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mercredi 23 mai 2018

Le droit de vote et d’éligibilité de la diaspora en RDC

Selon plusieurs sources officielles, la participation de la diaspora au processus électoral en cours en République Démocratique du Congo pourrait être compromise. En effet, à cause « des contraintes techniques et de faisabilité », les Congolais de l’étranger risquent de ne pas participer aux éventuelles élections du 23 décembre 2018.
La direction Europe de l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO) dénonce avec fermeté la tentative de violation des articles 11, 12, 13 et 66 de la Constitution du 18 février 2006 relatifs à la dignité et à l’égalité en droits, à l’égale protection des lois, à la non-discrimination des Congolais en matière d’éducation et d’accès aux fonctions publiques, ainsi qu’au respect mutuel. Ainsi rappelle-t-elle que le droit de vote et d’éligibilité des Congolais de l’étranger reste la condition sine qua non en vue de la légitimité des prochains scrutins présidentiel et législatifs.
En conséquent, l’ABACO Europe exige le recensement des Congolais de l’étranger, conformément au calendrier adopté par la CENI, et la création des circonscriptions électorales pour des députés et sénateurs de la diaspora.

Fait à Paris, le 23 mai 2018

Pour la direction Europe de l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO),
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Premier Vice-Président de l’ABACO

mercredi 19 octobre 2016

L'ABACO rejette les conclusions du Dialogue national au profit des pourparlers véritablement républicains et inclusifs en RDC


Les assises du Dialogue national initié par le président de la République Démocratique du Congo ont abouti à la signature d'un accord prévoyant l'élection présidentielle au mieux en avril 2018, confiant la primature à la frange très minoritaire de l'opposition et mettant en place un comité de suivi national issu dudit dialogue. Au titre de cet accord, contrairement aux dispositifs constitutionnels, le président de la République en fin de mandat restera au pouvoir jusqu'à l'élection de son successeur.

Au-delà du fait que la plus grande majorité de l'opposition politique et de la société civile ne se sent pas concernée par les résolutions d'un forum auquel leurs membres n'ont pas participé, la Direction Europe de l'Alliance de Base pour l'Action Commune (ABACO) constate qu'elles violent les articles 70, 71, 73, 74 et 75 de la Constitution du 18 février 2006 relatifs aux mandats du président de la République, à l'organisation de l'élection présidentielle, à la vacance et à l'intérim de la présidence de la République.

L'ABACO constate également l'absence de garantie, s'agit de la non-candidature du président de la République sortant au prochain scrutin et de la non-préservation de la limitation du nombre de mandats. En effet, même si le texte voté fait appel au respect des articles de la Constitution, rien ne garantit que les kabilistes et leurs complices de l'opposition ne profiteront pas du vide sciemment voulu par les participants à ce Dialogue national dans l'optique de maintenir ad vitam eternam Joseph Kabila au pouvoir.

Au vu des arguments évoqués ci-dessus, la Direction Europe de l'ABACO rejette avec force et vigueur l'accord signé par la majorité présidentielle et une infime minorité de l'opposition, ainsi qu'une société civile peu représentative de la réalité militante, et demandera au Gouvernement qui sera en place de saisir la Cour constitutionnelle dès le 20 décembre 2016, conformément à l'article 76 de la Constitution, en vue de la déclaration de la vacance de la présidence de la République.

D'ores et déjà, l'ABACO en appelle aux populations congolaises afin d'éviter le coup d’État constitutionnel fomenté par le président de la République sortant et ses affidés. Ainsi le peuple congolais doit-il recourir aux voix légales, notamment à l'article 64 de la Constitution, pour rétablir l'ordre constitutionnel et exiger un Dialogue républicain et inclusif dans l’optique d'une transition politique pacifiée.

Fait à Paris, le 19 octobre 2016

Pour la Direction Europe de l'ABACO,
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Premier Vice-Président de l'Alliance de Base pour l'Action Commune

mardi 20 septembre 2016

L'ABACO favorable à la décrispation du climat socio-politique et au respect des dispositifs constitutionnels en RDC

La Direction de l'Alliance de Base pour l'Action Commune (ABACO) transmet ses condoléances les plus attristées aux familles ayant perdu un être cher lors de la marche du 19 septembre 2016, qui s'est déroulée à l'appel des partis politiques de l'opposition, et s'insurge volontiers contre l'usage de la force à l'encontre des manifestants non armés.

Par conséquent, la Direction de l'ABACO condamne avec force et vigueur les violences meurtrières en cours en République Démocratique du Congo, celles-ci étant occasionnées par l'obstination du président de la République sortant à vouloir se maintenir au pouvoir en violation des dispositifs constitutionnels et par la partialité du Facilitateur nommé par l'Union Africaine et soutenue par la Communauté internationale.

D'ores et déjà, la Direction de l'ABACO interpelle les dirigeants congolais, ainsi que le Facilitateur du Dialogue politique national, à contribuer vivement à la décrispation du climat socio-politique qui risque de faire imploser la République Démocratique du Congo avec, comme dégâts collatéraux, la déstabilisation de l'Afrique centrale et de la région des Grands Lacs.

La Direction de l'ABACO privilégie l'intérêt supérieur de la Nation congolaise, lequel ne pourra être consolidé que par la convocation de l'élection présidentielle dans le délai constitutionnel et la mise en place d'un dialogue inter-congolais réellement inclusif et républicain.

Fait à Paris, le 20 septembre 2016

Pour la direction de l'Alliance de Base pour l'Action Commune (ABACO),
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Premier Vice-Président

lundi 12 septembre 2016

L’autopsie du dialogue politique national en RDC

Au regard de l’incertitude politique en cours en République Démocratique du Congo, le Premier Vice-Président de l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO) a bien voulu donner son point de vue à l’attention de l’opinion tant nationale qu’internationale. À travers cet exercice, avec le talent et la franchise qu’on lui reconnaît, Gaspard-Hubert Lonsi Koko clarifie quelques zones d’ombre qui ont incité son parti politique à ne pas cautionner toute démarche allant contre les intérêts des populations congolaises.

Sur un bon nombre d’espaces sociaux, s’agissant du Dialogue national politique en cours en République Démocratique du Congo, vous avez déclaré ceci : « Un monologue politique inclusif sous la houlette d’une facilitation exclusive ». Pourriez-vous expliciter votre pensée ?
Le décret présidentiel portant convocation d’un dialogue politique national inclusif s’était appuyé notamment, entre autres dispositifs, sur les articles 69, 79 et 91 de la Constitution de notre pays, et aussi sur les dispositions de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba du 24 février 2013 pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC ainsi que sur la résolution n° 2098/2013 adoptée le 28 mars 2013 par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce décret spécifiait que le dialogue serait précédé d’un Comité préparatoire qui serait composé, comme le Dialogue proprement dit, des délégués de toutes les parties prenantes – à savoir la Société civile, la Majorité présidentielle et l’Opposition politique –, placés sous la Co-modération de deux représentants appartenant respectivement à la Majorité et à l’Opposition politique.

Quel est, alors, l’élément fondamental qui vous a poussé à parler d’un monologue inclusif à caractère exclusif ? Est-ce de la faute de la majorité kabiliste si une partie de l’opposition refuse de prendre part au dialogue ?
Au-delà de la figure du style, je suis un homme des lettres, l’oxymore entre inclusif et exclusif me sert à montrer les contradictions flagrantes ayant dès le départ vicié l’issue du dialogue proposé par le président de la République Démocratique du Congo.
Primo, le bon sens aurait voulu que la composition du Comité préparatoire se borne à des spécialistes internationaux et africains en matière de paix et de résolution des conflits. Cette neutralité aurait permis, dans l’absolu, la déclinaison d’un canevas non perverti en vue des travaux du Dialogue national politique proprement dit.
Secundo, l’Opposition politique a judicieusement posé quelques préalables relatifs à la libération des prisonniers politiques et au fait que le Comité préparatoire prenne en compte la résolution 2277 des Nations Unies du 29 mars 2016 et les dispositifs constitutionnels relatifs au mandat du président de la République. Malheureusement, la Majorité présidentielle ne fournit aucun effort pouvant aller dans le sens de la décrispation.
Tertio, certains partis politiques de l’opposition, officiellement reconnus par le ministère de l’Intérieur, qui ont manifesté leur volonté de participer aux travaux du Dialogue national politique souhaité par le président de la République, ont été ignorés au profit de quelques individus débauchés dans quelques structures dans le but de fragiliser pour mieux imposer un gouvernement de transition sous la direction du président de la République ne pouvant plus constitutionnellement rempilé. Quelle place fallait-il réservée aux chefs coutumiers ? Et la diaspora, dans tout cela ?
Tous les éléments évoqués ci-dessus montrent qu’il s’agit en réalité d’un monologue incluant les opposants à la solde du régime kabiliste et excluant ceux qui sont censés défendre, en cas de participation, les intérêts collectifs au détriment des intérêts privés.

Je vous cite : « Per-diem, corruption tacite. Aubaine pour les politiciens véreux et une société civile clientéliste. » Dialogue politique national en RDC ?
Je pars du principe que le patriotisme étatique, surtout dans un contexte où le gouvernement évoque la carence budgétaire s’agissant de son incapacité à donner à la Commission nationale indépendante et électorale (Céni) les moyens financiers en vue de l’organisation des scrutins dans le délai constitutionnel, devrait prendre le dessus sur l’esprit de lucre. Accepter le per-diem dans pareilles circonstances s’apparenterait à une quelconque connivence avec ceux qui souhaiterait faire un coup d’État constitutionnel pour se maintenir à jamais au pouvoir. Personne n’ignore que le maintien de Joseph Kabila à la présidence de la République permettra aux personnes élues dans les institutions étatiques de prolonger automatiquement leurs mandats, sans passer par les urnes. Combien d’opposants ont-ils dénoncé le glissement, sans pour autant quitter les institutions ayant glissé ? Voilà le point commun, donc le terrain d’entente, entre les opposants institutionnels et la majorité présidentielle. Cette communauté d’intérêts se fait aux dépens des populations congolaises, c’est-à-dire au profit de la privatisation de la chose publique.

Que reprochez-vous, au juste, à la communauté internationale ?
Pourquoi me posez-vous cette question ? Soyez plus précise, s’il vous plaît !

« L’article 64 [de la Constitution congolaise, ndlr] permet de s’affranchir de la communauté internationale, et de ses valets internes et régionaux. » Telle est l’une de vos déclarations récentes. Pensez-vous que la communauté internationale est la cause de tous les problèmes auxquels la RDC est confrontée ?
Je vous rappelle que l’insécurité en RDC dure depuis 1977, soit plus de 19 ans. Et se trouve sur le territoire congolais le plus gros contingent armé des Nations Unies. Au moins 22016 personnes, si j’ai bonne mémoire. Sans compter que le fonctionnement du Mécanisme national du suivi et de supervision de la mise en œuvre des enseignements souscrits aux termes de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, spécialement en son article 2, n’a donné aucun résultat probant.
Le triste constat, au regard de l’insécurité croissante à l’Est de la RDC, ne peut qu’inciter plus d’un observateur sérieux à s’interroger sur le véritable rôle des forces onusiennes dans le territoire congolais ou alors sur sa détermination à rétablir réellement la paix dans une partie de la région des Grands Lacs. L’attitude de la MONUSCO ne doit surtout pas exonérer Kinshasa de ses responsabilités régaliennes, ni encourager les pays limitrophes – notamment le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi – à soutenir la déstabilisation de l’Est de la RDC, voire à procéder à un paillage organisé des ressources congolaises au profit de leurs parrains extracontinentaux et à dépeupler par tous les moyens la région du Kivu en vue d’une expropriation sur le plan foncier.
Ce triste constat laisse donc supposer un complot international contre la RDC. Par conséquent, seules les populations congolaises peuvent mettre un terme à une volonté manifeste de faire main basse sur leurs richesses et d’hypothéquer leur avenir collectif. L’article 64 de la Constitution de 2006 leur permet ainsi de neutraliser les valets internes et régionaux des puissances extérieures mues par l’intention d’enrayer définitivement la RDC de la carte géographique terrestre.
Il est du devoir de l’acteur politique, de surcroît patriote, d’éveiller la conscience de ses compatriotes en vue d’un Congo économiquement viable et étatiquement démocratique. Je ne suis nullement contre la communauté internationale. Je ne fais que défendre les intérêts de mon peuple, et veiller à l’intégrité de la terre de nos aïeux que nous lèguerons aux futures générations. J’œuvre pour nos enfants et nos petits-enfants.

Vous avez pourtant laissé supposer que « la RDC est une affaire juteuse pour la Communauté internationale et ses valets, et un enfer pour les populations congolaises ».
Il suffit de vous référer au pillage des ressources naturelles de la RDC. N’avez-vous jamais vu des reportages ou lu des articles sur les minerais de sang ? N’êtes-vous pas au courant des violences sexuelles, ainsi que des crimes de guerre et des crimes contre l’Humanité dans la région du Kivu ? Comment se fait-il qu’un pays non producteur de coltan, comme le Rwanda, soit devenu le premier exportateur de ce minerai ? Ce pillage ne peut être possible que grâce à des complicités locales, nationales et régionales. Les populations congolaises doivent-elles être sans cesse les dindons de la farce ? Je dis catégoriquement NON. Le peuple congolais, de par les ressources naturelles dont regorge la RDC, a droit au paradis et non à l’enfer.

Pourquoi dites-vous que le Facilitateur Edem Kodjo est sur les traces du présidium des concertations nationales de 2013 ?
Je constate seulement que l’articulation du Comité préparatoire du Dialogue politique national a suivi le même processus qui avait prévalu dans la mise en place du présidium, avec le tandem Léon Kongo wa Dondon et Aubin Minaku, ayant piloté les précédentes concertations nationales. On sait que le gouvernement soi-disant de cohésion nationale, issue des assises de 2013, a accouché d’une souris. Malheureusement, on n’a pas besoin d’être savant pour comprendre que les mêmes erreurs aboutissent aux mêmes résultats.
Ce que l’on reproche à Edem Kodjo, c’est d’être plus partisan que Facilitateur. L’inclusivité pour lui, c’est de s’aligner sur la seule position favorable à la Majorité présidentielle. Le fait de lui accorder un quota d’une trentaine de personnes lui laisse d’ailleurs la liberté de coopter, à sa guise, les opposants exclus des partis politiques de l’opposition. Il s’agit, à travers une telle largesse, d’une manière peu orthodoxe susceptible de créer davantage la zizanie, en compliquant encore plus une situation déjà complexe. Il se pose, en tout cas, la question des critères ayant prévalu dans le choix de délégués. Un Facilitateur ne doit pas mettre de l’huile sur le feu. En agissant de la sorte, il ne fera qu’attiser le volcan dont la coulée de lave éclabousse l’ensemble de la région des Grands Lacs et de l’Afrique centrale. Aucun humaniste ne peut rester insensible à une telle éventualité.

À vous écouter, on a l’impression que la RDC est en proie à « un bordel national ». Si tel est le cas, faudrait-il faire le ménage ? Dans l’affirmative, comment procéder pour rétablir l’ordre ?
Ce bordel national ne date pas d’aujourd’hui. Depuis 2001, la RDC a toujours été déstabilisée par la crise politique et l’insécurité qui ont complètement fragilisé les institutions étatiques. Face à l’échec patent de la classe politique, présente dans les institutions de la République, quelle possibilité a-t-on pour rétablir l’ordre constitutionnel et l’autorité étatique ? Ainsi revient-t-il aux populations congolaises, et non à la communauté internationale et à ses valets, de l’intérieur comme de l’extérieur, de prendre en main leur destin. Les articles 23, 24, 25, 26, 27, 28, 39, 60, 63, 64, 215 et 220 de la Constitution de 2006 permettent plus ou moins au peuple congolais, en tant souverain primaire, de défendre l’intégrité territoriale, de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prendrait le pouvoir par la force ou l’exercerait en violation des dispositifs constitutionnels…

Propos recueillis par Charlotte Mondo

© Agoravox

mardi 6 septembre 2016

Le profond désaccord de l’ABACO à l’égard d’une corporation de défense des intérêts personnels en RDC

Consacrée à l’harmonisation des listes, les travaux à proprement parler du Dialogue politique national inclusif ont procédé le 5 septembre dernier à un quota additif de 25 participants par composante. Ainsi, outre l’adoption de la feuille de route moyennant quelques légers amendements, les délégués ont-ils ajusté toutes les listes. Par conséquent, l’opposition et la majorité présidentielle détiendront respectivement 93 participants, la Société civile 64. 5 places en plus sont réservées à l’opposition républicaine, de Léon Kongo wa Dondo, et 25 à 30 places accordées aux personnalités. Le nombre de délégués passe de facto de 200 à délégués prendront part à ces assises.

Force est donc de constater que cette soi-disant harmonisation des listes concerne seulement le PPRD du président de la République, l’AFDC de Modeste Bahati ainsi que quelques groupuscules, le PPRD ayant à lui seul au moins 25 membres.

Par conséquent, l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO) dénonce avec force et vigueur le caractère davantage exclusif du Dialogue politique national dont la composition matérialise, à n’en plus douter, une corporation de défense des intérêts personnels et non pour l’intérêt collectif, ni d’ailleurs pour un État de droit en République Démocratique du Congo. Ainsi le parti abaquiste ne cautionnera-t-il nullement les travaux concoctés sous la facilitation d’Edem Kodjo, en toute exclusion de la majorité agissante et naturelle, par une frange minoritaire.

Fait à Paris, le 6 septembre 2016

Pour l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO),
Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Premier Vice-Président

dimanche 21 août 2016

La position de l’ABACO sur la convocation au Comité préparatoire du Dialogue national en RDC

La Direction Europe de l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO) a pris acte de la convocation du Facilitateur de l’Union Africaine, M. Edem Kodjo, conviant tous les acteurs qui avaient été mandatés par les structures parties prenantes aux travaux du Comité préparatoire à prendre part le 23 août 2016 au début des travaux.

Très sensible aux arguments ayant poussé des structures de l’opposition à refuser de participer audit Comité, appelant ainsi à une journée « Ville morte » le 23 août 2016, l’ABACO exige un dialogue national inclusif, citoyen et démocratique.

Dans cette optique, l’ABACO estime que le Comité préparatoire aux travaux du dialogue national n’aurait dû en aucun être composé de personnes qui sont à la fois juges et parties mais de spécialistes internationaux - Union Africaine, Union Européenne, Nations-Unies… - spécialisés en matière de conflit, l’objectif étant de présenter en toute impartialité le canevas qui permettrait aux acteurs politiques et aux forces vives de la Nation congolaise de débattre avec sérénité.

Fait à Madrid, le 20 août 2016

Pour la Direction Europe,
Gaspard-Hubert Lonsi Koko,
Premier Vice-Président de l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO)

jeudi 23 juin 2016

L’ABACO Europe contre un coup d’État constitutionnel en RDC

Face aux refus des opposants d’aller au dialogue souhaité par le président de la Républiques Démocratique du Congo, le Secrétaire général du parti au pouvoir Henri Mova Sakanyi a brandi la menace d’un référendum. Ainsi a-t-il récemment soulevé l’idée de consulter directement le peuple congolais en vue de réviser la Constitution et de permettre à Joseph Kabila de se présenter pour un troisième mandat.
 
Pour la Direction Europe de l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO), au même titre que tous les scrutins renvoyés aux calendes grecques et ceux que l’on compte repousser sine die, l’organisation d’un référendum ne peut faire l’économie d’un fichier électoral fiable.
 
Par conséquent, outre le fait de mettre en garde contre toute violation de l’article 73 de la loi fondamentale relative à la convocation de l’élection présidentielle, la Direction Europe de l’ABACO dénonce la volonté manifeste de la majorité présidentielle d’amplifier la crise politique afin de prolonger le mandat de Joseph Kabila à travers la présidence d’un gouvernement de transition, contournant ainsi l’article 220 relatif à la durée des mandats du président de la République, ou alors de mettre carrément le peuple congolais devant le fait accompli en lui imposant un coup d’État constitutionnel.
 
Dieu, les Ancêtres et le Peuple ! Que la volonté de cette alliance tridimensionnelle s’accomplisse enfin en République Démocratique du Congo !
 
Pour la Direction Europe de l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO)
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Premier Vice-Président de l’ABACO

samedi 4 juin 2016

RDC : L'ABACO favorable à une dynamique nouvelle sur une base idéologique

Par la voix de son Premier Vice-Président, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, l'Alliance de Base pour l'Action Commune (ABACO) évoque une dynamique nouvelle de l'opposition et une autre manière de faire de la politique en République Démocratique du Congo. 

L'Abaco participera-t-elle à la « Nouvelle union sacrée de l'opposition à Bruxelles » ?
Au sein de l'Abaco, nous avons toujours été outrés par la multitude d'unions de l'opposition qui n'ont jamais abouti à quelque chose de positif : Dynamique de l'opposition, G7, G14, la Majorité présidentielle populaire... On y trouve même des plateformes dans des plateformes. A ce rythme, c'est plutôt une fédération ou une confédération de l'opposition qu'il faudra mettre en place.

On dirait que vous ne prenez pas les opposants congolais au sérieux...
Force est malheureusement de constater que les uns et les autres créent des structures dans l'espoir d'en tirer un profit personnel. Comme ils ont tous la même ambition, la tentative d'union génère souvent la désunion de l'opposition. Combien des Tshisekedistes sont-ils devenus, tout à coup Katumbistes ? Sans oublier qu'ils étaient, hier encore , des fervents partisans de Vital Kamerhe ou du docteur Denis Mukwege. On ne serait pas surpris qu'ils soutiennent Laurent Nkundabatware, si jamais ce dernier revenait militairement sur le sol congolais. Le tourisme politique n'est pas le propre de l'Abaco.
Il ne s'agit pas pour nous de critiquer systématiquement l'opposition au point de la fragiliser. C'est plutôt une question de crédibilité. Nous avons toujours préconisé une opposition constructive, donc intelligente.

Comment expliquez-vous ces incohérences que vous dénoncez avec ferveur ?
En fait, toute initiative d'union ou d'adhésion à une structure échoue dès lors que l'on met la charrue avant les bœufs. L'Abaco ne nouera aucun partenariat sur la base d'une communion avec un individu. Nous refusons la dictature, ou le culte de la personnalité, de la part de l'opposition ou de la majorité présidentielle. On ne peut pas prendre toute l'opposition en otage, sous prétexte que l'on est le seul à pouvoir l'incarner. S'attribuer d'office une telle légitimité s'apparenterait à de l'archaïsme. Nous n'avons pas cette conception de la pratique politique. Les mentalités doivent évoluer. La politique, c'est la chose publique et non l'intérêt personnel.
Il est temps que le peuple congolais soutienne un parti politique, ou un groupement de partis politiques, en fonction d'un programme et non de l'appartenance à un groupe ethnique, ni de l'association d'intérêts personnels, ni d'ailleurs d'une ancienneté militante n'ayant réellement permis aucune alternative politique. L'embrigadement, c'est le propre de ceux qui n'ont pas de projet politique.

Peut-on comprendre que l'Abaco est contre l'union de l'opposition ?
En 1977, un conglomérat dénommé AFDL avait vu le jour mais sans aucun projet politique. Le point commun des opposants au régime mobutiste soutenus par le Rwanda et l'Ouganda, c'était seulement la prise du pouvoir. Résultat ? Des millions de compatriotes tués, la crise politique et institutionnelle, la déstabilisation du pays... Le peuple congolais doit tirer les leçons du passé. Par conséquent, l'Abaco n'a nullement l'intention de se retrouver dans une configuration s'apparentant au mariage de la carpe et du lapin, tout simplement pour occuper le fauteuil du président de la République sortant et squatter les institutions de la République. Comment peut-on s'associer à ceux qui, à un moment donné, ont versé le sang de nos compatriotes, encouragé le pillage de nos ressources et permis l'occupation du pays par nos voisins ? Comment peut-on continuer de croire à des gens qui, depuis des lustres, ont rendu illisible le paysage politique ? Bruxelles après l'île de Gorée ?
Pour répondre à votre question, nous sommes favorables à une dynamique nouvelle de l'opposition mais sur une base idéologique. L'Abaco tient beaucoup à l'intégrité du territoire nationale, qu'il s'agisse de l'île de Mateba ou de la région du Kivu. Nous restons fidèles à notre devise : Dieu, les Ancêtres et le Peuple. Ainsi sommes-nous partisans de la Liberté, de l'Egalité, de la Prospérité et de la Paix.

Qu'allez-vous faire, alors ?
A l'Abaco, nous sommes partisans de la confrontation de différents programmes en vue d'une probable alliance politique. L'affinité idéologique reste, pour nous, la seule approche en vue d'une coalition gouvernementale. L'Abaco publiera très prochainement son avant projet de société. Celui-ci sera proposé à nos compatriotes pour des éventuels amendements en vue du projet final qui définira, le moment venu, notre vision pour le Congo du troisième millénaire.
Nous ne solliciterons pas le soutien à notre initiative politique par la distribution des pagnes et de la bière, ni par le terrorisme politique, ni par la corruption des acteurs de la société civile et des journalistes. Un projet cohérent pour le Congo, c'est la seule base qui conditionnera notre démarche. Nous tenons à une alternative en vue de l'instauration de l'État de droit, de la sécurisation et de la pacification du pays, de la croissance économique, de la cohésion sociale et nationale... Nous sommes prêts à discuter avec tous ceux qui partagent une telle approche.

Et le dialogue, dans tout cela ?
La position de l'ABACO sur le dialogue n'a jamais varié. Compte tenu de la menace plus que jamais précise de la balkanisation du pays, un dialogue inclusif s'impose non pas pour violer les articles 70-2, 75, 76 et 220 de la Constitution, mais pour trouver des voix et moyens en vue d'une transition apaisée.

Propos recueillis par Roger Musandji

© Œil d'Afrique

mardi 17 mai 2016

L'arrêt de la Cour constitutionnelle en RDC

"Le Grand Débat" sur les ondes d’Africa n° 1 lundi 16 mai de 18 h 00 à 19 h 20 (heure de Paris) 


Thème : La décision de la Cour constitutionnelle relative à la fin du mandat présidentiel en RDC. 

Pour écouter cette émission, prière de cliquer sur le lien ci-contre : http://www.africa1.com/IMG/mp3/le_grand_debat_-_16_05_16_-_pad.mp3 
  
Invités : 
- Dominique Kamulete - PPRD ; 
- Gaspard-Hubert Lonsi Koko - ABACO ; 
- Patrick Mboyo, juriste ; 
- Delly Sessanga, AR. 

lundi 16 mai 2016

La cour du président de la RDC

La Cour constitutionnelle de la République Démocratique du Congo, saisie par des députés de la majorité présidentielle, s'est prononcée le 11 mai dernier sur le litige opposant quelques dispositions constitutionnelles. Pour les uns, le président de la République, arrivé à la fin de son mandat, doit demeurer en fonction en attendant l'installation effective de son successeur élu conformément au deuxième alinéa de l'article 70 de la Constitution. Pour les autres, la fin du mandat présidentiel non suivie de l'installation effective de son successeur élu crée la vacance de la présidence de la République au regard des articles 75 et 76.

La décision de la Cour

Selon les requérants, les interprétations à donner à l'article 70 alinéa 2 est celle des articles 103, 105 et 197 alinéas 1 à 6 relatifs respectivement aux députés nationaux, aux sénateurs et aux députés provinciaux. La finalité dans l'esprit du législateur a consisté à assurer, de manière exceptionnelle, la stabilité et la continuité des institutions – l'objectif étant d'éviter un vide juridique en cas de non-organisation des élections en temps prévu. Pour le juge, l'alinéa 2 de l'article 70 permet au président de la République arrivé en fin de mandat de demeurer en fonction, en vertu du principe de la continuité de l'État, jusqu'à l'installation du nouveau président élu.

Les motivations

Sur le conflit horizontal de normes, il s'agit d'un litige entre plusieurs normes de même valeur : à savoir l'article 70 et les articles 75 et 76. Par conséquent, la Cour constitutionnelle ne pouvait que prendre position pour l'une ou les autres, sans statuer sur leur validité. Quelle règle fallait-il alors appliquer ? Les deux normes ayant le même champ d'action, le juge aurait dû chercher la conciliation. Or, en ayant privilégié l'une des normes au détriment de l'autre, la Cour a exclu à tort les articles 75 et 76 de la loi fondamentale du principe de la continuité de l'État qu'elle reconnaît à l'article 70-2. Elle a donc ignoré que ces deux articles sont concernés de la même façon par la question prioritaire de constitutionnalité. De plus, l'intérim du président du Sénat aurait aussi permis d'« éviter le vide à la tête de l'État ».
Si le juge doit trancher, faute de commettre un déni de justice, il doit donc se positionner par rapport aux deux normes en conflit sans outrepasser ses pouvoirs. Or la Cour n'a pas résisté au devoir naturel d'interprétation, lequel est apparu comme un acte de volonté. En n'ayant pas apprécié tous les éléments qui auraient dû être pris en compte pour régler ce conflit horizontal de normes, la Cour s'est fondée sur des éléments potentiellement très subjectifs.
Sur les éléments à prendre en compte en vue du verdict, l'article 70 alinéa 2 est limpide, car il évoque « la fin du mandat du président de la République ». Ce dernier ne peut demeurer en fonction en attendant l'installation effective de son successeur élu que pour s'occuper des affaires courantes. Pendant combien de temps les expédiera-t-il, en cas de non-volonté d'organiser l'élection présidentielle ? Souhaite-t-on une présidence à vie ?
S'agissant des intentions premières des auteurs de cette saisine, en assimilant l'article 70 alinéa 2 aux articles 103 pour les députés nationaux, 105 pour les sénateurs et 197 alinéas 1 à 6 pour les députés provinciaux, la Cour n'a pas cerné la vraie motivation des requérants, laquelle consiste, par ricochet, à garder leurs mandats en cas de non-organisation des élections les concernant. On risque donc de sombrer dans un processus qui légalisera les mandats à vie.
Sur les insuffisances de la CENI, la Cour a oublié que les moyens de réalisation des missions et d'attribution de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) conformément aux alinéas 3 et 4 de l'article 73 incombent à l'Assemblée nationale, au Président de la République et au Gouvernement. Dans cette même optique, la composition de la CENI démontre que la mouvance présidentielle y est majoritaire.
L'argument concernant la vacance de la présidence de la République et le principe de la continuité de l’État n'est pas du tout convaincant du fait des articles 73, 75 et 76 relatifs à la fois à la convocation du scrutin pour l'élection présidentielle, à la vacance et à l'intérim par le président du Sénat. Par ailleurs, à travers ses arguties, la Cour a confondu le droit constitutionnel avec le droit administratif.
Sur les traités et accords internationaux, la Cour a aussi ignoré les dispositifs constitutionnels ayant trait aux traités et accords internationaux, plus précisément les articles 69 alinéa 3 et 215. De plus, la Résolution 2277, laquelle était adoptée au Conseil de Sécurité des Nations Unies, recommande l'organisation de l'élection présidentielle dans le délai constitutionnel.
Sur la séparation des pouvoirs, au vu de différents éléments exposés ci-dessus, l'arrêt rendu par la Cour a tout simplement mis à mal la sécurité juridique. Ainsi est-on en droit de s'interroger sérieusement sur la subordination du pouvoir judiciaire au pouvoir politique et sur la violation de la clause constitutionnelle relative à la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaires – plus précisément le premier alinéa de l'article 149.

En guise de conclusion

Force est de constater que la Cour ne s'était pas interrogée sur les véritables intentions des requérants. Sans prendre en compte les différents paramètres relatifs à ce litige, elle s'est prononcée sur la validité des normes de même valeur au lieu de chercher la conciliation. Il est évident que l'arrêt de la Cour a été motivé par des éléments potentiellement subjectifs, laissant ainsi apparaître un acte de volonté manifeste de la part du juge. Et comme les arrêts de la Cour constitutionnelle ne sont susceptibles d'aucun recours et sont immédiatement exécutables conformément à l'article 168 de la Constitution, quelques démarches s'imposent.
Dès lors que l'arrêt de la Cour constitutionnelle confirme le maintien du président de la République en fin de mandat en cas de non élection, ce dernier ne peut qu'empêcher la CENI d'organiser les élections dans le but de rester au pouvoir. Ainsi la Cour a-t-elle cautionné, en violation des quelques dispositifs constitutionnels, un coup d'État institutionnel.
En conséquence, il revient à l'opposition politique, aux forces vives de la Nation congolaise et au souverain primaire, donc le Peuple, de réagir d'une part par le dépôt d'un recours en interprétation des dispositions constitutionnelles suivantes : les articles 69 alinéas 3 relatif au respect des traités internationaux, 73 concernant les moyens alloués à la CENI et 215 à propos de la supériorité des traités internationaux sur les lois ; d'autre part, par la mobilisation populaire conformément aux articles 28 relatif à la non-exécution d'un ordre manifestement illégal et 64 relatif à l’exercice du pouvoir en violation des dispositions de la présente Constitution.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

jeudi 12 mai 2016

Obligation d'infléchir le cours de l'Histoire en RDC

Répondant à une requête en interprétation déposée par plus de 250 députés de la majorité présidentielle alors que la perspective de la tenue du scrutin présidentiel en 2016 est de plus en plus incertaine, la Cour constitutionnelle de la République Démocratique du Congo, saisie par voie d'action, a un rendu un arrêt sur le sort du président sortant. En effet, selon ledit arrêt lu le 11 mai à Kinshasa par le président de la Cour, Benoît Luamba, « suivant le principe de la continuité de l’État et pour éviter le vide à la tête de l’État, le président actuel reste en fonctions jusqu'à l'installation du nouveau président élu ».

Le conflit horizontal de normes

Il s'agit, dans ce cas précis, d'une situation de conflit de normes entre l'article 70 et 75 de la loi fondamentale. D'une part, le maintien en fonction du président de la République sortant s'opère jusqu'à l'installation du nouveau président élu. D'autre part, l'exercice provisoire des fonctions du président de la République en cas de vacances pour des causes bien définies est assuré par le président du Sénat. Par conséquent, à l'occasion d'un litige donné qui implique deux ou plusieurs normes de même valeur, la Cour constitutionnelle ne peut qu'être amenée à prendre position pour l'une ou l'autre, sans qu'il ne statue sur leur validité. Ainsi est-il indispensable de déterminer la règle à appliquer. Les deux normes ayant le même champ d'action, il n'était donc pas question pour la Cour de faire prévaloir la norme de niveau supérieur sur la norme qui lui est subordonnée. Par conséquent, le juge aurait dû recourir à une démarche pragmatique en vue de la conciliation. Or, en ayant privilégié l'une des normes au détriment de l'autre, la Cour a exclu à tort l'article 75 de la loi fondamentale du principe de la continuité de l'État. Ainsi a-t-elle ignoré que ces deux articles sont concernés de la même façon par la question prioritaire de constitutionnalité, que l'intérim du président du Sénat aurait aussi permis d'« éviter le vide à la tête de l'État ».

Les rôles du juge et de la norme

Si le juge doit trancher, faute de commettre un déni de justice, il doit donc se positionner par rapport aux deux normes en conflit sans outrepasser ses pouvoirs. Mais ce constat est mis à rude épreuve dès lors que la Cour n'a pas résisté au devoir naturel d'interprétation, lequel est apparu comme un acte de volonté. En effet, en n'ayant pas apprécié tous les éléments qui auraient dû être pris en compte pour régler ce conflit horizontal de normes qui lui était soumis, la Cour constitutionnelle s'est fondée sur des éléments potentiellement très subjectifs.

La séparation des pouvoirs ?

En accordant la primauté à l'article 70 de la Constitution stipulant qu'« à la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l'installation effective du nouveau Président élu », sur l'article 75 spécifiant qu'« en cas de vacance pour cause de décès, de démission ou pour toute autre cause d'empêchement définitif, les fonctions de Président de la République, à l'exception de [quelques-unes biens définies] sont provisoirement exercées par le Président du Sénat », l'arrêt rendu par la Cour a tout simplement mis à mal la sécurité juridique. Ainsi est-on en droit de s'interroger sérieusement sur la subordination du pouvoir judiciaire au pouvoir politique en République Démocratique du Congo, sur la violation de la clause constitutionnelle relative à la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaires – plus précisant l'article 149.

Et maintenant ?

L'arrêt rendu par la Cour constitutionnelle n'a pas du tout tenu compte de la volonté manifeste du gouvernement congolais de ne pas organiser les élections dans le délai constitutionnel dans le but de permettre le maintien au pouvoir du président sortant. Par conséquent, cette décision laisse présager que la tenue du dialogue souhaité par le président de la République n'aura pour seul objectif que d'entériner son maintien au pouvoir à la tête d'un gouvernement de transition.
Dans un pays où l'opposition s'oppose systématiquement de manière épidermique, où des partisans de la majorité présidentielle deviennent curieusement et sans aucun fondement idéologique des opposants, où l'élite n'a jamais osé jouer son rôle de conscientisation et d'éducation politique, le cours de l'Histoire ne peut être infléchi que par le Peuple qui est le souverain primaire. Les Congolaises et les Congolais sont condamnés à déjouer tout pronostic pour ne pas rester les éternels dindons de la farce.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

vendredi 6 mai 2016

RDC : Une division interne n'est pas forcément une opposition nationale

Après l'annonce officielle de la candidature de Moïse Katumbi, l'ancien gouverneur du Katanga, à la présidence de la République Démocratique du Congo, l'Alliance de Base pour l'Action Commune (ABACO) donne son point de vue à travers son premier Vice-Président Gaspard-Hubert Lonsi Koko. 
  
Œil d'Afrique : Quelle est votre réaction par rapport à l'annonce de Moïse Katumbi Chapwe à la présidence de la République Démocratique du Congo ? 
Qu'attendez-vous comme réponse de ma part ? Tout Congolais n'est-il pas habilité à être candidat à la présidence de la République, conformément à l'article 72 de la Constitution ? La candidature de monsieur Katumbi a au moins le mérite de confirmer le statu quo du paysage politique et le choix éventuel, le moment venu, à cet effet. 
  
Œil d'Afrique : C'est-à-dire ? 
J'ai cru comprendre que monsieur Katumbi était un fervent adepte de la candidature unique de l'opposition. Or, en aucun cas, l'annonce de sa candidature à la présidence de la République n'est le fait de l'adoubement des partis politiques de l'opposition dont il s'est curieusement senti proche après avoir soutenu très longtemps les idées du PPRD. Je constate seulement que la supercherie n'est plus un secret pour personne. 
  
Œil d'Afrique : Pourriez-vous préciser encore plus votre pensée ? 
Je suis pourtant explicite. 
  
Œil d'Afrique : Essayer de sortir un peu de cette ambiguïté, qui caractérise le bon Mukongo et l'habile analyste politique que vous êtes... 
Sans renier le fait d'être Mukongo par mes deux parents, je me considère avant tout comme un Congolais d'origine mû par la volonté d'apporter à ses compatriotes la dignité et le bonheur auxquels ils aspirent. Au sein de l'Alliance de Base pour l'Action Commune, parti politique dont je suis le premier Vice-Président, nous sommes conscients que la divergence dans la sphère gouvernementale ne confère pas naturellement le label propre à l'appartenance à l'opposition. On est en principe opposant sur des bases idéologiques, et non sur une simple dissidence interne. 
  
Œil d'Afrique : Qualifiez-vous donc Moïse Katumbi comme un membre de la majorité présidentielle et non un opposant ? 
En tout cas, la position libérale des partisans de monsieur Katumbi n'ont rien à avoir avec la pensée réellement social-démocrate préconisée par mon parti l'ABACO. La majorité des soutiens de l'ancien gouverneur du Katanga, à commencer par la G7, a constitué une fraction importante de la mouvance gouvernementale. Aucun parti de l'opposition n'ayant été dupe pour croire à la mystérieuse conversion d'anciens kabilistes aux combats de l'opposition, la candidature de monsieur Katumbi reflète tout simplement l'œuvre d'une scission au sein du PPRD qui a poussé les alliés politiques de ce parti à faire le choix entre messieurs Kabila et Katumbi. Une division interne n'est pas forcément une opposition nationale. 
  
Œil d'Afrique : Que compte faire l'ABACO face à cette division, interne soit-elle, dès lors que votre parti est partisan d'un dialogue national préconisé par le président Joseph Kabila ? 
L'ABACO est favorable au dialogue pour trouver une voie intelligente, s'agissant du devenir de la République Démocratique du Congo et de la vraie joie de vivre du peuple congolais. Nous ne sommes pas partisans d'une transition incluant les premiers responsables de la crise politique et de l'hécatombe socio-économique auxquelles est confronté le pays. Plus précisément, notre aspiration au dialogue inclusif et républicain ne conditionne pas notre adhésion à un individu, qu'il se réclame de l'opposition ou de la majorité. L'ABACO souhaite une réelle alternative politique, raison pour laquelle notre parti politique privilégie le projet de société susceptible de générer une alliance programmatique. 
  
Œil d'Afrique : Êtes-vous en train de peaufiner, vous-même, une candidature à la présidence de la République, comme l'affirment certaines sources bien informées ? 
Encore faut-il qu'il y ait élection présidentielle à la fin de l'année, après que la CENI ait réellement livré un fichier électoral fiable. Mon implication la plus sérieuse consiste à ce que l'ABACO puisse apparaître comme le parti politique ayant le projet le plus cohérent et le plus crédible possible. C'est dans cette optique que nous travaillons en ce moment. En tous cas, la désillusion étant une sottise en politique, nous préférons privilégier le principe qui veut que chaque chose se fasse en son temps. Je renvoie d'ailleurs vos lecteurs à nos 10 propositions pour la RD Congo de demain« Que nulle n'entre s'il n'est géomètre », pouvait-on lire à l'entrée de l'Académie, l'école fondée à Athènes par Platon. 
  
Propos recueillis par Roger Musandji 
  

lundi 18 avril 2016

Les préconisations de l’ABACO en vue de la stabilité dans l’Est de la RDC

Le 16 avril dernier, le Rwanda a accusé les éléments des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) basés dans l’Est de la République Démocratique du Congo d’avoir attaqué dans la nuit de vendredi à samedi, pour la seconde fois, un poste de police dans l’Ouest du pays.

Consciente des efforts des gouvernements de la République Démocratique du Congo et du Rwanda, ainsi que de la MONUSCO, en vue de la pacification de la région des Grands Lacs, la Direction Europe de l’Alliance de Base pour l’Action Commune (ABACO) souhaite néanmoins éviter une éventuelle intervention de l’armée nationale rwandaise dans le territoire congolais, laquelle pourrait permettre au président Joseph Kabila de proclamer l’état d’urgence ou l’état de siège, ainsi que de déclarer l’état de guerre, conformément aux articles 85 et 86 de la Constitution, dans l’optique de justifier la non-tenue de l’élection présidentielle de novembre 2016.

Par conséquent, la République Démocratique du Congo devant définir de manière autonome sa politique migratoire dans la région du Kivu et renforcer militairement la sécurisation de sa frontière orientale, la Direction Europe de l’ABACO préconise que les instances africaines, ainsi qu’onusiennes, puissent rappeler le respect des clauses et les souhaits relatifs :
- à la cessation de l’approvisionnement en armes des rebelles congolais à partir du territoire rwandais et de l’infiltration des éléments des armées rwandaise et ougandaise dans le territoire congolais ;
- au soutien de la communauté internationale aux Forces armées de la RDC (FARDC) dans leurs actions concernant le maintien de la paix dans la région du Kivu ;
- à l’acceptation par les autorités rwandaises du rapatriement vers Kigali de tous les éléments des FDLR censés se trouver dans le territoire congolais, ou alors de leur extradition sans condition dans un pays non limitrophe de la République Démocratique du Congo ;
- au dialogue inter-rwandais ;
- à la capacité du gouvernement congolais à déployer les moyens nécessaires en vue de la sécurisation du territoire national.

Fait à Paris, le 18 avril 2016

Pour la Direction Europe de l’ABACO,
Gaspard-Hubert LONSI KOKO
Premier Vice-Président de l’Alliance de Base pour l’Action Commune

jeudi 7 janvier 2016

La République Non Démocratique du Congo

La démocratie réside dans le fonctionnement permanent d’un système politique, d’une forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple. De ce fait, les rapports sont établis à l’intérieur d’une institution, d’un groupe... tenant compte, aux divers niveaux hiérarchiques, des avis de ceux qui ont à exécuter les tâches commandées. Partant de ce principe, on peut aisément s’interroger, du point de vue démocratique, sur la pratique politique au Congo-Kinshasa.

Quid du calendrier électoral

Le refus d’inscrire sur les listes électorales les nouveaux majeurs – estimés à environ 7 millions, soit plus de 20 % du corps électoral congolais – a incité les experts de l’OIF à recommander au Parlement de poursuivre la réforme de l’état civil sur la base d’un recensement général de la population. Très récemment, le nouveau président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a estimé que l’actualisation du fichier et les financements des élections étaient les deux préalables majeurs avant la publication d’un nouveau calendrier global et aménagé.
De plus, la loi portant répartition des sièges pour les élections municipales et locales ayant été promulguée très tard par le chef de l’État, on ne peut que tirer les conséquences logiques d’un rééchelonnement du calendrier électoral. Dans cette optique, la nécessité de réaménager ledit calendrier a été recommandé par un arrêt de la Cour constitutionnelle. Cette institution a effectivement exigé l’organisation de l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs des nouvelles provinces avant d’envisager les scrutins locaux.

Un sénat inamovible

Il a fallu neuf ans pour que le redécoupage territorial puisse se conformer à la Loi fondamentale. Pendant tout ce temps, les circonscriptions sénatoriales reposaient sur des entités administratives virtuelles. À l’exception des sénateurs, ainsi que des députés des provinces de Kinshasa et du Bas-Congo, tous les autres avaient été élus sur la base des districts inexistants. Par conséquent, neuf parlements provinciaux et la chambre haute ont longtemps fonctionné dans l’illégalité – c’est-à-dire en violation pure et simple du texte fondamental. De facto, le non-respect du chronogramme défini par la CENI a permis de reporter sine die la tenue des élections provinciales et sénatoriales. Ainsi le Sénat, dont les circonscriptions viennent enfin d’être matérialisées, continue-t-il de fonctionner en toute tranquillité dans l’illégalité.
La CENI aurait été crédible si elle avait articulé le calendrier électoral dans un délai raisonnable et échelonné les différents scrutins de manière cohérente. Le fait d’avoir agi dans la précipitation, pour calmer le courroux des populations mécontentes et donner aux éventuels bailleurs de fonds l’impression de s’atteler sérieusement à la tâche, et programmé entre-temps des intervalles relativement courts s’apparente à une supercherie pour repousser les différents scrutins – la finalité étant de prolonger, sans aucune élection, les mandats des personnes siégeant dans les institutions étatiques.

Opposition essoufflée et manœuvre gouvernementale

Face à une dérive s’apparentant à un coup d’État institutionnel, l’opposition parlementaire ne parvient guère à impulser une dynamique nouvelle en vue d’une alternative politique crédible. Impuissante à l’intérieur du pays, constamment absente de l’hémicycle, elle a de plus en plus du mal à jouer efficacement son rôle. Essoufflée et ne parvenant guère à démontrer de manière pacifique le vrai rapport des forces populaires, de plus en plus discréditée aux yeux du peuple congolais, ses représentants cherchent désespérément la solution hors du territoire national. Ainsi cèdent-ils au chant des sirènes dans le but de revenir en force sur l’échiquier politique interne.
En revanche, pour conserver le pouvoir, la majorité présidentielle s’applique à fragiliser davantage l’opposition dans sa globalité. À cet effet, après réussi à noyauté l’opposition parlementaire, quelques caciques ont claqué publiquement la porte de ladite majorité et se sont proclamés opposants. Curieusement, cette mutation soudaine ne s’est faite sur aucune ligne idéologique. Seul le stratagème électoral a motivé, de manière cynique, ce positionnement cousu de fil blanc. Comment peut-on se coucher libéraux, et se réveiller tout à coup sociaux-démocrates, ou tout simplement socialistes ? « Le zèbre ne se défait pas de ses zébrures », dit un vieux proverbe bantou.
Par ailleurs, il est incroyable qu’un gouvernement d’une République censée être « démocratique » ait pu proposer au Parlement, en vue de son adoption, un projet de loi électorale contenant les germes de l’incohésion nationale. Tout comme est inadmissible l’avis de la Cour Suprême de Justice ayant qualifié conforme à la Constitution une loi qui affirme l’inégalité des Congolais au regard de la représentativité politique. De la même façon qu’est très consternant le fait pour l’opposition parlementaire d’avoir approuvé les dispositions iniques contenues dans le texte promulgué par le président de la République, qui plus est censé être le garant de la Constitution. Enfin, il est incompréhensible de constater l’immobilisme de la société civile contre une loi qui viole sans aucun doute la Constitution.

Une transition politique

Le peuple congolais doit absolument faire émerger une nouvelle classe politique crédible, c’est-à-dire à la vision constructive, et non continuer à faire confiance aux acteurs politiques ayant sans cesse privilégié leurs intérêts personnels au détriment de la chose publique. Le souverain primaire doit donc mettre un terme au glissement vers une République Non Démocratique du Congo, souhaitée par la majorité présidentielle et tacitement cautionnée par une opposition institutionnelle complaisante.
Vu les arguments développés supra, l’avenir du Congo-Kinshasa dépendra à court terme de la mise en place, comme au Burkina-Faso, d’un conseil national de transition, ou d’un gouvernement de salut public, lequel définira les grandes orientations relatives aux prochaines élections, à l’harmonisation de la Constitution, à la morale patriotique, à la défense nationale et aux institutions de la République. Bref, une IVe République reste la voie salutaire pour le devenir du peuple congolais.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko