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lundi 5 mai 2014

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko

1. Comment réagissez-vous à l’ opération « Mbata ya mokolo » initiée par les autorités du Congo-Brazzaville ?
La dénomination de l’opération menée à l’encontre de nos compatriotes lui confère une connotation provocatrice. Les expulsés sont-ils victimes d’un règlement de compte entre Kinshasa et Brazzaville ? S’agit-il d’une concertation régionale, dans la mesure où l’Angola menace à son tour d’expulser de force nos ressortissants en situation irrégulière ? Faudra-t-il voir, à travers les positions de Brazzaville et de Luanda, une volonté manifeste dans l’espoir d’un mécontentement populaire à Kinshasa, ou alors un acte prémédité consistant à infiltrer des éléments subversifs dans notre territoire ? J’ose espérer que la sagesse reprendra le dessus. Je souhaite que, sur les deux rives du fleuve Congo, l’on sache rassembler tout ce qui est épars. Par conséquent, je demande personnellement aux présidents Denis Sassou Nguesso – l’aîné que je reconnais comme tel – et Joseph Kabila de pendre en compte, dans les relations entre nos deux pays, la dimension étatique en vue du plus grand bienfait de nos populations.

2. Approuvez-vous la démarche des autorités de Kinshasa qui ne recherchent que des issues diplomatiques et pacifiques à cette opération au lieu d’une réplique musclée, comme le souhaite la population ?
Nos 50 000 expulsés en trois semaines représentent, aux dires de Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement de Kinshasa, 5 à 8 % seulement de nos ressortissants vivant au Congo-Brazzaville dont les documents administratifs ne sont pas en règle. Pays souverain, le Congo-Brazzaville est en droit de décider librement de sa politique en matière d’immigration. De ce fait, la position de Kinshasa est compréhensible. On ne résout pas les rapports entre Nations par la passion. La fraternité entre nos deux peuples nécessite que les expulsions se fassent dans le respect des droits fondamentaux de la personne humaine. En effet, nos dirigeants respectifs doivent avoir présentes à l’esprit les obligations morales qui cimentent nos relations. La concorde régionale doit être prise en compte dans l’amélioration et la poursuite d’un bon voisinage. Aucune entrave à ce principe ne doit donc être tolérée. Les dirigeants de nos pays doivent sans arrêt chercher la vérité en vue de la solidarité. La violence n’a jamais rien arrangé. Dans ce moment difficile, nos cœurs devront plutôt se rapprocher en même temps que nos mains pour que la grandeur de ce geste et son sens profond puissent lier davantage nos deux peuples dans le temps présent et dans le futur. La diplomatie et les échanges commerciaux doivent rapprocher encore plus nos populations respectives. Il faudra travailler sans relâche à conserver les liens millénaires ayant toujours unis les Congolais de Brazzaville et ceux de Kinshasa.

3. Les tortures, les tueries, les insultes, les vols, les viols…Les RD Congolais ne sont-ils pas devenus  la risée du monde et de l’Afrique ?
Tout en n’étant pas mobutiste, je reconnais que, sous le règne du maréchal Mobutu, nous n’avons jamais été humiliés de la sorte par nos voisins. C’est l’absence de l’Etat qui fait que nous soyons devenus la risée de tout le monde. Nos voisins ne nous prendrons en considération que lorsque nous nous respecterons nous-mêmes. Ainsi devons-nous bâtir un Etat de droit et tabler nos relations avec les pays limitrophes sur la base du droit international.

4. En tant qu’acteur politique RD Congolais , quelles mesures préconiseriez-vous pour répondre à ces pratiques barbares qui n’honorent pas le genre humain ? 
Seules la tolérance mutuelle, ainsi que le respect des autres et de soi-même faciliteront les échanges commerciaux entre Kinshasa et Brazzaville. Ils permettront une complicité, sur le plan diplomatique, entre nos deux pays dans les différentes initiatives d’ordre régional. Il faudra surtout éviter les actions susceptibles d’amplifier le climat de défiance, ou d’hostilité, comme l’opération qui vient d’être diligentée contre nos concitoyens. Par conséquent, tout doit être entrepris en vue des réparations inhérentes aux biens mobiliers et immobiliers, ainsi qu’à la torture morale. Brazzaville devra régler de manière politique tout problème d’ordre économique, et selon la Convention de Genève, tout contentieux relevant du droit l’asile.

5. Comment interprétez-vous l’indifférence de la communauté internationale et le silence des médias occidentaux devant ces actes ignominieux ?
La communauté internationale a d’autres chats à fouetter en ce moment, notamment en Ukraine. Elle est très occupée par l’éventualité de la candidature de Bachar El Assad à la prochaine élection présidentielle en Syrie. Les médias occidentaux sont focalisés sur les élections européennes. En France, l’avènement de Manuel Valls est encore d’actualité et les tristes événements de Bangui mobilisent la politique africaine. Je suis de ceux qui pensent que les Congolais sont les premiers gardiens de leurs intérêts. Raison pour laquelle je déplore le silence de notre Parlement, face aux tergiversations du gouvernement dans la résolution du refoulement de nos compatriotes.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

Gaspard-Hubert Lonsi Koko,
porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC).

mercredi 2 avril 2014

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko

1. Que vous inspire l’initiative de la majorité présidentielle en RDC de changer le mode de scrutin des députés provinciaux, passant du suffrage universel direct au suffrage indirect ?

La sincérité démocratique et l’honnêteté intellectuelle supposent que l’on ne change pas les règles du jeu à l’approche des joutes électorales. À travers l’initiative de la majorité présidentielle, on est en train de revivre une sorte de « remake » du changement du mode de scrutin présidentiel des deux tours à un seul, dans la seule optique de permettre la réélection du candidat sortant. Plusieurs facteurs, par exemple d’ordre financier ou alors structurel, peuvent effectivement conduire à la modification du mode de scrutin. Mais au-delà de la confiance que l’on puisse accorder ou non à l’institution censée agir dans ce sens en cas de nécessité, les nouveaux dispositifs ne devront en aucun cas entrer en vigueur avant un délai raisonnable. Plus explicitement, en cas de modification du mode de scrutin, il vaudrait mieux que les nouveaux dispositifs ne s’appliquent pas aux prochaines élections provinciales.

2. Certains membres de l’opposition pensent qu’il s’agit  d’« un prétexte à une révision constitutionnelle plus large destinée à permettre au président Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de 2016 ». C’est aussi votre point de vue ? 

Une Constitution n’est pas un fourre-tout. La Loi fondamentale d’un Etat  définit les droits et les libertés des citoyens ainsi que l’organisation et les séparations du pouvoir politique. Elle précise, de ce fait, l’articulation et le fonctionnement des différentes institutions qui composent l’Etat. Or, il existe dans la Constitution congolaise des dispositifs qui n’y ont pas leur place, puisqu’ils relèvent des lois organiques et d’application. Cette anomalie nécessitera un jour, pour l’intérêt général, la modification du texte adopté le 18 février 2006. Dès lors que les faits précèdent la loi, la Constitution peut évoluer. Encore faut-il que cela ne se fasse pas chaque fois que les intérêts du pouvoir en place sont menacés. En ayant prévu des dispositifs bloqués, notamment l’article 220, le législateur avait prévu l’inconstitutionnalité de tout acte qui ne tiendrait pas compte de cette interdiction. Seule l’abrogation de l’actuelle Constitution peut permettre de passer outre les dispositifs non révisables. On ne pourra y parvenir que par coup d’Etat.

3. L’opposition parle d’un « coup d’Etat constitutionnel en préparation ». Partagez-vous cet avis ?

Je ne peux que partager l’avis de l’opposition, pour ce qui est du « coup d’Etat constitutionnel en préparation ». Mais une opposition crédible ne change pas d’avis et d’attitude au gré des intérêts politiciens. Or, en RD Congo, on constate que l’expression « bonnet blanc, blanc bonnet » illustre les liaisons dangereuses entre la majorité et l’opposition. Par conséquent, au lieu de se lamenter systématiquement face aux injustices et aux bidouillages de la Constitution pour des intérêts personnels, entre la complicité de quelques opposants et les membres de la majorité présidentielle, les peuple congolais doit avoir le courage d’assumer sa responsabilité en tant que souverain primaire.

4. Organiser un référendum pour modifier la Constitution ou changer le mode de scrutin des élections provinciales censées avoir lieu en 2015 serait sans doute  souhaitable. Comment interprétez-vous le flou artistique qu’entretient la majorité présidentielle à ce sujet ?

Tout le monde sait que la RD Congo est de nos jours dirigée grâce à une ambiguïté qui veut que la majorité présidentielle soit en réalité composée d’une minorité électorale. Dans une telle conjoncture, en organisant un référendum en vue d’adapter la Constitution à ses intérêts immédiats, le pouvoir en place à Kinshasa subira un désaveu cinglant. Le régime kabiliste a intérêt à s’appuyer davantage sur des institutions à sa solde pour consolider son pouvoir, plutôt que de scier la branche sur laquelle il est confortablement assis.

5. Ne craignez-vous pas que l’opposition s’incline devant la loi de la majorité et finisse par approuver cette initiative ?

Cette éventualité m’inquiète sérieusement. Comme à son habitude, dans sa plus grande majorité, l’opposition a grosso modo failli quant à la défense des intérêts du peuple congolais. Seul l’esprit de lucre guide ses actions. Tant que les populations congolaises ne comprendront pas qu’il faille renouveler complètement la classe politique congolaise, opposition et majorité comprises, elles se feront toujours rouler dans la farine. Ainsi la démocratie restera-t-elle une arlésienne, au détriment des institutions de la République. Il ne suffit donc pas de faire émerger de nouvelles coalitions, avec les mêmes opposants qui sont d’une manière ou d’une autre complices du régime en place, mais de soutenir des femmes et des hommes consciencieux en vue du triomphe de la démocratie, du progrès social et économique, de la sécurité et de la pacification, ainsi que du bonheur du peuple congolais. Je suis partisan d’un sursaut idéologique, d’une conjonction patriotique et citoyenne, de l’union des Congolais de l’intérieur et ceux de la diaspora, en vue d’une alternative crédible.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

(*) Porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC)

lundi 27 janvier 2014

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko

1. Quelle lecture faites-vous du budget de l’Etat, exercice 2014, s’élevant à 8,9 milliards de dollars US voté récemment par l’Assemblée nationale ?


Avant tout, dans la mesure où la gestion de l’Etat dépend de la structuration et du pilotage des finances publiques, je ne peux que me réjouir du fait que la République Démocratique du Congo soit enfin dotée d’un budget pour l’exercice 2014. En revanche, les énormes potentialités dont dispose notre pays et les enjeux en cours nécessitent un budget annuel de plus de 8,9 milliards de dollars US. J’ose néanmoins espérer que l’articulation concrète de ce budget sera sérieusement contrôlée par les parlementaires.


2. Approuvez-vous les correctifs apportés par la commission ECOFIN de l’Assemblée nationale, une amélioration de 739 130 dollars US par rapport au budget initial présenté par le gouvernement ?


C’est à juste titre que l’ECOFIN a amélioré le budget initial proposé par le Premier ministre Matata Ponyo, lequel s’élevait à 8,2 milliards de dollars US. En effet, les défis auxquels le gouvernement de la RD Congo est confronté nécessitent un budget conséquent. Malheureusement, je déplore le manque d’ambition ayant animé cette structure parlementaire. Que représente, franchement, une augmentation de 739 130 dollars US dans un pays en proie à l’insécurité et à une dégradation socio-économique sans précédent ? Pour plus d’efficacité, l’apport global de la commission économique du Parlement aurait dû avoisiner la somme de 2 milliards de dollars US. De plus, l’amélioration ne devait pas concerner que les recettes des douanes et Accises, les recettes des impôts, ainsi que les recettes non fiscales et celles de la DGRAD. En guise d’exemple, le secteur de la défense nationale méritait à lui seul un budget d’au moins 1,32 milliard de dollars US.


3. Dans votre ouvrage « Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs », vous proposez un budget de 10,2 milliards de dollars US. Par rapport aux chiffres, la différence n’est pas énorme. Au fond, qu’est-ce qui distingue le budget adopté par le Parlement congolais à votre proposition ?


Primo, le fait que le budget que j’ai proposé pour l’exercice 2014 soit excédentaire de 1,3 milliard de dollars US, par rapport à celui dont est actuellement dotée RD Congo, montre le sérieux du travail que j’ai effectué. M’étant appuyé sur l’exercice budgétaire de l’année 2013, j’ai analysé les chiffres, les uns par rapport aux autres, pour crédibiliser mes analyses. Je me suis sérieusement attelé aux grands équilibres sociaux, économiques et politiques ayant toujours fait défaut à nos institutions étatiques dans les secteurs de l’emploi, de l’éducation nationale et de l’enseignement, ainsi que dans les domaines de la défense nationale, de la sécurité et de la protection civile. Je tiens à en finir définitivement avec un État patrimonial qui est sans cesse au service de quelques oligarques dont la logique reste la gabegie, la prédation, la mendicité internationale, le pillage des richesses nationales et l’enrichissement personnel. Voilà les quelques facteurs qui ont motivé ma démarche et qui distinguent ma proposition du budget ayant été adopté par le Parlement congolais.


4. La priorité est accordée aux secteurs tels que l’agriculture, la santé, la défense, la sécurité, l’éducation et la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Cela vous satisfait-il ?


On ne peut qu’être satisfait, à partir du moment où l’accent est mis sur la défense nationale, le processus démocratique, l’instruction et le niveau de vie des populations. Toutefois, il ne suffit pas d’accorder la priorité aux différents secteurs, mais de se doter des moyens conséquents afin de sortir le pays de la catastrophique situation dans laquelle il s’est embourbé depuis 2001. Pour atteindre cet objectif, j’ai estimé en mon âme et conscience que le budget pour l’exercice 2014 devait s’élever à 10,2 milliards de dollars US, la finalité étant de récupérer dans les 3 années à venir au moins 4,25 milliards de dollars US sur les 15,22 milliards de dollars US du circuit informel. Je reste profondément convaincu que, la compétence et la rigueur aidant, la croissance pourra nettement progresser de 10 % en 2014 à 18,25 % en 2019 – soit une évolution considérable de 8,25 % en 5 ans.


5. Quel regard portez-vous sur l’action de Matata Ponyo Mapon à la tête de l’exécutif congolais ?


Aspirant à présider un jour aux destinées de la République Démocratique du Congo, je ne peux qu’être objectif vis-à-vis d’une action gouvernementale indépendamment de l’appartenance politique. Monsieur Matata Ponyo a certes le sens de la responsabilité. Malheureusement, le contexte politique ne lui a pas permis de faire évoluer de manière positive les pesanteurs institutionnelles et étatiques. Force est de constater que le rapport de force lui a toujours été défavorable au sein même de la majorité présidentielle. En conséquence, son action ne pouvait qu’être vouée à l’échec. Ne pas avoir pris en compte un tel paramètre, dès la nomination de Matata Ponyo à la Primature, relève de l’inconscience et de l’irresponsabilité. On gouverne un pays avant tout par le raisonnement politique, ensuite seulement par le souffle.


Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France


(*)Porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC).


© Le Potentiel

vendredi 29 novembre 2013

GASPARD-HUBERT LONSI KOKO SUR RADIO VEXIN VAL DE SEINE

"Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs"L'Harmattan, 152pp.

A l'occasion de la sortie de son nouveau livre "Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs", Gaspard-Hubert Lonsi Koko, essayiste réformiste, humaniste et acteur politique était l'invité de Robert Kongo, samedi 30 novembre à 15h (heure de Paris). Avec la verve et la passion qu’on lui connaît, il a évoqué son projet d'un Congo nouveau, fort, prospère et stable, vivant en paix avec ses voisins.

Pour écouter cette émission, prère de cliquer sur le lien ci-contre : https://www.youtube.com/watch?v=mjZAf41EjAo

mardi 26 novembre 2013

CONGO-KINSHASA ET GRANDS LACS : LE PROJET DE GASPARD-HUBERT LONSI KOKO

"Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs". L'Harmattan, 152pp.

Essayiste réformiste, humaniste et acteur politique, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, vient de publier chez l’Harmattan « Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs ». Avec ce titre, l’auteur signe un texte prégnant qui évoque son projet pour un Congo-Kinshasa stable, politiquement, économiquement et socialement, vivant en paix avec ses voisins.

Au moment où la guerre dans l’Est du Congo-Kinshasa ,venue du Rwanda et de l’Ouganda, se termine, où le président Joseph Kabila prône la cohésion nationale et annonce la formation d’un gouvernement de large ouverture, le nouveau livre de Gaspard-Hubert Lonsi Koko tombe bien à propos et possède la pertinence à laquelle il nous a habitués. Il pourrait servir d’un vivier d’idées qui sera source d’inspiration pour les dirigeants congolais.

Dans cet ouvrage, l’auteur présente son projet pour sortir le Congo-Kinshasa du gouffre dans lequel il est plongé. Le dynamisme économique,  la justice sociale, la paix, l’unité nationale, la croissance et l’Etat de droit sont des ingrédients qu’il met en exergue pour bâtir un Congo-Kinshasa du 21èmesiècle. Un progrès dont les pays de la région des Grands Lacs pourraient tirer un immense profit. C’est justement ce qui rend ce texte précieux et solide.

Plusieurs maux dont souffrent le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi  ne seront pas résolus si le Congo-Kinshasa ne retrouve pas sa pleine souveraineté, l’intégrité de son territoire,  et si le climat de confiance n’est pas restauré entre les pays de la région des Grands Lacs. Un Congo-Kinshasa fort et pacifié faciliterait le développement et la stabilité de la région, voire de toute l’Afrique centrale.       

Savamment illustré avec des chiffres (contexte social et humain, contexte économique et financier, répartition budgétaire, emploi, fiscalité…), Gaspard-Hubert Lonsi Koko présente le type d’Etat que devront se donner les Congolais : un Etat doté d’institutions efficaces au service des Congolais. Il y voit la condition essentielle pour réussir les ambitions de modernisation et d’émergence d’un Congo-Kinshasa nouveau et fort. 

Pour réussir cette ambition, le Congo-Kinshasa ne peut se permettre , dans sa gouvernance, dans sa vision de la politique et dans sa conception de l’Etat une existence de négligence, de laxisme, d’amateurisme, de médiocrité ou de violence destructrice. En revanche, il a plutôt besoin d’être une communauté des intelligences, une communauté des valeurs  et une communauté de vision et d’esprit pour accomplir son développement au sens plein du terme.

« Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs » trace les contours de cette communauté d’avenir en présentant la nation congolaise telle qu’elle était, telle qu’elle est, en relatant quelques péripéties de l’histoire du Congo-Kinshasa depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, et telle que l’auteur aimerait la transformer en profondeur dans ses faiblesses politiques, dans ses pathologies de gouvernance et dans ses maladies comme Etat. Probable candidat à la prochaine élection présidentielle ? En a-t-il envie ? Seul l’avenir le dira.

On peut espérer que le projet de l’humaniste au talent d’écrivain et d’acteur politique indéniable, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, fils et petit-fils de Nlasa Mpanzu, Nlasa Ngandu, Nlasa Nzezi, Vuzi di nkuwa, Kimuakasa et Nsala Nkanga, suscitera des vocations de leaders politiques d’un nouveau calibre, capables non seulement de penser et de vivre autrement l’engagement politique et la gouvernance du pays, mais surtout de forger des institutions démocratiques solides, à la hauteur des ambitions mondiales d’un pays comme le Congo-Kinshasa. Un pays dont le destin économique, scientifique, technologique et géostratégique dépend de la qualité de ses élites politiques et de leurs capacités à mobiliser dans le bon sens le génie du peuple congolais.
                                                       
Robert Kongo, correspondant en France  

mardi 5 novembre 2013

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko

1.Comment réagissez-vous au succès de la contre-offensive des FARDC dans les territoires occupés du Nord-Kivu, en vue d’y rétablir une paix durable ?
Au-delà de toute considération politique, tout Congolais doit applaudir les différentes victoires des FARDC sur les criminels du M23. Au nom du Bureau de coordination de la DCFD, je félicite nos vaillants soldats qui n’ont cessé de croire, dans les moments difficiles et dans l’humiliation, en leur mission consistant à défendre le territoire national. Mes collaborateurs et moi-même, nous leur rendons solennellement un vibrant hommage. De toute évidence, en bon patriote, je ne peux que me réjouir de la débandade des poulains du Rwanda et de l’Ouganda. Je souhaite vivement que les FARDC viennent très vite à bout des autres forces négatives, parmi lesquelles figurent les éléments du FDLR. J’ose également espérer que le gouvernement central assurera, dans un bref délai, la présence étatique sur les territoires repris aux agresseurs et exclura l’éventualité de l’impunité des criminels ayant cyniquement violé les lois de la République.


2. L’option militaire ne serait-elle pas finalement la meilleure solution pour régler rapidement le problème du M23 ?
La force armée a toujours été l’un des outils permettant à la diplomatie de mettre, en cas de renversement de rapport de force, une menace à exécution. Une victoire militaire sur les champs de bataille ne peut que renforcer le gouvernement congolais dans l’optique de la finalisation des pourparlers de Kampala. De plus, dans toute négociation, le vaincu subit en principe la loi du vainqueur. La RD Congo est maintenant en masure de pratiquer, au regard des forces négatives responsables de la déstabilisation de la partie orientale, la politique de la carotte et du bâton. Dans le cas en l’espèce, je considère l’armée nationale comme non seulement le bras armé de la diplomatie congolaise, mais surtout la protectrice du sanctuaire national.


3. D’aucuns soutiennent que l’offensive militaire risque de mettre en péril les pourparlers de Kampala. Est-ce également votre avis ?
N’oublions pas que le médiateur des pourparlers de Kampala, en l’occurrence le président Yoweri Kaguta Museveni, n’est pas du tout impartial. Devons-nous toujours rester statiques au risque d’exposer nos femmes et nos enfants aux violences sexuelles ? Devons-nous toujours courber sans cesse l’échine au point d’encourager des millions de pertes en vies humaines ? Devons-nous systématiquement rester impuissants face aux pillages organisés de nos ressources naturelles ? Devons-nous accepter tacitement la balkanisation de notre pays ? Nous avons l’obligation patriotique de nous lever, de prendre les armes, de défendre vaillamment nos populations et de bouter nos ennemis dehors. S’il faut que l’offensive militaire mette en péril des négociations, dont l’arbitre est juge et partie, je ne peux que me réjouir et saluer les forces de l’esprit d’avoir impitoyablement permis un baptême du feu du tonnerre sur des pantins aux services d’un Bismarck de pacotille et d’un Napoléon sorti droit d’un horrible dessin animé. La patrie d’abord !


4. Ne redoutez-vous pas que l’armée rwandaise intervienne directement, sur le terrain, auprès du M23 ?
Dès lors que nos valeureux soldats ont fait résonner les bruits de bottes sur les différents champs de bataille, il y a de fortes chances que les loups sortent du bois. Après tout, ne faut-il pas montrer à la face du monde que le M23 est l’œuvre des pays frontaliers ? De toute façon, à travers les éléments du M23, les FARDC combattent en réalité les armées rwandaise et ougandaise. L’implication directe de ces deux pays ne fera que confirmer le secret de polichinelle que nous avons toujours dénoncé. La RD Congo a intérêt à pousser cette crise jusqu’au bout du paroxysme, libre à ce que la guerre se poursuive jusqu’à Kigali et à Kampala. Celui qui veut la paix doit forcément gagner la guerre, surtout quand celle-ci lui est imposée.


5. Une table ronde regroupant  les représentants de la Tanzanie, l’Ouganda, la RDC, le Rwanda, le Burundi, l’UA et le Conseil de sécurité des Nations unies, serait également une solution pour résoudre les problèmes de paix, de sécurité et de coopération dans la région des Grands Lacs. Qu’en pensez-vous ?
Je ne peux que me prononcer en faveur des négociations avec le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda. De plus, une victoire militaire n’est longtemps bénéfique que si elle permet d’enrayer définitivement les causes ayant été à l’origine d’une guerre. J’exhorte donc le gouvernement congolais à participer, en tant que vainqueur, aux différentes négociations afin d’imposer le respect des accords de non-agression et les sanctions contre les agresseurs, d’obtenir la responsabilité à la fois morale et civile des commanditaires. Bref, je demande « avec force et vigueur » au gouvernement congolais d’exiger des réparations en vue de la reconstruction de la région du Kivu. La réconciliation régionale et le réaménagement de la CEPGL ne se feront qu’en fonction de ces exigences. J’ai dit !


Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France


(*) Porte-parole de la Diaspora congolaise favorable au dialogue (DCFD)


Copyright Le Potentiel

mardi 29 octobre 2013

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko

1. Quelle lecture faites-vous des mesures prises par le président Joseph Kabila à la suite des concertations nationales ?
On ne peut qu’être favorable aux mesures prises par le président de la République à la suite des concertations nationales, dès lors qu’elles vont globalement dans le sens de nos revendications. Néanmoins, au regard de la Constitution, je ne peux que m’interroger sur le comité national de suivi des recommandations. Il en est de même pour le gouvernement de cohésion nationale que l’on compte mettre en place. Quel statut définira désormais les personnalités de l’opposition qui intégreront ce gouvernement ? L’existence du Sénat et des Assemblées provinciales, dont les mandats sont déjà expirés, relève-t-elle de la simple volonté du président de la République ? En tout cas, force est de constater que les résolutions présidentielles recommandent la mise en place de mesures n’ayant pas été prises, voire non appliquées, par les différents gouvernements depuis 2001.


2. Un gouvernement de cohésion nationale constitue un avantage dans le contexte de la crise actuelle au Congo, dit-on. Mais vous ne semblez pas vraiment partager cet avis…
Je ne pense pas du tout qu’un gouvernement composé de différentes factions de la classe politique et de la société civile congolaises soit forcément la réponse appropriée à la crise à la fois sécuritaire et politique. Seul un gouvernement issu d’une majorité parlementaire peut parvenir au rétablissement de la paix, à la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, à la consolidation de la cohésion nationale, au progrès économique, à l’amélioration des conditions sociales de la population et à l’Etat de droit. Le président de la République aurait dû dissoudre l’Assemblée nationale, dans l’optique de rendre aux institutions étatiques leur légitimité à la suite des élections législatives fiables, crédibles et transparentes.

3. « Le projet funeste du démembrement organisé de notre pays est inévitablement voué à l’échec », a assuré le président Joseph Kabila. Qu’en pensez-vous ?
Il est difficile, à moins d’être naïf, de s’imaginer que les conclusions des concertations nationales auront un impact réel sur la dégradation de la dramatique situation en cours dans l’Est. Dès lors qu’elles n’ont pas abordé sur le fond les vraies causes de la guerre qui déstabilise la partie orientale, leur application n’empêchera en aucun cas la réalisation du projet macabre de balkanisation du Congo. N’oublions surtout pas que, derrière les éléments du M23, se cachent des Etats limitrophes et des multinationales étrangères. Toutes les tentatives diplomatiques ayant échoué, seule une victoire militaire sur les différents champs de bataille pourra mettre un terme au « projet funeste du démembrement de notre pays » et non le partage du pouvoir dans le cadre d’un gouvernement de cohésion nationale. Seul l’état d’urgence pourra justifier la mise en place d’un gouvernement de salut public. Or, l’initiative du président de la République s’apparente plutôt à un remaniement gouvernemental dans le but de débaucher quelques opposants. Ainsi espère-t-il affaiblir, voire décapiter, l’opposition.


4. Croyez-vous que les groupes armés vont « déposer les armes » et « se rendre », comme l’ a demandé le président Joseph Kabila ?
Croyez-vous que ces différents groupes armés déposeront les armes tant que des pans entiers de la région du Kivu resteront des « no man’s lands », c’est-à-dire des Fars West, des zones de non-droit ? C’est un vœu pieux de s’imaginer qu’ils agiront de la sorte lorsque l’on connaît la faiblesse militaire de l’armée congolaise, laquelle ne doit ses dernières avancées que grâce au soutien des casques bleus des Nations Unies. Tant que l’Etat congolais sera absent sur l’ensemble du territoire national, les seigneurs de guerre auront longtemps de beaux jours devant eux. Par ailleurs, les véritables intentions des présidents rwandais et ougandais laissent augurer la probabilité d’une intervention militaire du Rwanda et de l’Ougandais aux côtés des éléments du M23, sur le sol congolais. En effet, des puissances extracontinentales comptent à tout prix transformer la partie orientale de la RD Congo en une « zone franche », dont Paul Kagame et Yoweri Kaguta Musveni seront des sous-préfets.

5. Qui est capable d’ordonner la fin de la guerre dans l’Est, selon vous ?
En tout cas, ni l’organisateur des pourparlers de Kampala ni l’actuel homme fort de Kigali. La solution ne pourra être que, en grande partie, congolaise. Le peuple congolais doit avoir le courage d’exprimer, par tous les moyens, son ras-le-bol. Il doit dénoncer la situation macabre en cours dans la partie orientale de la RD Congo et soutenir les FARDC sur les champs de bataille. Il lui revient d’organiser sur le terrain la résistance aux ennemis de la Nation, de faire un travail sérieux de lobbying sur les plans continental et international pour que cessent définitivement les violations des droits fondamentaux dans le Kivu et dans la province orientale. Il doit agir patriotiquement afin de traduire les auteurs des crimes contre l’Humanité devant les juridictions idoines.


Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France
(*) Délégué et porte-parole de la Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue (DCFD)


© Le Potentiel 

mardi 22 octobre 2013

Les concertations nationales en RDC sur Radio Vexin

Samedi 26 octobre, 16 h 00

Robert Kongo vous propose une émission sur les concertations nationales en RDC, « gage » de la cohésion nationale. Un sujet qui fait actuellement débat au sein de la classe politique congolaise. Elle sera co-présentée avec Nzunga Mbadi, journaliste à Afrique.TV et à Panafrica international.
Invité : Gaspard-Hubert Lonsi Koko, essayiste, acteur politique congolais, délégué et porte-parole de la Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue (DCFD).

© Radio Vexin

mardi 15 octobre 2013

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : "Le présidium a pénalisé le travail au profit du clientélisme"

Les concertations nationales ont vécu. Mais bon nombre de prétendants à ces assises, et qui pourtant le méritaient amplement, n’ont pas été conviés. C’est le cas notamment des membres de la Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue (DCFD). Dans cette interview qu’il a accordée à notre correspondant en France, Robert Kongo, le délégué et porte-parole de cette structure, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, critique véhément la méthode de travail « peu orthodoxe » du présidium quant à la désignation des délégués ayant représenté la diaspora à ce forum. Autres sujets abordés : l’hypothèse de la formation d’un gouvernement d’union nationale et les pourparlers de Kampala.


La DCFD n’a pas été invitée aux concertations nationales. Comment expliquez-vous cette mise à l’écart ?

Le choix de la majorité de personnes ayant représenté la diaspora s’est fait, en dernier ressort, sur la base du mercantilisme et de la logique politicienne. Dans ce contexte, seules les propositions de la DCFD ont intéressé le présidium et non la participation de leurs auteurs. Notre liberté de conscience a fait peur.

A vous entendre, le choix du présidium pour les délégués de la diaspora ayant participé à ce forum n’a pas été judicieux ?

Le choix du présidium n’a pas été judicieux, car il a pénalisé le travail au profit du clientélisme. Il a récompensé la flatterie au détriment du mérite. C’est une façon peu orthodoxe de procéder et cela démontre le peu de sérieux de cette organisation. Mais nous avons su faire passer quelques propositions auxquelles nous tenions. Certaines personnes s’en sont approprié et les ont défendues pour justifier leur utilité aux concertations nationales.


Malgré le travail remarquable que vous avez abattu en vue de votre participation à ces assises, cette mise à l'écart en a surpris plus d’un, y compris parmi les observateurs très avisés de la vie politique congolaise. Etes-vous déçu ?

Nous ne sommes pas déçus, dès lors que certaines de nos propositions ont été reprises. En effet, quelques concertateurs, tels des messagers de la foi, des apôtres d’une cause juste, les ont portées dans les différentes commissions. Nos recommandations ont été suivies. Nous n’avons pas prêché dans le désert.

Cela suffit-il à satisfaire votre ambition ?

Il est difficile d’être satisfait après un pareil traitement. La DCFD constate simplement que ses propositions ont été prises en compte par les concertateurs. C’est le cas pour l’inaliénabilité de la nationalité congolaise d’origine, le respect des droits civils des Congolais de la diaspora en matière d’élections, les facilités sur les plans douanier et fiscal au profit de nos compatriotes de l’étranger en cas d’investissement dans le territoire national, la libération des prisonniers politiques et d’opinion, les accords en matière de formation – dans les pays d’accueil – au profit de nos compatriotes vivant à l’étranger en vue de leur enrôlement dans l’armée nationale congolaise, le désengagement des officiers originaires du Kivu et leur redéploiement dans d’autres régions, la création des juridictions d’exception en vue des poursuites contre les auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’Humanité.

Vos propositions ont-elles été bien défendues ?

Dans la mesure où nous avons travaillé sur des propositions que nous avons rassemblées dans notre cahier des charges, nous aurions été les meilleurs avocats. On ne défend pas avec une foi inébranlable, avec une détermination racinienne, le travail d’autrui. Le résultat est moins satisfaisant, car les motivations n’ont pas été les mêmes. Per diem et partage du pouvoir pour les uns, patriotisme et souhait d’un Etat de droit pour les autres.

L’objectif assigné aux concertations nationales par le président Joseph Kabila a-t-il été atteint, selon vous ?

L’objectif aurait été atteint si les sujets avaient été abordés en profondeur et sans tabou. Les problématiques évoquées auraient renforcé l’unité, la réconciliation et la cohésion nationales si les solutions s’apparentaient aux tentatives de déstabilisation de la région du Kivu. L’incohésion s’est amplifiée à l’issue des travaux des assises, a-t-on constaté, car les concertateurs ne se sont pas penchés sérieusement sur les causes originelles de la guerre. Ils ne se sont pas appesantis, dans l’optique d’une renégociation, sur les accords régionaux et internationaux dont quelques clauses menacent la souveraineté nationale. La sécurisation et la pacification du pays, ainsi que la situation socio-économique, n’ont fait que l’objet d’une énumération digne d’un catalogue de vœux pieux. Que faire maintenant ? Seul le Parlement, réuni en congrès, pourra consolider les conditions d’une véritable réconciliation nationale autour des valeurs républicaines, dans un élan patriotique collectif, pour la défense de la nation infiltrée, agressée et occupée. Ainsi revient-il au président de la République d’exhorter les parlementaires dans ce sens, de leur proposer l’adoption d’une résolution en faveur du positionnement de la brigade onusienne d’intervention aux côtés des FARDC, à partir de la frontière rwandaise, afin d’empêcher l’occupation illégale d’une portion de la région du Kivu et de surveiller les flux migratoires.

On évoque constamment l’hypothèse de la formation d’un gouvernement d’union nationale. Qu’en pensez-vous ?

Je suis plutôt partisan de la dissolution du Parlement et de l’organisation dans la foulée des élections législatives et sénatoriales, locales et provinciales dont la transparence et la crédibilité permettront de dégager une vraie majorité en mesure de contrôler l’exécutif. La cohabitation doit être politique et non clientéliste. Cela renforcera le lien social et la cohésion nationale.

Selon le Coordonnateur du mécanisme de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, François Muamba, les pourparlers de paix de Kampala « ne sont pas prêts à aboutir à un accord ». Comment analysez-vous son propos ?

Dans mes différentes prises de position, j’ai dénoncé le macabre tango des Grands Lacs. Je ne peux qu’approuver les déclarations de François Muamba. Dès lors que la mission de la brigade onusienne d’intervention consiste à traquer et à neutraliser les forces négatives, conformément à la résolution 2089, on ne peut que s’interroger sur la nécessité de la poursuite des pourparlers de Kampala. Avoir accepté d’y retourner, après leur interruption, relevait de l’inconscience. En matière de diplomatie, notre pays a besoin d’un Talleyrand pour sauvegarder l’intégrité du territoire. Voilà le paramètre que nos négociateurs auraient dû avoir en tête.

Le réveil des Congolais à ces discussions n’est-il pas quelque peu tardif ?

Mieux vaut tard que jamais. Il va falloir œuvrer avec efficacité, au-delà de nos divergences, en activant nos réseaux en vue d’un lobbying sans faille pour que la brigade onusienne d’intervention puisse jouer son rôle, afin que les signataires de l’accord-cadre de Kampala respectent leurs engagements, pour que le mécanisme de suivi sanctionne enfin ceux qui sont en train de les violer.

Beaucoup d’observateurs critiquent les tergiversations du Conseil de sécurité des Nations unies sur la situation dans l’Est de la RDC, qui semblent conforter la théorie d’un complot international. Qu’en pensez-vous ?

Lorsque le Conseil de sécurité des Nations Unies affirme que la crise provoquée par l’irruption de la rébellion du M23 n’a « pas de solution militaire », et sera surmontée seulement par voie « politique », on ne peut que s’interroger sur les motivations l’ayant poussé à approuver à l’unanimité, le 28 mars 2013, la création d’une nouvelle force de combat censée sécuriser le Kivu. Une telle attitude conforte l’hypothèse selon laquelle la RD Congo est victime d’un complot international. J’ose espérer que nous parviendrons à le déjouer. Nous devons nous battre pour l’intégrité de notre pays.

A votre avis, faut-il ou non continuer à discuter avec la rébellion du M23 ?

A travers moult tergiversations, les éléments du M23 ont démontré leur mauvaise foi. Notre patience a atteint la limite de la compréhension et de la tolérance. Pour avoir la paix, nous devons gagner la guerre. Ainsi le feu doit-il s’abattre impitoyablement, telle la foudre, sur les criminels qui ne pensent qu’à violer nos femmes et nos enfants, à piller nos richesses et à s’approprier une portion de notre terre. Débout congolais !

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France.

Copyright Le Potentiel 

mardi 24 septembre 2013

CONCERTATIONS NATIONALES : LA DIASPORA MEPRISEE

Des participants aux concertations nationales à Kinshasa
La participation des délégués de la diaspora congolaise aux concertations nationales suscite des interrogations. L’opinion que les Congolais de l’étranger se font de cette organisation est négative : les individualités ayant travaillé sur ce projet ont été délibérément ignorées au profit des gens entretenant des relations supposées ou réelles avec quelques hiérarques du régime et des partis de l’opposition.        
Concertations nationales ? Dialogue national ? Peu importe les mots au contenu incertain. Seule certitude : la démarche des organisateurs de ces assises est contraire à l’objectif défini par son initiateur, le président Joseph Kabila, dans son discours sur l’état de la nation, prononcé le 6 décembre 2012, devant les deux chambres réunies en congrès.
A preuve, toutes les composantes de la diaspora congolaise dans le monde n’ont pas été conviées à ce « mess » censé apaiser les divergences et de favoriser l’émergence d’une cohésion nationale. La diaspora congolaise a été sans réserve et sans condition ignorée.
Sur quels critères ont-ils fait le choix des délégués  qui représentent la diaspora à ce forum ? Quelle a été leur contribution aux travaux préparatoires de ces assises ? Quelles ont été leurs propositions ? Sous quels numéros ont été enregistrés leurs besoins, leurs exigences ?
Pourtant, plusieurs structures des Congolais de l’étranger dans le monde, notamment en Europe, ont sérieusement travaillé sur ce projet.  Elles ont même fait parvenir aux services du président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, leur cahier des charges aux propositions bien ficelées et finalisées. Pourquoi n’ont-elles pas été invitées ?
Dieu sait que bon nombre de membres de ces structures ont été critiqués, insultés, vilipendés, menacés, pour avoir soutenu - dès le début et sans réserve- le projet du président Joseph Kabila par ceux-là mêmes qui ont été désignés par les organisateurs comme délégués de la diaspora, et qui ont longtemps boudé la tenue de ces assises. Si le ridicule pouvait tuer !

ENFANTS PAUVRES DE LA NATION

Le choix des organisateurs va encore plus attiser les tensions qui existent entre le gouvernement et les Congolais de l’étranger considérés, plus grossièrement, comme citoyens de seconde zone, voire traitres à la patrie, malgré de liens conservés avec le pays.
Nul ne nierait en effet que ces enfants pauvres de la nation participent très activement aux débats sur la situation politique, économique, sociale, et sécuritaire du pays. Et sans leur activisme, la RDC serait aujourd’hui morcelée. Loin des yeux, ils se situent plus près du cœur de la nation.
Nombre d’Etats, émergents et développés, mettent en œuvre des politiques de lien avec leurs ressortissants à l’étranger. C’est précisément l’exemple que devrait suivre le gouvernement congolais. La diaspora est une mine d’or pour la RDC.

DECEPTION

Certes, l’objectif  essentiel assigné aux concertations nationales par le président Joseph Kabila est de gagner le combat de l’unité et de la cohésion nationale face aux périls qui mettent en danger  l’existence  même de la RDC. Mais le choix des organisateurs pour les délégués des différentes composantes devrait se fonder sur le mérite et la compétence.
Une déception pour les Congolais de la diaspora qui ont longtemps cru - à juste titre d’ailleurs- que ces notions étaient  indispensables à la participation des représentants  à ces assises. Cette gifle, reçue en pleine figure, est d’une violence inouïe.
Les délégués qui représentent la diaspora à ces assises ont-ils mérité leur place ? Ont-ils les capacités reconnues pour débattre des sujets brûlants de la situation actuelle  en RDC ? Ou ont-ils des accointances avec quelques personnalités – de la majorité et de l’opposition-  bien placées dans l’organisation de ces assises, comme cela se dit dans le landernau politique congolais ? 

ABERRATION

On a la nette impression que le copinage, le clientélisme et la logique politicienne auraient pris ici le dessus  sur des considérations objectives. Une aberration, car celui qui s’adonne à ces pratiques est un ennemi de la démocratie ou, au mieux, un idiot utile de l’injustice sociale.
L’élite congolaise de la diaspora, la vraie, celle qui a cru jouer un rôle important à ce forum pour l’honneur, la gloire et l’avenir de la RDC,  celle qui a milité pour la tenue de ces assises, et y a travaillé depuis l’annonce par le chef de l’Etat d’organiser ces rencontres, n’a pas été conviée. Les invitations  auraient été adressées aux familles, amis, connaissances et membres du parti.   
De plus, sur le plan national, on a noté le retour sur le devant de la scène politique des poilus du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), fossoyeurs du déclin du Congo, les thuriféraires de l’Alliance de forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et les caciques du gouvernement de transition (formule 1+4). Pour une nouvelle vision politique de la RDC, on veut faire du neuf avec du vieux. Ahurissant ! En tout cas, si c’est le prix à payer pour sceller l’unité et la cohésion nationale, on a tout faux. Ne dit-on pas que la grandeur d’un pays se mesure à l’aune de ses dirigeants ?

ACTIVISME
Les membres de la DCFD
 Si la Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue (DCFD) n’existait pas, il faudrait l’inventer. Sa proposition pour la reconnaissance du droit de vote et d’éligibilité des Congolais de l’étranger reste indispensable. Et son activisme, incomparable, comme le montre le travail remarquable abattu depuis décembre 2012 sur cette question. Elle souhaite ardemment que les concertateurs planchent sur cette thématique.
Le cahier des charges de la DCFD enregistré sous le n° 95, et ayant été retenu par les services compétents, contient des propositions intéressantes sur la situation socio-économique et politico-sécuritaire du pays, voire elle recommande des solutions possibles pour sortir le pays de ses difficultés et en faire un grand Etat.
En misant sur le copinage et le clientélisme plutôt que sur le mérite et la compétence ; en pariant sur la logique politicienne quitte à se couper d’une bonne partie de l’élite congolaise, les organisateurs des concertations nationales ont loupé le coche.
                                                         
Robert Kongo, correspondant en France