Commission nationale électorale indépendante (CENI), Daniel Ngoy Mulunda a même indiqué que si cet annexe n’était pas voté à cette date, il serait dans l’obligation de proposer un autre calendrier, découplant ainsi la présidentielle des législatives, initialement prévues le 28 novembre. Cette situation inquiète, à plusieurs égards, l’opposition congolaise et la communauté internationale. On se rappelle les déclarations de  monsieur Ban Ki-Moon, faites le 18 mai 2011, devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies : « Ces élections doivent avoir lieu dans les délais, être transparentes et crédibles, se dérouler dans la paix et la sécurité, et offrir à tous les Congolais l’occasion de participer librement, sans crainte d’être victimes de harcèlement ou de violence. Nous devons tout mettre en œuvre pour garantir que la violence n’éclate pas avant, pendant ou après les élections... ».

Les facteurs internes et externes

En tout cas, plusieurs faisceaux d’éléments laissent supposer le report, voire la non-tenue des élections en République Démocratique du Congo. Au cas où celles-ci auraient lieu, on ne pourrait que difficilement éviter la manipulation, les contestations ou le rejet pure et simple des résultats à cause du laisser-faire en amont dans les préparatifs. Nombreux sont donc les ingrédients susceptibles d’hypothéquer le processus électoral en cour : la bataille autour du fichier électoral, du calendrier électoral et de la loi électorale ; la suspicion et le manque de confiance à l’égard de la Commission Électorale et/ou d’autres institutions impliquées dans le processus ; la méfiance, voire une haine viscérale, entre les acteurs politiques majeurs ; la loyauté circonstancielle, situationniste et à géométrie variable des élites ; la manipulation et de l’instrumentalisation des populations ainsi que des institutions ; l’opacité des conditions de transfert et de compilation des résultats ; les arrière-pensées politiques dictées par l’angoisse et les incertitudes, quant à l’avenir et au devenir tant individuel que collectif, au point de pousser les uns et les autres à perturber le processus électoral afin d’aboutir à des négociations à propos d’un nouveau partage du pouvoir dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale, ou de transition.

Au vu des éléments évoqués ci-dessus, deux facteurs ont été négligés. D’une part, on devait se demander si les conditions étaient réunies pour le déroulement des élections dans un climat apaisé. D’autre part, on aurait dû déterminer le rôle de la communauté internationale en vue des élections fiables, crédibles, justes et transparentes. Cela aurait permis non seulement de faire, de manière exhaustive, l’inventaire des problèmes qui auraient pu se poser à tous les niveaux et à chaque étape du processus électoral annoncé afin de décliner les solutions idoines, mais aussi de mesurer l’adéquation entre les problèmes identifiés et les solutions proposées, s’agissant de la fiabilité ainsi que de la faisabilité.

Plus clairement, pour prévenir les tensions et les conflits qui pouvaient découler du processus électoral en cours, il était nécessaire de tenir compte des thématiques relatives à la définition – en termes identiques, du cadre, du rôle et des missions dévolues à chaque institution –, à l’évaluation du niveau d’implication de chaque intervenant institutionnel par le passage en revue des promesses et d’apports divers, ainsi qu’au travail pédagogique de vulgarisation et de sensibilisation.

Une loi injuste

Les dispositions constitutionnelles ne confirment en rien l’exclusion du processus électoral d’une certaine catégorie du peuple congolais, sous prétexte qu’elle vit en dehors du territoire national. Au contraire, elles cautionnent les droits humains, les libertés fondamentales, les devoirs du citoyen et de l’État. Évidemment, l’article 5 de la Constitution congolaise, alinéa 3, rappelle que « tous les Congolais de deux sexes âgés de dix-huit ans révolus et jouissant de leurs droits civils et politiques sont électeurs et éligibles », tandis que l’article 6, alinéas 1 et 2 affirme que « tout Congolais jouissant de ses droits civils et politiques a le droit de créer un parti politique ou de s’affilier à un parti de son choix », précise que « les partis politiques concourent à l’expression du suffrage, au renforcement de la conscience nationale et à l’éducation civique », que ceux-ci « se forment et exercent librement leurs activités dans le respect de la loi, de l’ordre public et des bonnes mœurs ». Quant à l’article 11, il stipule que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits », et l’article 12 précise que « tous les Congolais sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des lois ». Pour ce qui est de l’article 50, premier alinéa, il affirme que « l’État protège les droits et les intérêts légitimes des Congolais qui se trouvent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays », tandis que l’article 66 confirme que « tout Congolais a le devoir de respecter et de traiter ses concitoyens sans discrimination aucune et d’entretenir avec eux des relations qui permettent de sauvegarder, de promouvoir et de renforcer l’unité nationale, le respect et la tolérance réciproques ». Enfin, l’article 102, dans son alinéa 3, précise que « nul ne peut être candidat aux élections législatives s’il ne remplit les conditions ci-après : [...] jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques ».

Or, que constate-t-on ? L’Assemblée nationale et le Sénat ont voté le 15 juin 2011 la nouvelle loi électorale qui régira les scrutins prévus entre le 28 novembre prochain – pour la présidentielle et les législatives – et la mi-2013, quant aux autres élections. Les parlementaires sortants se sont arrangés pour conditionner la validité d’une candidature à un minimum de cinq ans dans les domaines politique, administratif et économique à défaut du cursus universitaire ou autre capacité. Dans un pays où l’instruction n’est pas à la portée des trois quarts de la population, où l’État est incapable de créer des emplois, seul le suffrage populaire peut permettre l’égal accès à la représentativité électorale. Conditionner le mandat électif, exclure des milliers d’individus d’une partie de leurs droits civils, c’est fouler au pied la règle universelle qui veut que le peuple soit le souverain primaire.

La non-promulgation de la nouvelle loi électorale

La loi ne doit en aucun cas devenir la source des tensions et des conflits pouvant hypothéquer le processus électoral en cours. Elle doit plutôt garantir la légitimité de futurs élus. Malheureusement, la nouvelle loi électorale votée par les parlementaires a non seulement exclu les Congolais de l’étranger de leurs droits civils et politiques, mais elle a surtout accordé aux Congolais de l’intérieur le droit de vote, tout en privant un bon nombre d’entre eux du droit d’être éligibles. Or, en droit, la loi désigne une règle juridique suprême, générale et impersonnelle. Cette nouvelle loi électorale viole de facto les articles 5, 6, 11, 12, 50, 66 et 102 de la Constitution congolaise.

Cela revient à conclure que, lorsqu’une loi est régulièrement adoptée, seul le législateur, ou une autorité supérieure, pourra la défaire ou la refaire conformément à la règle pratique du « parallélisme des formes ». Comme une autre autorité peut passer outre, ou modifier la loi, dès lors qu’elle est inconstitutionnelle, tout en se basant sur le principe selon lequel la Constitution l’emporte sur la loi en cas de conflit et sur le fait que, conformément à l’alinéa 2 de l’article 69, « le président de la République veille au respect de la Constitution », Joseph Kabila, n’aurait en aucun cas permis la promulgation d’une loi dont l’inconstitutionnalité de certaines dispositions génère, à n’en pas douter, des injustices. Ainsi aurait-il demander au gouvernement et aux parlementaires congolais soit de revoir purement et simplement leur copie, soit de rejeter l’abrogation de l’ancienne loi électorale.

Organiser à tout prix les élections dans pareilles circonstances n’augure guère une issue salutaire, tous les ingrédients étant donc réunies pour que la République Démocratique du Congo connaisse une situation à l’ivoirienne. De plus, l’expérience de 2006 relative à la défaite supposée de Jean-Pierre Bemba et celle, plus récente, de la Côte d’Ivoire ont démontré que la présence des casques bleus, les engagements de la communauté internationale et les règles du jeu acceptées par tous, l’acceptation du processus électoral n’ont pas évité les contestations des résultats et les violences meurtrières.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC)

jeudi 17 février 2011

Le MLC France se veut force de proposition

Dirigé par Emmanuel Ikabanga, le MLC (Mouvement de Libération du Congo), section France, a tenu samedi 12 février dernier la première réunion des membres du nouveau bureau, avec pour but de se positionner en force de proposition au sein du parti cher à Jean-Pierre Bemba.

« 2011 est une année importante pour notre pays. L’élection présidentielle, c’est dans moins d’un an. Il est tout à fait normal que le MLC se mette en ordre de bataille. Il lui faut élaborer un projet de société qu’il aura à défendre devant les électeurs. Le MLC/France veut y apporter sa contribution en proposant des idées pour la reconstruction économique, politique et sociale du Congo », a déclaré Emmanuel Ikabanga, qui souhaite faire du MLC/France une section « à même de mobiliser les Congolais de l’Hexagone » sur les problèmes relatifs  à la situation en République Démocratique du Congo.

Souhaitant ouvrir le débat à d’autres formations politiques sur ces questions, le représentant du MLC en France a convié le président d’Union du Congo et porte parole du RDPC (Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo), Gaspard-Hubert Lonsi Koko, à prendre part à cette réunion.

 DU DROIT AU BONHEUR ET A LA DIGNITE DU PEUPLE CONGOLAIS


Devant une assistance attentive et passionnée, l’ancien cadre du Parti socialiste français et futur candidat à la présidentielle, M. Lonsi Koko , a présenté les grandes lignes de son programme d’action pour le Congo d’avenir. Ces propositions s’articulent autour de quatre principes fondamentaux : la liberté, l’Egalité, la Sécurité et la prospérité  (La  République Démocratique du Congo, un combat pour la survie. Ed. L’Harmattan, 2011).

« Même si l’on n’est pas d’accord sur le plan politique, cela ne nous interdit pas de discuter avec nos adversaires des problèmes qui touchent au destin de notre pays », a indiqué Emmanuel Ikabanga. Il a estimé  que le MLC pourrait y trouver matière à agrandir son champ de réflexion et enrichir son engagement politique.

Touché par cette marque de sympathie et d’amitié, le président d’Union du Congo  a remercié vivement le représentant et les membres du MLC/France de lui avoir donné l’opportunité  d’exposer l’essentiel de son projet. « Un engagement pour bâtir un Congo nouveau, prospère, grand et beau, digne de toutes les potentialités de ce pays. », a déclaré Gaspard-Hubert Lonsi Koko qui fait du droit au bonheur et à la dignité du peuple congolais le leitmotiv de son combat.

Gardant foi en l’avenir, Emmanuel Ikabanga a répondu avec panache aux questions des journalistes présents à cette réunion qui s’est terminée  par le rappel aux membres à se mobiliser pour cette campagne présidentielle qui alimente les conversations dans le landernau politique congolais. « La victoire est à ce prix », a-t-il conclu.

Robert Kongo, correspondant en France du journal "Le Potentiel"

vendredi 17 décembre 2010

De la Côte d'Ivoire à la République Démocratique du Congo

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko (*)


1. Quel regard portez-vous sur la crise institutionnelle qui secoue actuellement la Côte d’Ivoire ?
Dès lors qu’il s’est posé la question de la validité juridique au regard du délai légal, le Conseil constitutionnel a automatiquement pris le relais. S’agissant des fraudes, cette institution a déclaré « avoir constaté des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble ». Fallait-il pour autant reconnaître Laurent Gbagbo comme le président nouvellement élu ? D’après l’article 64 du code électoral ivoirien, on aurait dû prononcer l’annulation du scrutin pour permettre au Conseil des ministres de fixer par décret, sur proposition de la Commission chargée des élections, la date de l’élection dans les 45 jours à compter de la décision du Conseil constitutionnel. Mon regard privilégie donc des voies et moyens en vue d’une sortie de crise.

2. Comment expliquez-vous ce soutien clairement affiché de l’Union africaine et de la communauté internationale à Alassane Ouattara ?

Le Conseil constitutionnel est l’organe habilité à investir le président de la République ivoirienne. Alassane Ouattara le sait très bien, car il a prêté serment, par écrit, auprès de cette institution. Seulement, celle-ci a déjà reconnu le candidat Gbagbo comme magistrat suprême. Rappelons que la décision du Conseil constitutionnel est sans appel. Les arguments avancés par les différents antagonistes laissent supposer l’existence d’un vide juridique. Dans l’affirmative, la décision du Conseil constitutionnel devra faire d’office jurisprudence. Gbagbo est-il l’homme à abattre ? Il faut savoir que les Nations unies ont toujours recherché un « règlement pacifique », conformément au chapitre VI de la Charte qui les régit. C’était le cas notamment en République démocratique du Congo, s’agissant des affrontements entre les rebelles de Laurent Nkunda et l’armée nationale congolaise. Mais les Nations unies peuvent aussi passer outre le principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’un État, conformément aux articles 39 et 42 du chapitre II de sa Charte, en ayant recours, comme le préconise l’article 41 du chapitre VII, à des mesures non militaires (embargo, sanctions économiques) pour faire pression sur les partisans de Laurent Gbagbo. En tout cas, il se pose, sur le fond, le problème de la souveraineté d’un État. La communauté internationale ne peut pas agir n’importe comment par crainte d’empiéter sur les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire. Si elle intervient militairement, elle risque de matérialiser pour très longtemps la balkanisation de ce pays. 

3. Laurent Gbabgo a-t-il été piégé en ayant accepté d’organiser cette élection ?
Sachant très bien qu’il n’était pas soutenu par la communauté internationale, Laurent Gbagbo n’aurait pas dû organiser l’élection sans que l’État soit présent dans l’ensemble du territoire. Cela n’a pas permis à ses partisans de mieux surveiller le déroulement du vote au Nord. Mais s’il ne l’avait pas fait, on l’aurait accusé de vouloir confisquer le pouvoir. À mon avis, il a eu raison de recourir aux urnes. Son plus grand tort, c’était d’avoir cru qu’il allait bénéficier au second tour de l’électorat de Konan Bédié au détriment d’Alassane Ouattara.

4. Y a-t-il lieu de s’inquiéter sur l’avenir de la Côte d’Ivoire ?
Je parlerai plutôt du devenir du continent africain, lequel est en train de se jouer en ce moment, on ne s’en rend peut-être pas compte, en Côte d’Ivoire. Faut-il croire que tout a été entrepris par des puissances extra-continentales pour confirmer la séparation entre le Nord et le Sud ? Si cela se concrétise, le Soudan, le Nigeria, le Cameroun, la République démocratique du Congo et l’Angola subiront le même sort.

5. Pensez-vous que ce qui est en train de se dérouler en Côte d’Ivoire peut se reproduire en République démocratique du Congo qui entend organiser l’élection présidentielle en 2011, scrutin auquel vous serez candidat ?
Notre pays aurait pu vivre cette situation en 2006, si Jean-Pierre Bemba n’avait pas reconnu la victoire du président Kabila. Aucun pays africain n’étant à l’abri de ce qui se passe en Côte d’Ivoire, nous devons à tout prix lever les causes d’une éventuelle contestation avant l’organisation du scrutin. Nous devons donc mettre en place des dispositifs appropriés dans l’espoir d’un meilleur accompagnement du processus électoral, à commencer par l’exigence de la présence d’assesseurs de chaque candidat et d’observateurs de la communauté internationale dans tous les bureaux de vote. Il est aussi impératif qu’un Haut Représentant des Nations unies pour les élections soit nommé en vue d’un droit de regard, en conformité avec les dispositions légales, dans le processus électoral. Celui-ci doit permettre le déploiement des éléments de la Monusco (Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo) dans les zones contrôlées par les éléments du CNDP, échappant de ce fait aux FARDC. Si nous procédons de la sorte, notre pays échappera au « syndrome ivoirien ».

PROPOS RECUEILLIS PAR ROBERT KONGO, CORRESPONDANT EN FRANCE

(*) Président d’Union du Congo

© Le potentiel

lundi 12 avril 2010

Quel système politique pour la République Démocratique du Congo ?

Président d’Union du Congo et porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC), Gaspard-Hubert Lonsi Koko répond aux questions d’Afrique Rédaction sur le système politique idéal pour la République Démocratique du Congo.

Afrique Rédaction : Que pensez-vous du paysage politique en République Démocratique du Congo ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko :
En République Démocratique du Congo, le courant libéral est représenté par le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba et l’Union pour la Reconstruction du Congo (UREC) d’Oscar Kashala. En principe, une coalition politique sérieuse se fait autour d’un projet politique. Or, au second tour de l’élection présidentielle de 2006, l’UREC n’a pas jugé utile de rejoindre l’Union pour la Nation (UN), la coalition ayant soutenu le MLC face à l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) acquise à la cause du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) de Joseph Kabila.

Afrique Rédaction : Faut-il alors conclure que l’AMP se situe à gauche de l’échiquier politique congolais ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko :
On ne peut pas raisonner a contrario, car les intentions réelles des uns et des autres ne sont pas forcément sincères. En tout cas, on retrouve des prémices du socialisme dans l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi. Rappelons que l’UDPS est membre de l’Internationale Socialiste. Le PPRD de Joseph Kabila essaie d’épouser par positionnement politicien l’idéologie socialiste mais, dans la pratique, on constate que ce parti politique n’a aucune idéologique bien définie. L’exercice du pouvoir a montré que le PPRD se situe plus dans le camp libéral que dans le giron socialiste. Je ne suis pas du tout surpris par la position adoptée par l’UREC, au second tour de l’élection présidentielle de 2006, ayant consisté à s’abstenir entre le MLC et le PPRD.

Si, par allusion à la gauche, vous sous-entendez que les partis politiques qui constituent l’AMP sont d’obédience progressiste, je rappelle que les systèmes politiques en cours dans des pays démocratiquement structurés ne s’articuleront pas obligatoirement de la même façon que dans un pays comme la République Démocratique du Congo. Il faut donc beaucoup de lucidité pour faire émerger un système politique viable et adapté aux réalités congolaises. Vouloir à tout prix reproduire dans notre pays les modèles étrangers, particulièrement le recours au libéralisme tel que pratiqué ailleurs, c’est sombrer dans l’aventurisme et dans la caricature.

Afrique Rédaction : Pourtant, il y en a qui préconise un  projet libéral et progressiste pour le développement et la reconstruction de la République Démocratique du Congo ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko :
Avec ce genre de formule, on s’expose à l’oxymore politique. On sait d’emblée que l’alliage entre le libéralisme et le progressisme a toujours abouti à l’impasse. On est soit libéral, donc capitaliste, soit progressiste, c’est-à-dire socialiste ou communiste. Mais pas l’un et l’autre à la fois. Il est très difficile de bâtir quelque chose de concret dans l’antinomie. De plus, mettre bout à bout, à savoir par concaténation, les idéologies contraires donne toujours des résultats superfétatoires.

Le libéralisme a peut-être des atouts, encore faut-il que les conditions locales s’y prêtent, mais leurs conséquences sont connues d’avance : le profit à tout prix au détriment du social au point de générer un monde à deux vitesses ; l’inégalité des chances entre les citoyens au détriment de la tolérance, de la solidarité et du droit à la différence ; l’asservissement des pauvres par les riches avec tout ce que cela génère comme insécurité et injustice ; la non-émergence d’une classe moyenne et la non-primauté de la personne humaine à cause du non-respect des Droits de l’Homme ; les manipulations systématiques de la Constitution, la pensée unique en guise d’estocade à la liberté de pensée et d’expression ; le non-respect du droit des travailleurs au prétexte d’une croissance économique dont les bénéfices ne profiteront qu’à une infime minorité de la population, une politique à deux vitesses sur les plans de la santé et de l’éducation...

Dans la même optique, force est de constater que le communisme a totalement échoué dans le monde entier, y compris en Chine où le libéralisme économique s’est installé. Le libéralisme sauvage n’est pas plus apte, au contraire, à faire face à la situation présente. L’exemple de la Russie, dans ce domaine, est édifiant. Ayons aussi à l’esprit la récente crise économique qui a été jugulée, aussi bien en Europe qu’aux États Unis, grâce à l’intervention de l’État. Le risque existe donc que se développe en République Démocratique du Congo une société dont l’exemple de libéralisme sauvage à la russe illustre ce qui se produit lorsque l’État ne joue plus son rôle. L’exemple russe est caractéristique du développement mafieux dans un système économique intégralement libéral, dont l’activité sauvage aboutit à des excès inimaginables.

Afrique Rédaction : D’après vos arguments, seule l’idéologie socialiste permettrait à la République Démocratique du Congo d’affronter sereinement les enjeux en cours ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko :
S’agissant de mes opinions politiques, car vous faites subrepticement allusion à mes fréquentations socialistes, je tiens à rappeler que je suis un jauressien : c’est-à-dire un réformiste. Personnellement, je me reconnais dans la mouvance social-démocrate.

Pour répondre à votre question, l’UDPS, qui se réclame du socialisme, n’a jamais pris le pouvoir dans notre pays : d’où la difficulté de tirer des conclusions pouvant éclairer l’avenir. Quant à la gestion du Congo par le PPRD, un autre parti qui essaie de se revendiquer du socialisme, elle me fait penser à celle qui est en cours en Chine. En effet, le régime chinois étant d’obédience communiste, la politique gouvernementale, dans ce pays, épouse complètement le libéralisme à outrance.

Étant de ceux qui pensent que le devoir politique le plus élémentaire est de combattre, je partage les avis selon lesquels les différents modèles de libéralisme sauvage existant au monde sont des contre-références pour le développement social. Il est à noter que la liberté totale d’entreprendre sans garde-fous, dans une population congolaise sans expérience démocratique accomplie, a conduit à la domination des mafias, à la déchéance de l’État, au blocage de la société, à la misère de la majorité de la population. Préconiser le libéralisme dans pareilles circonstances, c’est vouloir carrément et simplement anéantir l’État dont le rôle consiste à garantir l’égalité des chances pour tous et à protéger les plus faibles contre la domination des plus forts.

Afrique Rédaction : Mais que préconisez-vous, comme système politique, entre libéralisme et socialisme, voire communisme ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko :
On voit très bien, au fil de notre entretien, que seule la voie social-démocrate pourrait permettre de maîtriser les problèmes politiques qui se poseraient. Encore faut-il savoir faire la distinction entre les social-démocraties allemande et française, tout en ayant à l’esprit les éventuelles difficultés dans leur déclinaison dans un pays comme la République Démocratique du Congo. C’est pourquoi la responsabilité qu’auront les socialistes,  à l’échelle planétaire, sera énorme. Le grand problème qui se posera sera la capacité d’adaptation des populations mondiales, particulièrement des populations paysannes qui restent la majorité.

Le recours au libéralisme dans un pays comme la République Démocratique du Congo, où prédomine l’inexistence de l’État, hypothéquera la réussite et empêchera les lendemains de chanter. Il faut carrément rejeter ce modèle qui est aux antipodes d’un avenir meilleur pour la majorité des Congolais. Il ne reste donc plus qu’à chercher des voies nouvelles en vue d’un modèle politique qui, sous l’impulsion des hommes et des femmes très soucieux du bien-être de leurs compatriotes, pourra contrôler le capitalisme et l’empêcher de dégénérer. Tel est le chantier du  Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC).

Le défi d’aujourd’hui, c’est de réformer profondément la société congolaise afin d’en supprimer les tares, de développer le confort des ménages, de transformer le régime de la propriété, de créer des emplois, de promouvoir le phénomène de la redistribution des richesses dans l’espoir de distribuer une forte proportion du PIB sous forme de prestations sociales, pensions et allocations, de faire enfin émerger un État providence. C’est politiquement possible.

Le RDPC est donc favorable à un modèle humaniste en vue de la croissance économique, de l’évolution sociale, de l’innovation politique et de la paix. Notre ambition, c’est de faire émerger une politique ambitieuse dont les acquis seront la Liberté, l’Égalité, la Sécurité et la Prospérité. Nous avons vocation non seulement à faire évoluer les mentalités en toute liberté absolue des consciences, mais surtout à faire entrer la République Démocratique du Congo dans le cercle des grands pays du troisième millénaire.

© Afrique Rédaction

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(*)  http://unionducongo-rdc.org – E-mail : unionducongo@gmail.com
(**) http://rdpc-rdcongo.blogspot.com – E-mail : rdpc.rdc@gmail.com