Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles

jeudi 7 janvier 2016

La République Non Démocratique du Congo

La démocratie réside dans le fonctionnement permanent d’un système politique, d’une forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple. De ce fait, les rapports sont établis à l’intérieur d’une institution, d’un groupe... tenant compte, aux divers niveaux hiérarchiques, des avis de ceux qui ont à exécuter les tâches commandées. Partant de ce principe, on peut aisément s’interroger, du point de vue démocratique, sur la pratique politique au Congo-Kinshasa.

Quid du calendrier électoral

Le refus d’inscrire sur les listes électorales les nouveaux majeurs – estimés à environ 7 millions, soit plus de 20 % du corps électoral congolais – a incité les experts de l’OIF à recommander au Parlement de poursuivre la réforme de l’état civil sur la base d’un recensement général de la population. Très récemment, le nouveau président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a estimé que l’actualisation du fichier et les financements des élections étaient les deux préalables majeurs avant la publication d’un nouveau calendrier global et aménagé.
De plus, la loi portant répartition des sièges pour les élections municipales et locales ayant été promulguée très tard par le chef de l’État, on ne peut que tirer les conséquences logiques d’un rééchelonnement du calendrier électoral. Dans cette optique, la nécessité de réaménager ledit calendrier a été recommandé par un arrêt de la Cour constitutionnelle. Cette institution a effectivement exigé l’organisation de l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs des nouvelles provinces avant d’envisager les scrutins locaux.

Un sénat inamovible

Il a fallu neuf ans pour que le redécoupage territorial puisse se conformer à la Loi fondamentale. Pendant tout ce temps, les circonscriptions sénatoriales reposaient sur des entités administratives virtuelles. À l’exception des sénateurs, ainsi que des députés des provinces de Kinshasa et du Bas-Congo, tous les autres avaient été élus sur la base des districts inexistants. Par conséquent, neuf parlements provinciaux et la chambre haute ont longtemps fonctionné dans l’illégalité – c’est-à-dire en violation pure et simple du texte fondamental. De facto, le non-respect du chronogramme défini par la CENI a permis de reporter sine die la tenue des élections provinciales et sénatoriales. Ainsi le Sénat, dont les circonscriptions viennent enfin d’être matérialisées, continue-t-il de fonctionner en toute tranquillité dans l’illégalité.
La CENI aurait été crédible si elle avait articulé le calendrier électoral dans un délai raisonnable et échelonné les différents scrutins de manière cohérente. Le fait d’avoir agi dans la précipitation, pour calmer le courroux des populations mécontentes et donner aux éventuels bailleurs de fonds l’impression de s’atteler sérieusement à la tâche, et programmé entre-temps des intervalles relativement courts s’apparente à une supercherie pour repousser les différents scrutins – la finalité étant de prolonger, sans aucune élection, les mandats des personnes siégeant dans les institutions étatiques.

Opposition essoufflée et manœuvre gouvernementale

Face à une dérive s’apparentant à un coup d’État institutionnel, l’opposition parlementaire ne parvient guère à impulser une dynamique nouvelle en vue d’une alternative politique crédible. Impuissante à l’intérieur du pays, constamment absente de l’hémicycle, elle a de plus en plus du mal à jouer efficacement son rôle. Essoufflée et ne parvenant guère à démontrer de manière pacifique le vrai rapport des forces populaires, de plus en plus discréditée aux yeux du peuple congolais, ses représentants cherchent désespérément la solution hors du territoire national. Ainsi cèdent-ils au chant des sirènes dans le but de revenir en force sur l’échiquier politique interne.
En revanche, pour conserver le pouvoir, la majorité présidentielle s’applique à fragiliser davantage l’opposition dans sa globalité. À cet effet, après réussi à noyauté l’opposition parlementaire, quelques caciques ont claqué publiquement la porte de ladite majorité et se sont proclamés opposants. Curieusement, cette mutation soudaine ne s’est faite sur aucune ligne idéologique. Seul le stratagème électoral a motivé, de manière cynique, ce positionnement cousu de fil blanc. Comment peut-on se coucher libéraux, et se réveiller tout à coup sociaux-démocrates, ou tout simplement socialistes ? « Le zèbre ne se défait pas de ses zébrures », dit un vieux proverbe bantou.
Par ailleurs, il est incroyable qu’un gouvernement d’une République censée être « démocratique » ait pu proposer au Parlement, en vue de son adoption, un projet de loi électorale contenant les germes de l’incohésion nationale. Tout comme est inadmissible l’avis de la Cour Suprême de Justice ayant qualifié conforme à la Constitution une loi qui affirme l’inégalité des Congolais au regard de la représentativité politique. De la même façon qu’est très consternant le fait pour l’opposition parlementaire d’avoir approuvé les dispositions iniques contenues dans le texte promulgué par le président de la République, qui plus est censé être le garant de la Constitution. Enfin, il est incompréhensible de constater l’immobilisme de la société civile contre une loi qui viole sans aucun doute la Constitution.

Une transition politique

Le peuple congolais doit absolument faire émerger une nouvelle classe politique crédible, c’est-à-dire à la vision constructive, et non continuer à faire confiance aux acteurs politiques ayant sans cesse privilégié leurs intérêts personnels au détriment de la chose publique. Le souverain primaire doit donc mettre un terme au glissement vers une République Non Démocratique du Congo, souhaitée par la majorité présidentielle et tacitement cautionnée par une opposition institutionnelle complaisante.
Vu les arguments développés supra, l’avenir du Congo-Kinshasa dépendra à court terme de la mise en place, comme au Burkina-Faso, d’un conseil national de transition, ou d’un gouvernement de salut public, lequel définira les grandes orientations relatives aux prochaines élections, à l’harmonisation de la Constitution, à la morale patriotique, à la défense nationale et aux institutions de la République. Bref, une IVe République reste la voie salutaire pour le devenir du peuple congolais.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

lundi 9 novembre 2015

RDC : le peuple souverain et les régimes démocratiques

Les Congolais ont-ils eux-mêmes favorisé les régimes politiques des IIe et IIIe Républiques ? Telle est la question qui mériterait d’être posée, pour mieux appréhender l’avenir de la République Démocratique du Congo. Nul n’ignore que la spécificité du coup d’État classique réside dans un renversement du pouvoir par une personne investie d’une autorité de façon illégale. Deux processus permettent de démettre un pouvoir : soit la révolution, soit le putsch. Si la révolution est populaire, le putsch est réalisé par la force des armes. Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif consiste avant tout à s’emparer des institutions de l’État, ou à les neutraliser. Quant au coup d’État non classique, sa sournoiserie réside dans la continuité, en changeant seulement la personne qui incarne l’exécutif. Cela s’est illustré lors de la succession de Laurent-Désiré Kabila, après son assassinat en janvier 2001. Mais un coup d’État, qu’il soit classique ou institutionnel, est toujours le résultat de quelques contextes plus ou moins isolés, voire complémentaires, locaux ou régionaux, continentaux ou extra-continentaux. 
  
Les conséquences internes ou externes 
  
Les causes d’un coup d’État sont d’ordre soit interne, soit externe. Sur le plan interne, l’action politique du régime mobutiste avait provoqué l’effondrement des pans entiers de l’appareil d’État. Par conséquent, la guerre soi-disant de libération a mis fin à l’État zaïrois. Dans la continuité, l’espoir suscité par la prise de pouvoir par Laurent-Désiré Kabila s’est néanmoins transformé en une très grande déception en l’absence d’ouverture politique tant reprochée au maréchal Mobutu et de recherche d’un consensus commun sur l’État à reconstruire. Incohérence et inconsistance des politiques, concentration, ethnicisation et personnalisation du pouvoir ont fini par provoquer mécontentements et dissensions. 
Des causes externes peuvent aussi être à l’origine d’un coup d’État. La volonté de quelques multinationales extra-continentales de faire main basse, à moindre frais, sur les ressources naturelles congolaises a abouti à l’avènement de Laurent-Désiré Kabila en avril 1997. De la même façon que la visée expansionniste des voisins orientaux sont à l’origine de la déstabilisation de la région du Kivu. Dans la même otique, les dégâts collatéraux de l’affrontement entre citoyens rwandais ont généré des conséquences néfastes au-delà du Rwanda : la présence des FDLR dans le Kivu, les pillages, les crimes contre l’Humanité, l’instabilité du territoire congolais, l’extermination des autochtones... 
Mes ces causes peuvent aussi être dues à la combinaison des faits à la fois internes et externes. Ainsi l’ingérence du Zaïre dans les affaires intérieures de ses voisins a servi de prétexte à l’Ouganda, au Rwanda et au Burundi pour chasser, par l’AFDL interposée, le maréchal Mobutu du pouvoir. 
  
L’abrogation ou le tripatouillage de la Constitution 
  
Le coup d’État classique génère systématiquement à un « vide » constitutionnel et institutionnel qu’il faudra régulariser à l’aide d’une une nouvelle Constitution légitimant le nouveau pouvoir. Ainsi la nomination de Moïse Antonin Kapenda Tshombe, comme Premier ministre, a-t-il permis la rédaction de la Constitution de Luluabourg. Mais le putsch du 24 novembre 1965 serait légitimé par la Constitution du 24 juin 1967. Dans le même ordre d’idées, l’accord global signé le 17 décembre 2002 à Pretoria a donné naissance à la Constitution du 18 février 2006. Celle-ci, à l’issue du « système 1 + 4 », n’a été conçue que pour asseoir le pouvoir du président de la République et imposer au peuple congolais des populations venues d’ailleurs. En réalité, plusieurs dispositifs de la Constitution de 2006 rendent à dessein ingouvernable la République Démocratique du Congo. 
Force est de constater que le coup d’État institutionnel se prépare amont en modifiant, très souvent à l’approche d’enjeux électoraux, les règles établies. Ainsi a-t-on changé le mode du scrutin présidentiel en 2011, passant des deux tours à un seul tour. De la même façon que, pour garantir la victoire lors de prochaines élections, l’on a promulgué en mai 2015 une loi électorale ayant conditionné la caution pour la candidature à l’élection présidentielle à 100 000 dollars US et l’obligation de détenir un diplôme de licence, ou d’avoir exercé quelques fonctions étatiques pendant au mois 5 ans. C’est ainsi l’on s’est ingénié pour ne pas lever les problèmes techniques empêchant les Congolais de la diaspora d’être électeurs, donc éligibles. C’est ainsi que, pour empêcher une amélioration de la pratique politique et une évolution des mentalités quant à la gestion de la chose publique, l’on s’excelle dans l’espoir de priver les Congolais concernés par la double citoyenneté de la congolaise d’origine alors que celle-ci est inaliénable conformément à l’article 10-3 de la Constitution du 18 février 2006. 
  
Une armée non citoyenne et une justice domestiquée 
  
Un coup d’État classique, qu’il s’agisse d’une révolution ou d’un putsch, ne peut réussir que grâce à l’appui de l’armée. Celle-ci est indispensable pour contrôler le pouvoir civil et mâter les populations hostiles à la prise illégale du pouvoir, la finalité étant de rétablir à tout prix l’ordre. Après s’être emparé des organes centraux de l’État, les militaires à la solde du régime illégal arrêtent les gouvernants pour les empêcher d’organiser une riposte. Le président Joseph Kasa-Vubu et le Premier ministre Évariste Kimba Mutombo furent donc astreints à résidence surveillée après le putsch du 24 novembre 1965. 
À la prise des bâtiments publics, le bras armé à la solde des putschistes ou des révolutionnaires s’adonnent au contrôle de différents médias. En effet, la maîtrise de la presse, de la radio et de la télévision peut permettre de donner à la population des informations propres à décourager toute tentative de riposte au coup d’État. Enfin, les auteurs d’un coup d’État prennent la précaution de couper ou d’accaparer les moyens de communication – limitation des appels téléphoniques ou mise sur écoute... –, de limiter l’accès à Internet, de brouiller les ondes des radios étrangères (allusion aux déboires de Radio France internationale) et de fermer les aéroports. 
Le coup d’État institutionnel a surtout comme caractéristique l’élimination physique ou la neutralisation à court, moyen et long terme des acteurs ayant contribué à l’accession au pouvoir du nouvel homme fort, ainsi que la domestication de la justice. Le procès relatif à l’assassinant de Laurent-Désiré Kabila s’est terminé en queue de poisson, et les accusés sont toujours incarcérés. Les exemples sont légion, de 2001 à nos jours. 
Les coups d’État sont habituellement effectués par des militaires contre des gouvernants civils. Quand il sont l’œuvre des civils, ils bénéficient du soutien d’une partie de l’armée. Pour faire accepter les résultats du coup d’État, leurs auteurs s’engagent à répondre aux vœux de la majorité de l’opinion publique tout en veillant à ce que ceux-ci soient compatibles avec le contexte régional, continental ou international. C’est ainsi que la succession de Laurent-Désiré Kabila avait obtenu l’aval des voisins rwandais, burundais et ougandais, des alliés de la SADC ainsi que des parrains extra-continentaux. Ces derniers devaient être favorables à cette entreprise, pour éviter la poursuite de la guerre et imposer à la République Démocratique du Congo le partage du pouvoir, à travers « le système 1 + 4 ». C’est dans ce contexte qu’a été confectionnée la Constitution qui serait ratifiée le 18 février 2006, et légalisé le coup d’État classique survenu en janvier 2001. Bref, tous les accords internationaux ont fini par être respectés. 
  
La responsabilité du souverain primaire 
  
Récemment, le peuple burkinabè a eu à deux reprises le courage de prendre en main sa destinée. En effet, après avoir chassé Blaise Compaoré du pouvoir, les Burkinabè se sont dressés sur le chemin des proches de l’ancien président qui ont tenté de mettre un terme à la présidence de transition. Certes, la communauté internationale, notamment la France, a permis le départ de Blaise Compaoré de la même façon qu’elle s’est montrée intransigeante, surtout les Américains, vis-à-vis des putschistes. Mais elle n’aura pas agi de la sorte si le peuple burkinabè n’avait pas montré sa détermination et son aspiration à un régime démocratique. Rien de tout cela ne s’est produit, ayons l’honnêteté de le reconnaître, en République Démocratique du Congo pendant les IIe et IIIeRépubliques. 
Au Burkina-Faso, l’opposition politique a su réagir pour faire échouer les différentes tentatives des coups d’État institutionnel et classique. Elle a su mettre de côté ses divergences pour défendre collectivement la chose publique. L’opposition burkinabè a su mener la bataille parlementaire dans l’hémicycle et la déplacer du Parlement à la rue. Minoritaire dans l’hémicycle, elle était devenue majoritaire dans la rue. Elle ne s’est distinguée par l’absentéisme dans l’hémicycle, surtout dans les moments décisifs. 
Face à la faillite de la classe politique, la presse et la société civile doivent en principe livrer aux populations congolaises les réflexions et analyses susceptibles d’éclairer la prise de conscience. Mais, dans la plus grande majorité, la société civile court après les subventions gouvernementales tandis que les journalistes monnayent les articles et les interviews. Ainsi induisent-ils le peuple en erreur. Les prises de position des uns et les informations des autres n’étant pas objectifs, le jugement de l’homme ou de la femme de la rue ne peut qu’en pâtir. 
Si l’on ne peut pas faire le bonheur des gens à leur place, il est évident que les peuples ont souvent les dirigeants qu’ils méritent. Le vrai problème ne réside pas tant dans la faillite de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues. Pour faire efficacement face à la démission de la représentation parlementaire et aux dérapages gouvernementaux, le peuple congolais, qui plus est le souverain primaire, doit pouvoir découdre en toute légitimité ce qui a été mal ficelé au Parlement national et aux Parlements provinciaux. Il doit oser imposer sa volonté au gouvernement, en particulier, et à la classe politique, en général. Ainsi a-t-il intérêt à faire émerger un État de droit. Cela passera, compte tenu des lacunes de la Constitution du 18 février 2006, par l’instauration de la IVeRépublique.
  
Gaspard-Hubert Lonsi Koko 

mardi 30 juin 2015

Pétition : Pour le progrès socio-économique, l’Etat de droit et la cohésion nationale en RD Congo

Les Congolaises et les Congolais souhaitent vivement un sursaut patriotique dans les orientations en vue du progrès social, du développement économique, de l’épanouissement intellectuel et culturel, de l’amélioration des conditions matérielles, de la sécurité, de la paix et de la démocratie.

Par conséquent, les Congolaises et les Congolaise demandent aux forces vives de la Nation d’initier une démarche républicaine afin de :

– condamner toute violation de la Constitution, des Lois de la République et des Droits fondamentaux de la personne humaine ;
– lutter contre toute forme de repli identitaire et de radicalisme politique ;
– tirer enfin les conséquences des guerres armées et civiles pour éviter morcellement du territoire national et de mettre un terme aux pillages des ressources ;
– changer en profondeur les méthodes de gouvernance, notamment la gestion des affaires publiques ;
– préparer et organiser des élections, transparentes et crédibles, afin d’enrayer la crise politique et de faire émerger un État de droit ;
- consolider l’égalité de tous les Congolais, s’agissant des droits et des devoirs, ainsi que l’inaliénabilité de la nationalité congolaise d’origine conformément à l’article 10-3 de la Constitution.

Pour signer la pétition, prière de cliquer sur le lien ci-contre : http://www.mesopinions.com/petition/politique/progres-socio-economique-etat-droit-cohesion/14758

jeudi 21 mai 2015

Les points cruciaux de la stabilité, du dynamisme économique et de la viabilité démocratique du Congo

Dans l’interview qu’il vient d’accorder à Œil d’Afrique, Gaspard-Hubert Lonsi Koko clarifie la position du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) à travers dix points cruciaux en vue d’un État économiquement performant et démocratiquement viable.

  
Œil d’Afrique : Que pense le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo, s’agissant de l’égalité au regard de la Loi, de l’instruction et de la chose publique ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : L’indépendance réelle de la République Démocratique du Congo ne sera possible que grâce à un système éducatif axé sur la conscientisation du peuple congolais. Pour le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo et ses alliés, en matière de formation, seule la gratuité des frais scolaires sur l’ensemble du territoire national permettra de rendre l’école primaire obligatoire, de faire baisser de manière considérable le taux d’analphabétisme et de combattre avec efficacité le phénomène des enfants de rue. 
L’éducation pour tous, bénéficiant de nouvelles technologies de l’information et de communication (NTIC) comme backbone pour le partage de connaissance, et la formation tout au long de la vie doivent donc devenir une réalité. Il en est de même de l’apprentissage, à savoir l’enseignement ainsi que la formation technique et professionnelle. L’objectif, c’est de bâtir un Congo économiquement performant et démocratiquement viable au sein duquel la formation initiale garantira à la jeunesse un niveau éducatif élevé et une autonomie personnelle que confortera l’ambition du plein-emploi et de la croissance. 
Nous estimons que la jeunesse congolaise mérite un vrai programme en matière de formation et d’insertion, ainsi que sur le plan de l’émancipation. Elle doit être encadrée et mise au cœur de tout projet social, culturel, économique et politique. Le RDPC et ses partenaires apporteront des solutions aux problèmes sociaux relatifs à la jeunesse, de manière non seulement adaptée mais surtout efficace. Pour faciliter l’embauche des jeunes gens par l’entreprise, nous proposerons un contrat de génération, lequel contribuera à la transmission des savoir-faire par des salariés expérimentés et à l’intégration durable de nouveaux travailleurs dans la vie professionnelle. 
Dans la même optique, le RDPC et ses alliés garantiront l’égalité effective des situations et des droits entre les hommes et les femmes. À cet effet, en tant que sociaux-démocrates, les dirigeants du RDPC affirme que l’éducation et l’instruction de la femme sont la condition sine qua non dans la lutte pour l’égalité des sexes. Par conséquent, toute coalition politique formée autour, ou avec, le RDPC condamne fermement tout traitement dégradant et humiliant à l’encontre de la femme congolaise et encourage son accès dans la gestion de la chose publique, tout en permettant sa participation dans l’élaboration des programmes économiques et de développement. Très respectueux des droits fondamentaux de la personne humaine, nous agirons concrètement en faveur des procédures judiciaires contre les auteurs de violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants en vue de l’indemnisation des victimes. 
Œil d’Afrique : Et votre vision, à propos du système de santé publique et de la démocratie sociale ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Un gouvernement dans lequel participera le RDPC fixera par la Loi, en fonction des besoins et des ressources des populations, le prix des hôpitaux et établissements publics divers, sans recherche de bénéfice commercial. Avec nos alliés, nous rendrons obligatoire, donc universelle, la prise en charge du risque maladie afin d’instaurer l’égalité dans l’accès des soins et de faire de l’hôpital public le cœur de notre système de santé. Nous permettrons à chaque Congolais de vivre dans un environnement sain. Bien entendu, le bon sens voudrait que l’on puisse évaluer l’existant afin d’apporter des améliorations appropriées. Mais, compte tenu du manque d’infrastructure pouvant aider au monitoring et à l’évaluation, nous réformerons en profondeur le système de santé publique en ayant notamment recours aux nouvelles technologies. 
Le respect du vivant, la dignité humaine, l’équité, la solidarité, le partage de la richesse, tant à l’égard des plus démunis que des générations à venir, telles sont les valeurs que le RDPC défend avec force et vigueur. C’est un immense chantier et le courage politique consiste à trouver la force de s’y engager et de pouvoir imaginer l’avenir de notre peuple à travers le renouveau du dialogue en vue d’une réelle démocratie sociale. De plus,sous notre impulsion, l’accès à l’information permettra aux populations démunies de connaître leurs droits et leurs obligations, tout comme il garantira la transparence. Ainsi les Congolais pourront-ils léguer ces acquis aux générations futures. 
Œil d’Afrique : Quelles initiatives prendra, le moment venu, le RDPC pour parvenir à l’autonomie alimentaire ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Nourrir le peuple, voilà l’une des valeurs fondamentales qui doit guider les futurs dirigeants congolais. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo relancera et développera la culture vivrière grâce à l’attribution des espaces cultivables aux familles congolaises, qui le souhaiteront, moyennant 1 franc congolais le mètre carré. Pour enrayer définitivement la malnutrition et le sous-développement, le RDPC et ses alliés vont promouvoir un programme d’économie solidaire favorable à la bio-culture.L’objectif consistera à faire véritablement de l’agriculture l’une des priorités nationales par le biais de la création et du développement des marchés locaux et régionaux, par la définition des politiques agricoles et commerciales plus justes, par le soutien d’un développement durable. 
Le gouvernement du RDPC encouragera donc le développement des infrastructures routière et fluviale en vue de l’acheminement de surplus de productions vers les marchés urbains. Dans cette perspective, avec nos partenaires, nous œuvrerons en vue de la participation de la République Démocratique du Congo dans le programme de la révolution verte en Afrique. Nous nous appliquerons davantage pour faire de notre pays l’un des pionniers de cette révolution, en nous appuyant surtout sur l’avantage comparatif du point de vue du sol, de la température, de l’eau et des terres cultivables. 
Œil d’Afrique : Que comptez-vous, dans un pays ou les églises ne cessent de foisonner, au point d’empiéter sur les affaires de l’État ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : « Quand on ne sait pas où l’on va, on n’oublie pas d’où l’on vient », stipule un proverbe bantou. L’avenir de la République Démocratique du Congo est surtout fonction de la connaissance de sa propre Histoire. Ainsi le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo encourage-t-il une recherche plus approfondie de la vérité dans le but de valoriser l’Histoire authentique des populations congolaises, en clarifiant ses origines pour mieux cerner les défis qui hypothèquent l’épanouissement culturel, social, économique et politique de notre pays. Le gouvernement du RDPC réhabilitera notre Histoire en la réécrivant. 
S’appuyant sur le « bantouïsme », sans pour autant ignorer les droits des minorités, le RDPC estime que l’interférence entre le religieux et la gestion de l’État constitue un frein considérable au développement socio-économique du pays. Par contre, le recours aux valeurs ancestrales ne pourra que permettre non seulement d’assurer sans aucune ambiguïté toutes les prérogatives étatiques, mais aussi de privilégier l’émancipation individuelle et de garantir la paix civile ainsi que la fraternité entre tous les Congolais quelles que soient leurs croyances ou leurs origines. 
L’imaginaire bantou s’articulant principalement autour de l’être humain, toute initiative de l’État congolais aura pour seule finalité l’intérêt du souverain primaire qu’est le peuple. Notre démarche consiste à faire accepter les valeurs républicaines, avec tout ce qu’elles impliquent comme droits et devoirs. Le gouvernement du RDPC mettra donc en placeun Conseil suprême des affaires spirituelles (CSAS) pour harmoniser les relations entre les différentes croyances – en Dieu et aux âmes, ou aux forces de l’esprit… – et harmoniser tout ce qui relève de l’immatériel, l’objectif étant de consolider la laïcité républicaine. 
Œil d’Afrique : Que peuvent attendre de votre gouvernement vos les Congolais de la diaspora et la nationalité congolaise d’origine ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Étant des citoyens à part entière, nos compatriotes vivant hors des frontières nationales deviendront à la fois électeurs et éligibles au scrutin présidentiel ainsi qu’aux élections ayant trait aux députés et sénateurs des Congolais de l’étranger. Le gouvernement du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo modifiera la loi électorale afin de rétablir l’égalité effective de tous les Congolais dans la représentativité politique. 
Dans la même optique, notre RDPC agira pour que tout individu faisant partie d’un groupe social reconnu le 30 juin 1960 reste Congolais, indépendamment de la détention d’une citoyenneté étrangère. La nationalité congolaise d’origine étant le seul héritage sûr de nos ancêtres, elle ne doit pas se perdre. En conséquence, à notre initiative, son caractère inaliénable lui donnera la primauté sur toute autre citoyenneté. 
Œil d’Afrique : Aurez-vous le culot de tout chambouler, d’affronter les pesanteurs négatives ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Le renouveau et la reconstruction de la République Démocratique du Congo découleront de l’évolution des mentalités. De ce fait, le gouvernement du RDPC éradiquera la corruption et la mauvaise gestion de la chose publique au profit de la bonne gouvernance et de la sauvegarde des intérêts nationaux. 
Certes, le peuple congolais a des droits qui doivent être obligatoirement respectés par l’État. En contrepartie, il a des devoirs envers son pays. Parmi ces devoirs figurent l’obligation de s’acquitter des impôts et autres taxes auprès du Trésor public, de défendre la Patrie – par tous les moyens – en cas d’agression extérieure et de ne jamais la trahir, d’être le digne représentant du pays où que ce soit et dans n’importe quelle circonstance. L’évolution des mentalités doit surtout contribuer à la prise de conscience, facteur indispensable au réveil du patriotisme congolais. 
Par ailleurs, sur le plan environnemental, notre pays est riche non seulement pour son sous-sol, mais aussi pour son sursol et son sol. Dans le cadre de l’évolution des mentalités, le gouvernement du RDPC contribuera à la dynamisation du tourisme et initiera un programme ambitieux relatif à la biodiversité ainsi qu’aux énergies renouvelables. Notre objectif, c’est de permettre la création, en République Démocratique du Congo, d’un grand pôle de technologie en matière d’environnement. 
Œil d’Afrique : Estimez-vous que le système politique en cours est suffisamment adapté pour permettre à un gouvernement d’agir en toute efficacité ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Le Congo du troisième millénaire doit être une société d’espérance, de solidarité et d’égalité des chances. Une République sociale qui doit incarner un groupement humain partageant des valeurs communes.Cela nécessite une nouvelle conception de l’État. Partisans d’un régime à la fois fort et protecteur, le RDPC et ses alliés instaureront la IVe République, laquelle devra être à l’image d’un État en mesure de mobiliser efficacement les capitaux et les hommes, de consacrer le temps nécessaire à la mise en valeur de l’environnement, à la transformation des infrastructures – aériennes, routières, fluviales et ferroviaires –, à l’équipement du pays en moyens de télécommunications, en lignes d’électrification et en centrales de production d’énergie. 
Le RDPC et ses partenaires œuvreront pour un État qui adaptera, seul et par la Loi, la protection sociale sur la base de ressources réelles. Avec nos alliés, nous réorganiserons le travail pour réduire le chômage et garantirons la cohésion nationale par d’autres dispositifs de redistribution des richesses de manière équitable. Nous bâtirons un État qui mettra en œuvre la politique d’aménagement du territoire rural et urbain et qui sera en mesure d’agir efficacement contre, entre autres fléaux, l’insécurité et la criminalisation de l’économie. 
Nous moderniserons l’État pour rendre efficace le service public grâce à une application pleine et intelligente de la réforme budgétaire, ainsi qu’à une meilleure relance de la décentralisation tout en ayant républicanisé en amont l’armée, la police et la gendarmerie nationales. 
Œil d’Afrique : Pensez-vous que votre futur gouvernement, si jamais le peuple congolais vous accorde majoritairement son suffrage, aura les coudées franches pour stabiliser le territoire national ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Vous faites allusion, si j’ai bien compris votre question, à la problématique de la souveraineté nationale ? 
Œil d’Afrique : Tout à fait. Êtes-vous certain que les puissances étrangères et leurs gendarmes régionaux verront d’un bon œil la stabilité et l’émergence économique de la République Démocratique du Congo ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : C’est une question des principes et des convictions. La coalition politique à laquelle participera le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo ne transigera jamais, s’agissant de l’intégrité territoriale et de la souveraineté politique. Pour mieux faire face aux tentatives de déstabilisation, l’armée nationale congolaise sera citoyenne. On doit constamment avoir à l’esprit le paramètre selon lequel une armée républicaine ne se façonnera qu’au moyen de la représentativité réelle, en son sein, de la diversité des populations partageant des valeurs communes. 
Le RDPC et ses partenaires nationaux prendront les mesures nécessaires, en matière de restructuration, afin que la future armée nationale congolaise puisse faire face à toute épreuve à n’importe quel moment et en toutes circonstances. D’une part, le service militaire sera obligatoire pour les jeunes Congolais, de sexe masculin, âgés de 18 à 30 ans – excepté ceux qui assument une charge parentale. Les jeunes filles pourront y avoir accès, à la suite d’une démarche volontaire. D’autre part, il faudra réintégrer dans l’armée congolaise, comme instructeurs ou encadreurs, tous les éléments des Forces Armées Zaïroises (FAZ) ayant quitté le pays lors de la chute du régime mobutiste, et réintégrer les anciens éléments des forces armées mises en place sous le gouvernement de l’Alliances des Forces Démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). 
Pour rendre l’armée nationale congolaise opérationnelle, le gouvernement dans lequel le RDPC participera allouera dès la première mandature au moins 15 % du budget national à l’équipement de nouvelles unités militaires relatives aux forces terrestre, aérienne, fluviale et lacustre. Une réorganisation complète des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) s’imposera pour assurer efficacement la défense du territoire national. 
Œil d’Afrique : Quelle approche économique préconisez-vous, dans le cadre de la mondialisation, par rapport à d’éventuels accords avec des partenaires étrangers ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : La liberté totale d’entreprendre sans garde-fous, s’agissant d’un pays sans cesse gouverné par des régimes dictatoriaux, conduit au règne des mafias, à la déchéance de l’État, au blocage des pans entiers de la société, à la misère de plus de la moitié de la population. 
Ayant à l’esprit le fait que l’autonomie du peuple congolais sera aussi fonction du savoir-faire, tout contrat avec les partenaires étrangers sera conditionné par le transfert de techniques et de technologie. Le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo proposera un partenariat avec les institutions éducatives et les centres de recherches locaux pour que ce transfert des compétences soit durable et puisse aider non seulement à la construction de notre système éducatif mais aussi jouer un rôle d’appui à la recherche et au développement (R&D) au niveau local. 
Sans être hostile à la liberté d’entreprendre, tout en étant favorable à la régulation du marché, le RDPC privilégiera un modèle politique en mesure de contrôler le capitalisme et de l’empêcher de dégénérer au seul profit du pouvoir financier. 
Œil d’Afrique : Comment votre structure politique conçoit-elle l’avenir de la République Démocratique du Congo dans la région des Grands Lacs ? 
Gaspard-Hubert Lonsi Lonsi Koko : Dans une société de plus en plus mondialisée, le gouvernement du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo encouragera la Solidarité internationale, mais à condition qu’elle ne se décline pas au détriment des intérêts du peuple congolais et du panafricanisme. En effet, pays aux valeurs humanistes, la République Démocratique du Congo devra apporter sa pierre dans les efforts en vue de l’amélioration matérielle et morale, du progrès intellectuel et de la Justice sociale pour un monde meilleur. Le sang versé du simple fait d’être né Congolais impose au RDPC d’œuvrer pour la reconnaissance du génocide congolais. C’est le facteur déclencheur du pardon. C’est le prix d’une réconciliation nationale et d’une Paix durable dans la région des Grands Lacs africains. 
Propos recueillis par Roger Musandji 

vendredi 15 mai 2015

Burundi, présidence à vie ou transition démocratique ?

La présidence burundaise a annoncé le retour, sur le territoire national, du chef de l'Etat Pierre Nkurunziza, qui était bloqué en Tanzanie durant la tentative du coup d'Etat. Depuis le 26 avril, des milliers de Burundais manifestent contre la candidature du président de la République du Burundi à un troisième mandat qu'ils jugent inconstitutionnelle. Quelques sources ont annoncé qu’il devrait s'exprimer dans la journée. Mais quel message adressera-t-il, aux populations éprises de démocratie, après avoir attisé lui-même le feu qui a failli le consumer ?

Les conséquences du putsch

Le dénouement de la tentative du coup d’Etat contre le président burundais en fin de mandat peut avoir comme conséquences les représailles contre les mutins partisans du général Godefroid Niyombare et le musellement, dans la foulée, des opposants politiques. Pis encore, cela pourrait permettre au président Nkurunziza et à ses affidés de décréter un état d’urgence, dans le but de repousser sine die l’élection présidentielle et cautionner les mesures d’exception dont la finalité consisterait à terroriser les populations favorables à la non-candidature du président encore en exercice.

Une vraie aspiration démocratique

Toutes les crises survenues au Burundi ont été d’aspiration ethniciste, ayant opposé les Hutus et les Tutsis quant à la gestion de la chose publique. La grande nouveauté, à propos des manifestations ayant abouti à une tentative de putsch, réside dans le fait que Tutsis et Hutus ont dénoncé ensemble la tentative de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat contrairement aux dispositifs constitutionnels. Si l’on prend en compte l’unité ethnique et la division de l’armée contre la volonté du président sortant de se maintenir au pouvoir par tous les moyens, il serait plus sage d’apaiser les tensions. Dans pareille circonstance, le règlement de comptes ne contribuera qu’à l’embrasement d’un pays qui ressemble, à n’en pas douter, à une poudrière.

Les aspirations populaires

L’adresse du président Nkurunziza à ses compatriotes serait donc déterminante, s’agissant de l’avenir proche du Burundi et des pays de la région des Grands lacs déjà en proie à une instabilité sans précédent. Soit il persiste dans sa velléité de devenir président à vie, au risque de défier frontalement les populations mécontentes qui imposeraient à tout prix le rapport de force dans la rue. Soit le président Nkurunziza profite de l’avertissement à son attention, en annonçant tout simplement le retrait de sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Ainsi contribuera-t-il à la pacification et à la transition démocratique dans son pays. Un véritable homme d’Etat doit avoir la capacité de répondre favorablement aux aspirations de son peuple, soient-elles le résultat des urnes ou d’une légitime manifestation populaire.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko


lundi 2 mars 2015

Une loi d’exception en vue du report maîtrisé des élections en RD Congo

Des partis politiques, des regroupements et des parlementaires de l’opposition, ainsi que quelques groupuscules de la société civile, ont proposé le 27 février 2015 un projet de calendrier électoral qu’ils estiment « réaliste, réalisable et cohérent ». Ainsi ont-ils préconisé de renvoyer en 2017 les élections locales, municipales et urbaines, qu’ils ont jugées « plus complexes » mais toutefois « nécessaires à la consolidation de l’Etat et de la démocratie par la base ».

La pyramide inversée

Il est à noter que, pour répondre à l’exigence de l’Accord global et inclusif de Sun City de 2002, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a proposé que le calendrier électoral commence par les élections locales, municipales et urbaines, lesquelles n’ont jamais eu lieu en République Démocratique du Congo depuis 2006. Or, étant en réalité minoritaire, la majorité kabiliste n’a aucun intérêt à ce que le calendrier défini par la CENI soit respecté. Une défaite cuisante à ces élections entraînera mécaniquement une très large victoire de l’opposition aux élections provinciales, sénatoriales, législatives et présidentielle.
Ce n’est donc pas du tout pour des raisons relatives à la réalisation et à la cohérence du chronogramme fixé par la CENI que les partisans de la pyramide inversée tiennent à ce que le processus électoral s’articule absolument du sommet vers la base. Une telle approche s’apparente plutôt au refus de parachever, enfin, la réconciliation entre les Congolais exigée dans le cadre du Dialogue Inter-Congolais (DIC). C’est une volonté manifeste de mettre à mal la cohésion nationale dans le but de concrétiser les projets, à visée déstabilisatrice, conçus et pilotés depuis l’extérieur du territoire national.

Une certaine complicité ?

Il est évident que le calendrier électoral de la CENI est irréalisable, donc peu crédible, et incohérent du fait de l’aspect très serré quant à l’échelonnement de différents scrutins. Mais cela nécessite-t-il pour autant le renvoi des élections locales, municipales et urbaines à la fin dudit processus ? Les partis politiques, les groupements et les parlementaires de l’opposition, ainsi que d’autres groupuscules de la société civile, favorables à cette éventualité volent plutôt au secours de la majorité kabiliste. De plus, par leur positionnement, ils sont tombés dans le piège tendu. Celui-ci a sciemment rendu irréalisable et incohérente le calendrier électoral dans l’espoir de repousser les élections locales, municipales et urbaines après les scrutins présidentiel et législatifs. Ainsi offrent-ils, de facto, une belle opportunité au pouvoir en place à Kinshasa, lequel accepterait volontiers, à l’issue des « échanges formels » avec l’opposition institutionnelle sous-prétexte de « dégager un consensus pour l’organisation des prochaines élections dans un climat apaisé et dans les délais constitutionnels ».
Il serait très surprenant, voire incompréhensible, qu’une majorité politique à bout de souffle soit sauvée in extremis, contre toute attente, par ceux qui n’ont cessé de batailler pour une autre alternative. Faut-il voir une connivence, aussi tacite et subtile soit-elle, entre une partie de l’opposition institutionnelle et la majorité présidentielle ? Dans la négative, ne s’agit-il que de la naïveté, ou tout simplement de l’amateurisme, de la part de l’opposition congolaise ?

Un consensus politique

Après les tensions récemment suscitées par les différentes tentatives de réviser l’article 220 de la Constitution du 18 février, dans le but de maintenir illégalement Joseph Kabila au pouvoir, et l’abrogation par ce dernier d’une loi électorale injuste, toute autre manœuvre politicienne ne contribuera qu’à mettre de l’huile sur le feu. Il est surtout question de la crédibilité de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, et de la maturité militante des forces vives de la Nation. Le fait de s’assurer en amont des conditions favorables aux élections apaisées et à la crédibilité de futurs élus vaut mieux que le respect à tout prix d’un processus faussé d’avance. La tenue des élections de 2011, loin de régler la crise de légitimité en cours en République Démocratique du Congo, a au contraire affaibli les institutions de la République et amplifié l’absence de l’Etat sur l’ensemble du territoire national.
Le bon sens voudrait que l’on puisse maintenir le chronogramme du calendrier proposé par la CENI tout en décalant légèrement les échéances, de telle sorte que le processus puisse rester inchangé et débuter, pour des raisons techniques, par la tenue des élections locales, municipales et urbaines en 2016 et se terminer par les scrutins présidentiel et législatifs en 2017. Dans cette optique, il faudra impérativement un consensus politique, grâce au vote par le Parlement d’une loi d’exception, afin de permettre l’intérim de la présidence de la République par le Président du Sénat, ou par le Président de l’Assemblée nationale en cas d’un quelconque empêchement, jusqu’à l’organisation de l’élection présidentielle et à la prise des fonctions de nouvel élu. L’objectif, compte tenu du contexte, consistera à ne pas agir contrairement aux articles 70-2 et 73 de la Constitution du 18 février 2006 relatifs à l’installation effective du nouveau Président élu et à la convocation par la CENI de l’élection du Président de la République. Le report maîtrisé des élections vaut mieux que le non-respect de l’ordre constitutionnel.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko