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mardi 30 juin 2015

Pétition : Pour le progrès socio-économique, l’Etat de droit et la cohésion nationale en RD Congo

Les Congolaises et les Congolais souhaitent vivement un sursaut patriotique dans les orientations en vue du progrès social, du développement économique, de l’épanouissement intellectuel et culturel, de l’amélioration des conditions matérielles, de la sécurité, de la paix et de la démocratie.

Par conséquent, les Congolaises et les Congolaise demandent aux forces vives de la Nation d’initier une démarche républicaine afin de :

– condamner toute violation de la Constitution, des Lois de la République et des Droits fondamentaux de la personne humaine ;
– lutter contre toute forme de repli identitaire et de radicalisme politique ;
– tirer enfin les conséquences des guerres armées et civiles pour éviter morcellement du territoire national et de mettre un terme aux pillages des ressources ;
– changer en profondeur les méthodes de gouvernance, notamment la gestion des affaires publiques ;
– préparer et organiser des élections, transparentes et crédibles, afin d’enrayer la crise politique et de faire émerger un État de droit ;
- consolider l’égalité de tous les Congolais, s’agissant des droits et des devoirs, ainsi que l’inaliénabilité de la nationalité congolaise d’origine conformément à l’article 10-3 de la Constitution.

Pour signer la pétition, prière de cliquer sur le lien ci-contre : http://www.mesopinions.com/petition/politique/progres-socio-economique-etat-droit-cohesion/14758

jeudi 7 août 2014

CEPGL : les larmes des crocodiles


Dans un article publié par Radio Okapi, intitulé CEPGL : les pays membres veulent améliorer la circulation des personnes et des biens, l’accent est mis sur l’harmonisation des relations étatiques dans l’espace géographique englobant le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo. En tout cas, tel fut l’ordre du jour de la réunion, qui était ouverte le mercredi 6 août 2014 à Bujumbura au Burundi dans le cadre de la Communauté économique des pays des Grands lacs (CEPGL)[1]. A cette occasion, le Rwanda a accusé son voisin congolais d’entraver la libre-circulation dans la région. Cette accusation a été rejetée en bloc par les experts de la République Démocratique du Congo.

Les tumultueuses relations entre les partenaires

Au regard de la proximité géographique entre la région du Kivu, dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda, on ne peut que comprendre la nécessité de la circulation des biens et des personnes dans cette partie du continent africain. De plus, les relations commerciales entre les différentes populations régionales constituent l’argument majeur qui a toujours plaidé en faveur de l’union douanière que représente la CEPGL. Ne pas avoir à l’esprit ce facteur déterminant, c’est rendre un mauvais service aux populations frontalières et alimenter les faux prétextes des responsables politiques, enclins à l’expansionnisme, qui ne cessent de soutenir des groupes armés en vue de la déstabilisation, donc de la balkanisation, du très attractif et accueillant territoire congolais.

L’immigration

A l’occasion de ladite réunion, le directeur général de l’immigration rwandaise, Anaclet Karibata, s’est plaint que la République Démocratique du Congo impose les visas aux Rwandais qui désirent accéder sur son territoire. Quant au secrétaire exécutif de la CEPGL, Herman Tuyaga, il a estimé nécessaire que les frontières entre le Burundi, le Rwanda et le Congo soient ouvertes 24 heures sur 24.

Force est de constater que ceux qui s’ingénient depuis plusieurs années à semer la mort dans la région du Kivu souhaitent que leur grand et riche voisin, qu’ils ne cessent d’agresser injustement d’une manière ou d’une autre, fassent fi de la violation systématique de son espace territorial en ouvrant grandes ses frontières. En principe le Rwanda, qui craint la déstabilisation de sa partie occidentale par des éléments des FDLR[2] basés dans la région du Kivu, devrait se réjouir de la décision des autorités congolaises en matière d’immigration. Kigali devrait saisir, dans l’absolu, la perche tendue par Kinshasa pour imposer à son tour le visa d’entrée à son territoire dans le but d’empêcher toute initiative des FDLR au pays des mille collines. Pas plus tard qu’hier, le président Paul Kagamé menaçait de se désolidariser de l’accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix en République Démocratique du Congo. Ironie du sort, le Rwanda se plaint maintenant du durcissement des conditions d’entrée de ses ressortissants dans le territoire congolais.

Les vraies raisons

La CEPGL étant de plus en plus une structure sans avenir[3], à cause de l’hypocrisie et de la mauvaise foi du Rwanda et du Burundi, il est intéressant de se pencher sur les raisons qui poussent ces deux pays, en dépit de leur agressivité à l’encontre de leur grand et riche voisin, à tenir à tout prix à la circulation des biens et des personnes dans cette espace géographique.

Primo, sur les plans commercial et économique, le territoire congolais reste très attractif. Ainsi la fermeture des frontières serait complètement préjudiciable au Rwanda et au Burundi. En effet, du point de vue géostratégique, la fermeture de la frontière congolaise risque de renforcer la dépendance de ces deux petits pays très pauvres au Kenya, à la Tanzanie et à l’Ouganda tout en leur privant, sur le plan douanier, les taxes que génèrent les produits en provenance du Kivu.

Secundo, la vision expansionniste du Rwanda et du Burundi nécessite l’ouverture des frontières congolaises. Cela permettra à Kigali et à Bujumbura d’introduire clandestinement leurs populations tutsies en République Démocratique du Congo en vue, ultérieurement, d’une autodétermination de la région du Kivu.

Tertio, l’existence de la CEPGL est davantage plus intéressante au Rwanda et au Burundi dans la mesure où la République Démocratique du Congo finance, à elle seule, la moitié des investissements régionaux. De plus, sous-peuplé, le territoire congolais constitue un véritable espace vital et une zone de repli, en cas des conflits ethniques, pour les populations de ses deux voisins principalement en proie à une haine mortelle.


Les frontières et la souveraineté étatiques

Au vu des arguments évoqués supra, les autorités congolaises doivent avoir à l’esprit l’aspect commercial qui soutient les relations commerciales entre ses populations de l’Est et celles des deux autres pays de la CEPGL. Ainsi devront-elles désenclaver en urgence la partie orientale, en matière d’infrastructures, en facilitant les échanges entre les autres villes de la République Démocratique du Congo et la région du Kivu. Kinshasa devra être plus accessible à la région du Kivu et non Kigali et Bujumbura. Enfin, le renforcement de l’union douanière dans la CEPGL devra surtout tenir compte de la non-violation des frontières étatiques par l’un des pays membres et de la souveraineté étatique. C’est la condition sine qua non pour la circulation des personnes et des biens.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

Notes
[1] La CEPGL avait été créée en 1976 pour faciliter l’intégration économique régionale, la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, la sécurité régionale et le financement d’institutions communes dans les domaines de la finance, de la recherche et de l’énergie entre le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo alors République du Zaïre.
[2] Forces démocratiques de libération du Rwanda, composées des Hutus, que Kigali accuse d’être des génocidaires.
[3] Le sommet des chefs d’Etat qui devait donner des orientations claires sur la circulation entre les pays de la CEPGL n’est pas tenu depuis 20 ans à la suite des tensions entre Kinshasa et Kigali. En février dernier, les ministres des Affaires étrangères de la CEPGL avaient également plaidé pour la tenue du sommet de leurs chefs d’Etat.

lundi 3 mars 2014

Le budget gouvernemental, un sérieux handicap à la stabilité et à la sécurisation de la RD Congo

Le budget 2014 a été récemment adopté par le Parlement et promulgué par le président de la République Démocratique du Congo, sans aucune inquiétude des institutions habilitées à l'améliorer. Dans un pays qui est en proie à l’insécurité et à une crise sociale, ainsi qu’à la menace d’un démembrement territorial, le budget gouvernemental aurait dû logiquement consacrer une part considérable à l’armée, à la gendarmerie, à la police et aux services de renseignements. Or, au Congo-Kinshasa, la programmation budgétaire des actions gouvernementales a attribué seulement 6,8 % à la réforme de l’armée et 3 % à celle de la police, les sommes allouées au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité étant de presque 115 millions USD et d’à peu près 415 millions USD pour le ministère de la Défense nationale sur un budget global de 8,9 milliards USD.

Un budget cohérent

La stabilité de la République Démocratique du Congo dépend avant tout de l’inviolabilité de ses frontières et de la sécurisation de son territoire national. Ainsi le budget des ministères de la Défense nationale aurait dû s’élever au minimum à 1,36 milliards USD tandis que celui de l’Intérieur à 748,7 millions USD pour un budget global d’au moins 10,2 milliards USD.
Dans ce cas, la défense nationale aurait représenté 12,75 % et la sécurité nationale 7 % du budget gouvernemental lequel aurait dû être, dans l’absolu, de 10,2 milliards USD. Pour atteindre une telle ambition, le budget qui avait été proposé par le Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo, aurait dû être globalement amélioré de 1,3 milliards USD. Cela aurait permis d’allouer respectivement, pour plus d’efficacité, 65 millions USD aux secteurs relatifs à la défense et à la sécurisation du sanctuaire national.

Arrière-pensées politiques

Pourquoi le Parlement congolais a-t-il alors adopté un budget qui, connaissant très bien les impératives auxquelles est confrontée la République Démocratique du Congo sur les plans sécuritaire et défensif, un budget peu ambitieux ? La réponse à cette question permettra au peuple congolais, qui plus est le souverain primaire constitutionnellement parlant, de comprendre le rôle que joue la classe politique congolaise, celle qui est représentée dans les institutions étatiques, dans l’instabilité chronique qui ne cesse de déstabiliser la partie orientale, notamment les régions du Kivu et de l’Ituri, ainsi que la province minière du Katanga.
Il est évident que la balkanisation de ce grand géant ancré au cœur du continent africain ne pourra se matérialiser qu’à cause de la complicité interne. Ainsi la corruption des acteurs politiques siégeant dans les institutions de la République reste-t-elle le moyen le plus efficace d’assouvir les appétits expansionnistes de quelques pays régionaux, du point de vue économique et géostratégique, à la grande satisfaction des intérêts extracontinentaux.
Gaspard-Hubert Lonsi Koko

jeudi 13 février 2014

Crimes ethniques ou génocide en RD Congo ?

Le lundi 10 février de cette année, Fatou Bensouda, la procureure de la Cour pénale internationale, a accusé l'ancien chef de guerre Bosco Ntaganda, ainsi que sa milice composée de l’Union des patriotes congolais (UPC) et des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), de crimes « ethniques » dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Par conséquent, elle doit convaincre les juges de la solidité de son dossier en vue de l’ouverture d’un procès. La persécution des civils sur « des bases ethniques » n’était pas le fait du hasard dans la mesure où elle visait délibérément la population non-Hema de l’Ituri dans l’optique de faire main basse sur l’Ituri, une région riche en ressources naturelles.
D’aucuns n’ignorent que Bosco Ntaganda doit répondre de crimes contre l'Humanité et de crimes de guerre commis en 2002 et en 2003 en Ituri par les FPLC, dont il était le chef militaire. L’accusation de la procureure Fatou Bensouda à l’encontre du « Terminator des Grands Lacs » nécessite que l’on s’interroge sérieusement sur les raisons qui poussent à privilégier, dans ce cas précis, les crimes « ethniques » au détriment des crimes contre l’Humanité.

Une nouvelle infraction en droit pénal international ?

Crimes « ethniques » ? Est-ce une nouvelle infraction en droit pénal international ? Qu'est-ce qui les différencie de crimes contre l’Humanité ou crimes de génocide ? Ainsi s’est interrogé judicieusement, sur l’espace social Facebook, le journaliste Joël Asher Lévy.
En effet, pourquoi ne doit-on parler de crimes contre l’Humanité, ou crime de génocide, que lorsqu’il s'agit de certaines populations et utiliser le terme exclusif de « crimes ethniques » quand il est question des populations congolaises ? On a l’impression que l’on essaie de minimiser les crimes commis dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo pour renvoyer l’ascenseur à quelqu’un qui a tout simplement été mandaté de faire le sale boulot au profit des Etats régionaux, lesquels sont des représentants officieux des puissances économiques extracontinentales.
Ainsi est-il inhumain de vouloir utiliser le droit international pour confiner en crimes ethniques les actes qui relèvent normalement des crimes contre l’Humanité. Rien n’est plus injuste que lorsque la loi génère des injustices, ne cessait de clamer Cicéron.

Le crime contre l’Humanité

Tout le monde sait qu’un crime contre l’Humanité désigne une « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ». S’il n’existe pas pour les crimes contre l’Humanité de définition généralement admise, en dépit de la complexité quant aux crimes punis sur les plans international et national, on doit néanmoins respecter le principe juridique selon lequel les faits précèdent la loi.
Rappelons que le génocide des Tutsis a été officiellement reconnu, et à juste titre, du fait qu’il fut commis dans le cadre d’une guerre civile ayant opposé le gouvernement rwandais, constitué de Hutus, au Front patriotique rwandais (FPR), considéré par les autorités nationales d’être essentiellement « tusti ». D’ailleurs, l’accusation de la procureure Fatou Bensouda à l’encontre de Bosco Ntaganda repose sur le fait que les actes visant les non-Hema étaient délibérés.

Une tentative d’émigration forcée ou d’extermination

Il est évident que les différentes crises civiles et armées qui déstabilisent l’Est de la République Démocratique du Congo n’est pas du tout étranger aux aspects fonciers. Le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi essaient de s’approprier, par tous les moyens, les régions congolaises riches en ressources naturelles alors que les puissances économiques extracontinentales s’intéressent aux matières premières. Le processus de balkanisation ne peut être atteint que si lesdites contrées sont majoritairement peuplées de populations en provenance des pays aux velléités expansionnistes.
Ainsi faudra-il provoquer soit l’émigration forcée des populations autochtones, soit parvenir à leur extermination. Le fait que les populations congolaises sont tuées du simple fait d’être nées congolaises relève, qu’on le veule ou non, du génocide. Cette logique est à la base, aussi bien dans la région du Kivu que dans la province orientale, des violences sexuelles contre les femmes et les enfants, des violations systématiques des droits fondamentaux de la personne humaine, de la volonté de priver les Congolais d’origine détenant une citoyenneté étrangère de leur nationalité congolaise…

La partialité et la complicité des institutions internationales

Le fait de reconnaître officiellement le génocide congolais risque de mettre en branle toute une mécanique susceptible de clarifier les complicités locales, nationales, régionales, continentales et internationales relatives au génocide commis dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
A contrario, le fait de vouloir protéger les auteurs des crimes contre l’Humanité, de s’activer dans des institutions internationales pour réduire les actes génocidaires en banals « crimes ethniques » ne fait que confirmer la partialité de la Cour pénale internationale et la complicité des Nations Unies au détriment de la République Démocratique du Congo en particulier, et des peuples bantouphones en général.
En tout cas, le fait d’avoir été une victime ne doit pas donner le droit de devenir à son tour un bourreau. Cela ne doit en aucun cas octroyer le permis de violer, de piller, d’humilier et de tuer impunément.
Gaspard-Hubert Lonsi Koko

lundi 27 janvier 2014

La conjuration des expansionnistes et des pilleurs au détriment de la RD Congo

« Pour la Monusco[1], un plan de réintégration des soldats de l’ancienne rébellion en dehors de leurs communautés d’origine n’est pas viable », peut-on lire dans un article publié dans le site de l’Agence d’information (AI)[2] intituléLes arrière-pensées gouvernementales de la démobilisation du M23. Et les auteurs de l’article de préciser que « le M23 ne l’acceptera pas et les risques de nouvelles tensions ne sont pas à prendre à la légère ». Rappelons que les différentes tentatives du Rwanda de bloquer la publication, en raison des accusations de soutien au Mouvement du 23 Mars (M23), n’ont pas empêché la transmission du rapport des experts des Nations Unies sur la République Démocratique du Congo, le 23 janvier dernier, au Conseil de sécurité.

Le désarmement du M23

D’après l’Agence d’information, dont la seule raison d’être consiste à surveiller la première intervention offensive des Nations Unies sur le sol congolais, « le plan gouvernemental [congolais] de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des combattants de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), aile militaire du M23, suscite craintes et perplexités au sein de l’appareil onusien à Kinshasa ». Il paraîtrait que, aux dires d’un officiel de la Monusco lors d’une réunion en date du 21 janvier dernier présidée par le général Abdallah Wafi en présence de nombreux diplomates, « le plan DDR conçu par les autorités congolaises, et sur lequel les fonctionnaires de l’Agence nationale de renseignements (ANR) ont la haute main, ressemble davantage à un projet de déportation qu’à un processus de démobilisation ».
D’aucuns n’ignorent que, dans le passé, les accords ayant été conclus par le gouvernement congolais avec les différents groupes armés n’ont jamais abouti à la moindre résolution des conflits qui ne cessent de déstabiliser la région du Kivu. Au contraire, ils ont facilité le noyautage des institutions étatiques et servi de chantage à d’autres menaces de rébellion.
Personne n’ignore non plus que l’objectif des présidents rwandais et ougandais, en l’occurrence Paul Kagamé et Yoweri Kaguta Museveni, consiste à administrer de manière autonome le Nord-Kivu[3]. Après la débandade militaire de leurs poulains du M23, dans un premier temps, le Rwanda et l’Ouganda essaient d’obtenir par tous les moyens leur maintien dans le Kivu dans l’optique d’aboutir tacitement au fédéralisme.
La réussite de cette opération permettra d’exporter, dans un second temps, des populations burundaises, rwandaises et ougandaises dans la région tant convoitée, afin d’y organiser un référendum populaire en vue de l’autodétermination. Enfin, tout le monde a à l’esprit le calendrier relatif à la mainmise par les pays frontaliers, du point de vue foncier dans l’optique d’un démembrement d’une portion de la République Démocratique du Congo[4].

La connaissance de la vérité

On ne doit pas avoir la mémoire courte. Il semble bien que certaines personnes ont pris les armes, à l’Est de la République Démocratique du Congo, pour assurer la protection des leurs proches ethniquement parlant et défendre leurs intérêts au détriment de la Nation Congolaise. Ainsi ont-ils remis en cause l’insertion et l’intégration d’un bon nombre d’entre eux, qui se considèrent sincèrement comme des citoyens congolais, et mis en cause l’intégrité du territoire national. Face aux millions de morts et à la souffrance humaine, on ne doit pas s’amuser à se draper de la toge de l’avocat du diable. Sauf si on considère les actes ayant occasionné plus de 8 millions de morts et des violences sexuelles, sans compter les autres violations des droits fondamentaux de la personne humaine, comme des simples errements. Un banal détail de l’histoire, si l’on veut. On ne peut pas faire abstraction de la vérité, par rapport à ce qui se passe dans la région du Kivu, si l’on tient réellement à proposer des solutions salutaires.
« Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire », préconisait à juste titre Jean Jaurès, tout en conseillant d’avoir « une confiance inébranlable pour l’avenir ». « Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience », a-t-il précisé tout en rappelant néanmoins de ne pas être « d’une ignorance encyclopédique ». Il est une réalité : les minorités ethniques existent au Congo-Kinshasa. Raison pour laquelle on doit à tout prix sauvegarder leurs droits tout en leur rappelant leurs devoirs au regard de la Nation congolaise. Face à la dramatique situation en cours dans la région du Kivu, on doit plutôt avoir la capacité de se pencher sur les différentes causes des conflits et le courage de chercher les solutions les plus efficaces.

La problématique de la trahison

Comment la majorité peut-elle défendre et assurer les droits de la minorité, si celle-ci apparaît, d’une manière ou d’une autre, comme étant la source des problèmes ? Si cette minorité ne cesse d’agir en intelligence avec les ennemis de la Nation ? Par ailleurs, il est important de rappeler que la trahison n’est pas seulement le propre des immigrants. Les gouvernants congolais devront également être cohérents et sincères, dans leurs actions et engagements en faveur de la paix et de la cohésion nationale.
C’est une question de conscience et de patriotisme, d’autant plus que le nœud du problème n’est pas forcément ces « minorités » de la région du Kivu mais l’implication de quelques Congolais dans une entreprise de criminalisation des soi-disant enjeux politiques, des complicités locales dans la région du Kivu, ainsi que dans la haute hiérarchie militaire et dans la sphère politique à Kinshasa. Seule la conscience patriotique évitera l’instrumentalisation, par les uns et les autres, de la question ethnique.

Un pacte de non-trahison

S’il existe en République Démocratique du Congo des pactes de non-agression, par exemple entre Nilotiques et Soudanais dans la province orientale et dans la province de l’Équateur, pourquoi l’État congolais n’imposera-t-il pas un pacte de non-trahison avec ceux qui, dans la région du Kivu, sont venus d’ailleurs ?  Il suffit que les citoyens respectent les lois de la République, que l’État les respecte aussi et les fasse appliquer.
La question ne doit pas en principe se poser, s’agissant des rwandophones devenus sincèrement congolais (allusion aux 52 familles, par exemple). Il n’est pas non plus question de condamner ad vitam aeternam une ethnie à payer les errements de quelques-uns. Il est plutôt question de rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et de rappeler les droits ainsi que les devoirs de tous les citoyens au regard des lois de la République. Et le pacte de non-trahison constituera un élément fondamental pour l’éveil du patriotisme, pour la prospérité économique et l’épanouissement des populations congolaises, pour l’unité et la grandeur de la République Démocratique du Congo.

Les FARDC, une institution étatique

Pour faire échouer le plan machiavélique relatif à la balkanisation conçu par des puissances extracontinentales qui utilisent quelques pays limitrophes comme bras armés, le gouvernement congolais devra à tout prix éviter l’intégration des criminels à la solde des présidents Kagamé et Museveni dans certaines institutions et structures stratégiques, donc décisionnelles, de la République. Dans la même optique, l’armée nationale congolaise étant une institution étatique, tous les militaires congolais sont obligés d’accepter leur mutation dans l’ensemble du territoire national. Ainsi revient-il au gouvernement congolais de garantir la sécurité des éléments du M23, qui sont éligibles à la réintégration dans l’armée nationale congolaise, en contrepartie de leur bonne foi et de leur sincérité quant au fait de remplir leur mission en dehors de la région du Kivu. La fermeté gouvernementale devra donc s’imposer, s’agissant de leur relocalisation dans d’autres régions du pays.

Un voleur derrière chaque menteur ?

Nul n’ignore que le bourreau tue d’abord par les armes, ensuite par l’oubli. Le peuple congolais ne doit avoir en aucun cas la mémoire courte. Sachant très bien qu’un voleur se cache toujours derrière chaque menteur, Kinshasa doit privilégier le droit – à la fois sur les plan national, régional et international – pour permettre la stabilisation du territoire national.
Si l’État congolais ne se penche pas sérieusement sur les causes réelles des conflits civils et armés qui ne cessent d’hypothéquer l’appartenance commune à la Nation, même si la situation est presque stabilisée militairement, les problèmes risqueront de ressurgir quelques années plus tard. Tant qu’à faire, il vaut mieux agir sans complaisance, ni romantisme.
On doit surtout avoir à l’esprit la corrélation entre le droit et le rapport de force. Tant que le gouvernement congolais ne saura imposer le rapport de force, il aura du mal à faire triompher le droit. Ainsi Kinshasa devra-t-elle, sur la base d’un État de droit, reprendre la main à travers des mécanismes idoines.
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
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Notes
[1] La mission de l’organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo.
[2] Une structure qui œuvre en faveur des proches du président rwandais Paul Kagamé et fait du lobbying en vue de la balkanisation de la région du Kivu au profit du Rwanda, du Burundi et dans, une moindre mesure, de l’Ouganda.

lundi 25 novembre 2013

RD Congo, les véritables intentions des parrains du M23

Selon Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement congolais, la République Démocratique du Congo compte mener à bon terme le dialogue avec les ex-rebelles du M23[1], dans le cadre des pourparlers de Kampala. Ainsi Kinshasa souhaite-t-il que la signature, avec l’ancienne rébellion du M23, d’un document[2] – permettant de mettre un terme à dix-huit mois de conflit – ait lieu dans un délai raisonnable.
Le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni et son homologue rwandais Paul Kagamé
Néanmoins, le gouvernement congolais refuse de signer un accord de paix avec les protégés du Rwanda et de l’Ouganda. Il estime à juste titre que cela équivaudra à accorder un statut légitime à une force négative, qui plus est défaite par les armes. Cependant, une question se pose. Kinshasa signera ledit document avec quelle mouvance dès lors que Serge Kambasu Ngeve, membre du bureau politique du M23, a accepté la déclaration commune sur le modèle de ce que demande le gouvernement congolais – s’opposant de facto au refus de son président Bertrand Bisimwa ?
Les conclusions des pourparlers
Un document[3], lequel circule sur Internet, révèle les clauses finalisées dans la capitale ougandaise le 11 novembre 2013 par les parties concernées devant engager le gouvernement congolais et les rebelles du M23. Dans les points 6, 7 et 8 dudit document, l’accent est mis sur le retour et l’installation des réfugiés et des personnes déplacées internes, sur les biens spoliés, extorqués, volés, pillés et détruits, ainsi que sur la réconciliation nationale et la justice.
En quoi un mouvement défait militairement et ayant annoncé la fin de son existence en tant que structure armée peut-elle imposer sa volonté s’agissant des domaines ayant trait aux pouvoirs régaliens du gouvernement congolais ? Depuis quand le vaincu impose-t-il sa volonté au vainqueur ? À cette phase, les pourparlers de Kampala doivent respect le principe de droit international relatif à la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain. La défection du M23 n’oblige plus la République Démocratique du Congo à signer un quelconque accord avec des individus qui, s’ils sont réellement des citoyens congolais, sont passibles devant la justice pour avoir violé la Constitution du 18 février 2006. Peut-on conclure que la mauvaise foi et les intentions cachées obligent le Rwanda, l’Ouganda et la communauté internationale à traiter le M23 et le gouvernement congolais sur le même pied d’égalité ?
L’autodétermination à moyen terme
N’oublions pas que le Rwanda et l’Ougandais, très motivés par une incommensurable visée expansionniste, ont toujours soutenu des bandes armées dans l’espoir de faire main basse sur la partie orientale de la République Démocratique du Congo : plus précisément sur l’Ituri et la partie frontalière du Nord-Kivu. Après la débandade de leurs poulains sur les différents champs de bataille, Paul Kagamé et Yoweri Kaguta Museveni souhaitent donc obtenir diplomatiquement ce qu’ils n’ont pu imposer par la force[4]. Sachant qu’ils auront du mal à violer l’accord-cadre d’Addis-Abeba, dont ils sont signataires, ils veulent induire Kinshasa en erreur. En effet, les clauses 6, 7 et 8 du document que l’on souhaite faire signer au gouvernement congolais permettraient d’introduire en toute légalité des populations étrangères, et d’assurer leurs besoins matériels, dans le Nord-Kivu en vue d’un processus, ultérieurement, d’autodétermination. Telles sont les véritables intentions des parrains du M23.

Le respect de différents accords de non-agression
Ratifier un tel document, dont quelques clauses préconisent insidieusement une incertaine réconciliation, équivaudra à accepter l’accalmie à court terme, mais la balkanisation de la République Démocratique du Congo à moyen terme. Le gouvernement congolais a plutôt intérêt de dénoncer publiquement les intentions cachées du Rwanda et de l’Ouganda, à obtenir officiellement leur condamnation auprès de l’instance onusienne. L’objectif est de les obliger à respecter tous les accords de non-agressions dont ils sont signataires. Kinshasa devra surtout rappeler diplomatiquement aux gouvernements rwandais et ougandais le respect des clauses de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, quant à la non-assistance aux forces négatives.
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Copyright Agoravox

[1] Le Mouvement du 23 Mars (M23) est né d’une mutinerie, en avril 2012, d’anciens rebelles du Congrès national de libération du peuple (CNDP) qui avaient été réintégrés dans l’armée nationale congolaise. Il a annoncé le 5 novembre 2013, quelques heures après avoir été chassé des derniers bastions qu’il occupait dans la province du Nord-Kivu, qu’il renonçait définitivement à la lutte armée.
[2] Sans être un accord, ce document permettrait juridiquement de donner une force contraignante à la déclaration de renonciation à la rébellion faite par le M23 et de régler les questions liées au cantonnement, au désarmement, à la démobilisation et à la réinsertion sociale de ses ex-combattants.
[3] Lequel devrait être signé, en cas d’accord, par Raymond Tshibanda, le ministre congolais des Affaires étrangères, et René Abandi, chef de délégation du M23, ainsi que par deux témoins : à savoir Crispus Kiyonga, ministre ougandais des Affaires étrangères et facilitateur du Dialogue, et le professeur Ntumba Luaba, Secrétaire exécutif de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL).

vendredi 10 mai 2013

GASPARD-HUBERT LONSI KOKO : "MES AMIS DU GROUPE DCFD ET MOI-MÊME CONTINUONS A NOUS Y PREPARER SERIEUSEMENT"


En attendant la tenue du dialogue national

Initiée par le chef de l’Etat, la tenue du dialogue national républicain et inclusif peine à se concrétiser. Mais les Congolais, en l’occurrence de la diaspora, qui attendent beaucoup de ce forum, continuent de s’y préparer. C’est le cas notamment du groupe « Diaspora congolaise favorable au dialogue » (DCFD). Dans cette interview, son délégué et porte-parole, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, évoque le sujet et commente l’actualité politique du moment en RDC : le déploiement de la brigade d’intervention spéciale dans l’Est, la nomination de Mary Robinson comme envoyée spéciale des Nations unies pour la région des Grands Lacs et l’Accord-cadre signé le 24 février dernier à Addis-Abeba par onze pays africains.   
Le dialogue national républicain et inclusif promis par le président Joseph Kabila se fait attendre. Cela vous surprend-t-il ?

Il n’y a rien de surprenant. En effet, à partir du moment où une partie de l’opposition et quelques Congolais de la diaspora ont réagi favorablement à l’initiative présidentielle relative au dialogue républicain et inclusif, cela est devenu, pour les tenants du pouvoir à Kinshasa, une véritable équation à plusieurs inconnus. Ainsi sont-ils en train de chercher un schéma qui ne risque pas de remettre complètement en cause leurs acquis. Ce qui est sûr, mes amis du groupe DCFD et moi-même continuons à nous y préparer sérieusement.

Qu’attendez-vous de cette rencontre, si elle aura bel et bien lieu un jour ?

Contrairement aux compatriotes ayant à l’esprit le partage du pouvoir, les membres de notre structure poursuivent une démarche avant tout patriotique. Ils attendent de cette rencontre un travail de fond, au-delà des divergences, afin de doter la RD Congo des institutions solides et viables pouvant garantir des élections transparentes et crédibles, le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de la personne humaine, la sécurité et la paix, la cohésion nationale, ainsi que l’intangibilité de nos frontières nationales.

Qu’en est-il du cahier des charges déposé par votre groupe la « Diaspora congolaise favorable au dialogue » au bureau du président de l’Assemblée nationale,  Aubin Minaku ?

Nous avons introduit en bonne et due forme notre cahier des charges auprès des services du président de l’Assemblée nationale, en l’occurrence Aubin Minaku, et nous attendons la suite des événements. En tout cas, quelques-unes de nos propositions – notamment la tenue des assises à Kinshasa sous la direction des Congolais et l’observation de la communauté internationale, leur financement par le gouvernement congolais, la qualité et la compétence des participants… – semblent faire l’unanimité.

Que propose le groupe « DCFD » en prévision de ce dialogue ?

Au-delà des thématiques relatives à la réforme des institutions étatiques, à la sécurisation des biens et des personnes, ainsi qu’à la défense du territoire national (armée républicaine et aguerrie, police et gendarmerie performantes), les problématiques de la nationalité congolaise d’origine, des droits civils et politiques des Congolais de la diaspora, du contentieux foncier, du recensement de la population en vue de l’attribution d’une carte d’identité et de la constitution du fichier électoral, d’une commission « vérité et réconciliation » en vue de la prise de conscience occupent une place primordiale dans nos propositions. Nous insistons aussi sur la réconciliation, car il est antinomique de préconiser le dialogue national tout en maintenant en prison et en faisant arrêter quelques personnes du fait de leurs opinions.

Tous les Congolais, en l’occurrence de la diaspora, prétendent avoir leur place dans ce forum. Qu’en pensez-vous ?
Certes, tout citoyen congolais est de prime abord habilité à participer aux assises concernant le dialogue national. Néanmoins, il faudra des compétences sûres dans divers domaines pour trouver les voies et moyens pour la stabilité du territoire national, du développement économique et du bonheur du peuple congolais. Comme il n’est pas question d’une foire d’empoigne en vue d’une redistribution des cartes ou d’un partage des postes ministériels, les critères de sélection doivent donc se faire sur la base de la compétence, de l’expérience, de la notoriété morale et intellectuelle, d’une préparation politique certaine…

Pensez-vous qu’il soit possible de faire représenter à ces assises les Congolais de l’étranger, notamment ceux des pays de Schengen, par une structure unique ?
Le groupe DCFD
Personne n’ignore que l’unité des Congolais de l’étranger permettra un rapport de force à l’avantage des propositions ayant trait à leurs droits civils et politiques. Mais l’esprit partisan et l’animosité stérile entre quelques factions constituent un frein considérable à l’homogénéité. Ces raisons me poussent à miser sur la diversité de la diaspora dont la richesse et la dynamique, si elles sont judicieusement exploitées, peuvent aboutir aux résultats escomptés. Face à la réalité, nous devons nous montrer pragmatiques. Alors, faisons en sorte que, peu importe les différentes voies empruntées, nous nous retrouvions à la croisée des chemins pour mieux accorder nos violons.

Le fait de vivre hors des frontières nationales ne constitue-t-il pas un obstacle à la participation des Congolais de l’étranger à ce forum, comme le prétendent certains acteurs politiques ?
D’aucuns savent qu’un tel obstacle est dû à ceux qui tiennent absolument à écarter, par tous les moyens, la diaspora de la gestion de la chose publique. Ne dit-on pas que celui qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ?  Pourtant, la constitution du 18 février 2006 garantit – notamment dans ses articles 5, 6, 12, 50 et 66 – l’égalité de tous les Congolais indépendamment du lieu de résidence. Ces acteurs politiques  feraient mieux d’initier un travail de fond en vue de l’abrogation des lois injustes qui portent préjudice aux droits civils et politiques des Congolais de l’étranger. Au lieu d’essayer de monter une faction de la population contre une autre, ils doivent plutôt s’atteler à l’harmonisation des clauses inconstitutionnelles en vue de la cohésion nationale.

Etes-vous favorable à un gouvernement d’union nationale pour affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent actuellement en RDC ?
Notre participation au dialogue inclusif et républicain se rapporte à la mise en place des institutions démocratiques, à la sécurisation et à la pacification du territoire national. Si, à l’issue des assises nationales, les tenants du pouvoir éprouvent la nécessité d’un gouvernement d’union nationale – sous quelle forme et pour quelle finalité ? – ils le diront et nous réagirons en fonction du contexte politique et des pesanteurs institutionnelles.

Pensez-vous que le déploiement d’une brigade d’intervention spéciale dans l’Est de la RDC soit une solution à la situation sécuritaire qui y prévaut ?
L’envoi d’une brigade d’intervention dans la partie orientale est sans aucun doute, dans un pays où l’armée ne parvient guère à se déployer sur l’ensemble du territoire, une partie de la solution. Cette brigade sera-t-elle dissuasive ? L’avenir le dira. De toute évidence, la présence de la brigade onusienne ne doit nullement empêcher la RD Congo, pays souverain, de prendre quelques dispositions en matière de défense nationale.

Que vous inspire la nomination de Mary Robinson comme envoyée spéciale des Nations unies pour la région des Grands Lacs ? 
La nomination de Mary Robinson est conforme à l’accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix en RD Congo signé le 24 février 2013. Encore faut-il qu’elle puisse imposer la volonté des Nations Unies aux présidents Museveni et Kagamé, s’agissant des opérations offensives et ciblées contre les bandes armées, et faire respecter l’Accord-cadre à tous les contractants dans le cadre du mécanisme de suivi.

Alors,  que pensez-vous de cet Accord-cadre signé par onze pays africains ? 

L’accord-cadre pour la paix en République d’Addis-Abeba signé par les pays des Grands Lacs, de la SADC et de l’Afrique centrale – sous l’égide des Nations unies – est globalement satisfaisant dans la mesure où les contractants ont manifesté la volonté de s’atteler aux causes profondes du conflit et de mettre un terme aux cycles de violence récurrents. Néanmoins, quelques engagements de cet accord-cadre constituent une ingérence dans les affaires intérieures de la RD Congo tandis que d’autres méritent d’être clarifiés. Il me semble que seules les ressources frontalières doivent être partagées grâce à l’exploitation commune par des sociétés publiques d’économie mixte, et que l’on doit réaménager la CEPGL et non la relancer sans tenir compte des causes ayant contribué à la déstabilisation de la région. Par ailleurs, il ne revient pas à la communauté internationale de s’attribuer les compétences du Parlement national en imposant à un pays souverain la décentralisation et la promotion de la réforme structurelle des institutions étatiques.

La RDC ne souffre-t-elle pas d’une crise de légitimité ? 
Dès lors que le scrutin du 28 novembre 2011 avait été bâclé, on peut aisément confirmer la crise de légitimité politique qui fragilise les institutions étatiques, en RD Congo, et a de facto débouché sur la faillite de l’Etat. Celle-ci a encouragé le recours aux armes dans les régions abandonnées à elles-mêmes. Les Congolais doivent à tout prix se parler, dans un cadre inclusif et républicain, pour consolider la cohésion nationale et mieux faire face aux enjeux qui, si rien n’est entrepris comme cela se doit, risquent de balkaniser le pays.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant   en France

Source : Le Potentiel

lundi 22 avril 2013

Pour une décentralisation sans faille en RD Congo

Que reste-t-il au président Joseph Kabila pour asseoir son autorité en République Démocratique du Congo ? Telle est la question que pose Christophe Rigaud dans un article intitulé Katanga (RDC) : Quand l’État perd le contrôle, s’appuyant sur l’analyse de Marc-André Lagrange d’International Crisis Group (ICG), selon laquelle l’État central n’existe plus et les provinces, de plus en plus « indépendantes », gèrent les problèmes sécuritaires avec des partenaires extérieurs. 
Ainsi le gouverneur du Katanga et la mission des Nations unies au Congo (Monusco) ont-ils obtenu, en se substituant au gouvernement absent, la reddition des Maï-Maï Bakata Katanga de Lubumbashi. Il en est de même dans la crise au Nord-Kivu, où le président Kabila s’en remet à « des acteurs extérieurs », la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la brigade spéciale d’intervention des Nations unies, pour lutter contre les groupes rebelles. Pour l’ICG, après « sept ans de régime kabiliste, les capacités de gouvernance institutionnelle sont toujours très faibles » et que le pouvoir est « complètement dépendant de soutiens extérieurs et d’un système de gouvernance par substitution ».
La faiblesse de l’État central, a contrario l’indépendance des provinces, finira indéniablement par faire voler en éclats la République Démocratique du Congo. Que faudra-t-il entreprendre, à tout prix, pour éviter la balkanisation qui menace ce colosse aux pieds d’argile ? Au-delà de la mise en place d’une armée citoyenne et performante, ainsi que d’une gendarmerie et d’une police nationales bien formées, les autorités congolaises doivent se pencher sérieusement sur une décentralisation politique, administrative et économique sans faille.

La présence étatique sur l’ensemble du territoire national

La décentralisation a pour préoccupation majeure le management territorial, le partage des responsabilités politiques, économiques, sociales, culturelles, ainsi que la gestion du fardeau fiscal entre l’État et les collectivités publiques locales. Cela permet de mieux servir les citoyens, de garantir leur épanouissement individuel et leur essor collectif. À cet effet, la décentralisation représente la clé de l’efficacité de l’appareil administratif. Il est donc question, en République Démocratique du Congo, de matérialiser la présence de l’État là où vit quotidiennement le citoyen pour lui procurer protection et services publics adéquats. De plus, la cohésion nationale découle, entre autres, du rééquilibrage entre les territoires. Le gouvernement congolais ne pourra dynamiser et valoriser les provinces que par l’harmonisation, l’organisation, la complémentarité et la meilleure répartition des activités sur l’ensemble du pays.

Les compétences des collectivités territoriales

Pour l’intérêt des administrés, il est indispensable d’harmoniser les rapports entre le gouvernement central et les gouvernorats des provinces, en veillant à ce que chaque province dispose d’une ressource principale compatible avec la nature de ses compétences. Cela permettra, par exemple, de limiter les écarts de richesse entre les territoires par une péréquation forte. Raison pour laquelle, dans le cadre de la décentralisation politique et administrative, la loi devra créer des établissements publics spécifiques, dotés d’une personnalité morale propre, qui renforceront la capacité de l’État à offrir ses services à l’ensemble des citoyens. La finalité consistera à atteindre des objectifs de développement économique et de progrès social par le biais d’un partenariat avec l’État. Cet aspect technique nécessitera un « toilettage » de l’actuelle Constitution.

Les collectivités administratives

Il faudra impérativement agir sur le fonctionnement des collectivités administratives en apportant  des modifications quant à leurs compétences. Il faudra aussi procéder à un découpage harmonieux et avoir recours à un haut fonctionnaire pour mieux articuler la politique gouvernementale dans des entités décentralisées : c’est-à-dire entre les secteurs, les communes, les territoires, les districts et les provinces. Une meilleure articulation entre les différentes collectivités administratives est d’une importance capitale. Par souci de lisibilité, au lieu des 26 provinces, la République Démocratique du Congo devra être subdivisée en 8 grandes provinces. Le Bas-Congo et Kinshasa formeront ainsi une seule province, seule du Bas-Congo ou Kongo central. Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema deviendront la province du Kivu. La configuration finale sera celle-ci : Bas-Congo (ou Kongo central), Bandundu, Équateur, Haut-Congo, Kasaï-Oriental, Kasaï-Occidental, Kivu et Katanga.

La loi KML

L’adoption d’une loi KML – relative à l’organisation administrative des villes de Kinshasa, Mbuji-Mayi, Lubumbashi et des établissements publics de coopération intercommunale – s’impose. Cette loi devra fixer un statut administratif particulier qui sera applicable à ces trois villes les plus peuplées. La loi KML établira que la ville de Kinshasa, en tant que capitale de la République Démocratique du Congo, sera à la fois un territoire et un district. Les élus, qui siégeront au Conseil de la Ville, seront de facto en même temps conseillers de la Ville et conseillers de district. Les compétences du Président du Conseil seront limitées, du fait du statut particulier de Kinshasa, par les pouvoirs spécifiques dont disposera le haut-commissaire de police qui sera nommé par le ministre de l’Intérieur.

Les commissaires du gouvernement

Tout État soucieux de sa cohésion territoriale veille au maintien de l’ordre public et à la sécurité des personnes, ainsi que des biens. Au-delà de l’aspect sécuritaire, il permet l’exercice des droits et des libertés des citoyens, contrôle la légalité des actes des collectivités locales. Ainsi s’appuie-t-il sur un acteur de terrain pour mettre en œuvre et coordonner, à l’échelon local, les politiques du gouvernement en matière d’emploi, de cohésion sociale, d’aménagement du territoire, de développement économique, d’environnement...
Enfin, c’est donc un haut fonctionnaire qui est chargé de gérer et de répartir les dotations ainsi que les subventions de l’État à l’échelon local. Il faudra en effet introduire les commissaires du gouvernement dans le nouveau paysage administratif congolais. Ces derniers seront les représentants de l’État dans les provinces. Plus précisément, ils incarneront les rouages indispensables de la future administration nationale. Ils seront directement assistés dans leur tâche, par souci d’efficacité, par des administrateurs du territoire.

La IVe République

Selon certains observateurs, la Constitution du 18 février 2006 n’a pas été « le résultat d’un travail sur soi, des tractations internes d’un corps politique, gérant ses conflits, ses contradictions, parvenant à des compromis et à des “conventions collectives”. Elle a été adoptée ou produite à usage externe pour se faire reconnaître comme un État sur le plan international. Cette loi fondamentale […] ne s’intériorise ni par le savoir ni par la pratique. » En conséquence, cette Constitution confectionnée par l’extérieur et pour les seuls intérêts extérieurs n’est pas du tout à l’abri de quelques tripatouillages au détriment de la chose publique. Afin de pallier ces lacunes, il faudra approfondir la démocratie politique et consolider les prérogatives étatiques dans certains domaines.
Ainsi faudra-t-il instaurer la IVe République pour une réforme profonde. De plus, il est plus que jamais indispensable de conforter les acteurs sociaux, de permettre aux citoyens d’être écoutés et actifs, et de doter les élus du peuple d’un véritable statut. La Constitution étant la loi fondamentale qui régit les rapports entre les institutions, il faudra une réelle séparation des pouvoirs et un véritable pouvoir judiciaire dont les plus hauts magistrats ne seront plus nommés par le pouvoir politique, mais par un Haut Conseil des Professions Judiciaires (HCPJ) avec des « auditions » devant des commissions spécialisées du Parlement pour vérifier les qualifications aux fonctions.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

Documentation :

- Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique
- La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie

mardi 19 mars 2013

RD Congo, la victoire enfin au bout du canon ?

Jean-Marie Runiga[1] a été arrêté le dimanche 17 mars à Kigali[2], après avoir été délogé de son fief par la faction rivale du M23 sous les ordres du colonel rebelle Sultani Makenga. Quant au général rebelle Bosco Ntaganda[3], un proche du criminel Laurent Nkunda, il s’est réfugié le lundi 18 mars dans les locaux de l’ambassade américaine à Kigali où il a demandé à être transféré à La Haye pour y être jugé[4]. La neutralisation de Jean-Marie Runiga et de Bosco Ntaganda fait de Sultani Makenga, dont les troupes contrôlent désormais de la localité de Kibumba (à 30 km de Goma), le chef incontesté du M23 nouvelle version.
L'ex-général Bosco Ntaganda

Des fâcheux précédents

Le scénario auquel on est en train d’assister s’est déjà produit en 2009 lorsque Laurent Nkunda avait été arrêté à Kigali, après avoir été pourchassé par la faction dissidente du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dirigée par son chef d’État-major Bosco Ntaganda qui, de facto, était devenu l’allié de Kinshasa. Aujourd’hui, Laurent Nkunda vit paisiblement à Kigali qui refuse de l’extrader vers Kinshasa. D’autres criminels ayant tristement sévi au sein du CNDP – dont Jules Mutebusi – se sont réfugiés au Rwanda où ils circulent en toute liberté. Le même privilège sera-t-il réservé à Jean-Marie Runiga ? Sultani Makenga deviendra-t-il le nouveau cheval de Troie, à l’instar de son prédécesseur Bosco Ntaganda ?
En tout cas, près de 600 rebelles, censés être des Congolais, fuyant des combats dans l’Est de la République Démocratique du Congo ont trouvé refuge au Rwanda voisin depuis le vendredi 15 mars. D’aucuns pensent qu’il s’agit d’une opération menée à dessein, une simple diversion pour exfiltrer les militaires rwandais qui combattaient officieusement dans la région du Kivu.
Le président du M23 déchu de ses fonctions, Jean-Marie Runiga
« Quand on ne sait pas où l’on va, on n’oublie pas d’où l’on vient », dit à juste titre un proverbe congolais. La fuite systématique des éléments du CNDP et du M23, vers le Rwanda, confirme ce que toutes les institutions régionales et internationales n’ont cessé d’annoncer : c’est-à-dire que tous ces mercenaires sont des pantins manipulés par le président rwandais Paul Kagame. Une seule possibilité s’offre donc à Kigali. Il doit extrader vers Kinshasa tous les criminels recherchés par le gouvernement congolais.

Du CNDP au M23

Les éléments du M23 sont issus du CNDP de Laurent Nkunda, une ancienne rébellion qui avait été montée de toutes pièces par les Tutsis avec la bénédiction de Kigali dans l’optique de déstabiliser la région du Kivu et d’infiltrer les institutions étatiques. Ces mutins – qui ont été intégrés, après la mascarade de l’arrestation de Laurent Nkunda à Kigali, dans l’armée nationale congolaise depuis le 23 mars 2009 – s’opposent aux Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), depuis mai 2012, dans le Nord-Kivu frontalier du Rwanda et de l’Ouganda.
D’abord sous la direction de l’ex-colonel Sultani Makenga, puis de Bertrand Bisimwa qui a succédé à Jean-Marie Runiga, ils reprochent au président congolais, Joseph Kabila, ne pas avoir tenu ses promesses. Ainsi réclament-ils, plus précisément, l’application de l’accord signé le 23 mars 2009 ayant trait au retour des réfugiés congolais basés au Rwanda, à une bonne démocratie et à la confirmation des grades des éléments du CNDP intégrés dans l’armée nationale congolaise.
L’ancien président du CNDP, Laurent Nkunda

Et après ?

Le rapport des forces est en train de changer dans la région du Kivu. Assiste-t-on à la réunification du M23 et son enracinement dans le vaste fief sous l’occupation des troupes de Sultani Makenga ? Cet avantage acquis sur le terrain poussera-t-il le nouvel homme fort du M23 à imposer sa volonté à Kinshasa, en obligeant le gouvernement congolais à signer un accord dans le prolongement des pourparlers de Kampala, au risque de s’installer pour très longtemps dans la partie conquise ? On n’est pas loin de penser qu’avec l’avènement de Sultani Makenga, si l’on n’intervient pas très vite militairement, on cautionnera soit la matérialisation de la balkanisation de la République Démocratique du Congo, soit la consolidation de l’infiltration des institutions étatiques par des éléments venus d’ailleurs.

L'ex-colonel Sultani Makenga
En tout cas, en ayant chassé Bosco Ntaganda et Jean-Marie Runiga de la région du Kivu, Sultani Makenga est tombé dans le piège mortel tendu par la communauté internationale. En effet, il a inconsciemment fait le sale boulot à la place des forces onusiennes et des FARDC. Dans pareille circonstance, Kinshasa n’a aucun intérêt à renouveler une expérience qui lui a déjà été fatale. Plutôt que de sombrer dans les erreurs du passé en composant avec la nouvelle version du M23, les autorités congolaises doivent doter les FARDC de moyens conséquents afin de mener une offensive foudroyante contre ces mutins, plus que jamais isolés, dont les parrains sont désormais liés par l’accord-cadre d’Addis-Abeba. Ainsi le gouvernement congolais doit-il façonner l’argile pendant qu’elle est encore humide. Sinon, le peuple congolais martyrisé ne comprendra pas que la victoire finale, qui plus est au bout du canon, lui échappe une fois de plus.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress


Notes :
[1] Président politique du M23, Jean-Marie Runiga a été démis de ses fonctions soi-disant pour avoir volé des fonds et soutenu une faction loyale à Bosco Ntaganda. Il est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour le meurtre de civils lors d’un précédent soulèvement.
[2] Une soixantaine d’hommes de troupes ont été publiquement désarmés avant d’être acheminés dans des camps militaires rwandais, entre autres à Kibumba. Cette débandade a été précédée des affrontements très violents, où les hommes de Bosco Ntaganda ont perdu 150 hommes et ceux de Makenga une cinquantaine. Quant aux officiers – les colonels Baudouin Ngaruye, Rwagati, Badege, Muhirwe, Karagwa, Nyabirungu – ayant accompagné Jean-Marie Runiga dans sa fuite, ils ont été accueillis par leurs homologues rwandais avant d’êtré acheminés à Gisenyi par l’armée rwandaise.
[3] Soupçonné par le gouvernement congolais d’être à la tête du mouvement rebelle M23, Bosco Ntaganda, surnommé « Terminator », fait l’objet depuis 2006 de deux mandats d’arrêts de la CPI pour des crimes contre l’Humanité et des crimes de guerre : notamment l’enrôlement d’enfants soldats et des viols, commis dans les régions de l’Ituri et du Kivu au début des années 2000.
[4] Washington a pris contact avec la CPI et avec le gouvernement rwandais pour faciliter cette demande, a précisé Victoria Nuland, porte-parole du Département d’État.