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mercredi 6 novembre 2013

RD Congo : Une victoire militaire à confirmer diplomatiquement

Par la voix de Lambert Mende, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, le pouvoir en place à Kinshasa a annoncé que « les derniers résidus du M23 [venaient] d’abandonner leurs retranchements de Chanzu et Runyonyi sous la pression des [FARDC] ». Une « victoire totale de la République Démocratique du Congo », aux dires de Lambert Mende, confirmée par le lieutenant-colonel Olivier Hamuli, porte-parole de l’armée nationale congolaise pour la province du Nord-Kivu. Des éléments de la brigade d’intervention de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco) se sont joints aux forces gouvernementales pour neutraliser les positions rebelles, après la mort de six civils tués par des chutes d’obus sur la vielle de Bunagana. Le chef militaire des rebelles, Sultani Makenga, aurait fui vers le Rwanda où de nombreux rebelles ont également trouvé refuge, ainsi qu’en Ouganda.
Soutenues logistiquement par les casques bleus de la Monusco, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont repris depuis le 25 octobre 2013, au terme d’une offensive foudroyante, la totalité du territoire qu’occupaient les éléments du M23 pendant dix-huit mois. En quatre jours, les villes de Kibumba, de Kiwanja, de Rutshuru et de Rumangabo, les bastions de la rébellion, ont été récupérées par l’armée gouvernementale. La victoire des FARDC sur les poulains du Rwanda et de l’Ouganda, comme a claironné Lambert Mende ? Pas si évident. 

La cessation des combats et la dissolution du M23

Le président des rebelles du M23, Bertrand Bisimwa, a ordonné le 3 novembre dernier à tous ses combattants de cesser dans l’immédiat les hostilités avec l’armée congolaise, laquelle avait pris sérieusement le dessus sur les champs de bataille. En référence aux négociations en cours à Kampala, il a prétendu agir de la sorte « pour permettre la poursuite du processus politique». Après la débandade d’au moins 300 rebelles qui se sont retranchés sur les collines de Mbuzi, de Chanzu et de Runyonyi – à environ 80 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu –, Bertrand Bisimwa a dans la foulée publié une déclaration de « fin de rébellion » en annonçant l’intention du M23 de « poursuivre, par des moyens purement politiques, la recherche des solutions aux causes profondes qui ont présidé à sa création ». Ainsi a-t-il appelé le chef d’état-major et les commandants des grandes unités du M23 de « préparer les hommes des troupes au processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion sociale dont les modalités [seraient] à convenir avec le gouvernement [congolais] ».

Le respect de la souveraineté territoriale congolaise

Très curieusement, un appel aux rebelles congolais du M23 a été lancé le 5 novembre à Pretoria par les pays africains voisins de la République Démocratique du Congo pour qu’ils renoncent à la rébellion afin de permettre la signature rapide d’un accord de paix. Pourquoi une telle précipitation, sachant que lesdits Etats se sont toujours montrés moins pressés quand le M23 avait, sur le terrain, l’avantage sur l’armée loyaliste ? Veut-on à tout prix façonner l’argile pendant qu’elle est encore humide, dans l’optique d’amnistier les rebelles et de les réintroduire dans les institutions étatiques pour mieux finaliser la politique d’infiltration ? Espère-t-on en réalité obtenir diplomatiquement ce qui vient d’être perdu par les armes ?
On ne peut agir cyniquement, comme si rien de dramatique ne s’est passé dans le Nord-Kivu. Il est inhumain de passer par pertes et profits les 10 millions de morts congolais. On ne peut pas continuer à cautionner l’impunité en faveur des groupes rebelles. Agir de la sorte consiste à fermer les yeux sur les crimes de guerre et crimes contre l’Humanité commis en République Démocratique du Congo. Le problème n’est pas tant d’accepter « publiquement » l’annonce du démantèlement de la rébellion pour permettre la signature d’un « accord final », mais de faire respecter la souveraineté territoriale congolaise par le Rwanda et l’Ouganda. Quelques préalables doivent être absolument respectés.

Les conditions en vue d’une paix durable

En tout cas, un « accord formel » ne vaudra rien tant qu’aucune garantie ne sera apportée par le Rwanda et l’Ouganda quant au respect de différents accords de non-agression et à la non-assistance aux forces négatives. Trois facteurs sont décisifs en vue de l’entente cordiale dans la région des Grands Lacs.
Primo, seule la condamnation officielle des parrains du M23 garantira la souveraineté de la République Démocratique du Congo. Secundo, tant qu’aucun mécanisme de suivi des accords déjà ratifiés n’est habilité à sanctionner les signataires fautifs, d’autres rébellions risquent de voir le jour non pas forcément dans la région du Nord-Kivu, où les forces onusiennes sont présentes, mais dans d’autres provinces comme le Katanga. Tertio, il est impossible d’envisager le réaménagement de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) tant que les peuples rwandais, burundais et congolais ne se réconcilieront pas. Cela ne sera pas envisageable tant que la République Démocratique du Congo n’aura ni fait son deuil, ni réformé totalement son système défensif.
Face aux rebelles du M23, le gouvernement congolais doit désormais se comporter en vainqueur. Sa magnanimité, s’il en faut, ne doit en rien hypothéquer l’avenir d’un peuple qui, depuis 1997, n’a cessé de vivre un calvaire. Kinshasa doit donc imposer sa volonté aux vaincus, et mettre le Rwanda et l’Ouganda dans l’obligation de ne plus s’ingérer dans ses affaires intérieures. Telles sont les conditions sine que non en vue d’une paix durable dans la région des Grands Lacs africains. De toute évidence, au risque de retourner à la case départ, la victoire militaire des FARDC doit être confirmée par le gouvernement congolais sur le plan diplomatique.
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Copyright Jolpress

mardi 9 avril 2013

La RD Congo face au macabre tango des Grands lacs

Les pourparlers censés mettre fin aux affrontements armés dans l’Est de la République Démocratique du Congo, entre les forces gouvernementales et les rebelles du M23, ont repris le lundi dernier sur les rives du lac Victoria dans la capitale ougandaise. Pour le ministre ougandais de la Défense, le médiateur Crispus Kiyonga, même si le Conseil de sécurité des Nations Unies a approuvé la mise sur pied d’une brigade d’intervention, les rebelles du M23 sont toujours engagés aux pourparlers. Ainsi a-t-il défendu la nécessité d’un processus politique pour résoudre la crise congolaise.

Quid de l’accord-cadre d’Addis-Abeba ?

Dès lors que la mission de la brigade d’intervention de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco) consiste à traquer et à mettre hors d’état de nuire les forces négatives dans la région du Kivu, conformément à la résolution 2089[1], on ne peut que judicieusement s’interroger sur la nécessité de la poursuite des pourparlers de Kampala. Les parrains du M23 étant signataires de l’accord-cadre d’Addis-Abeba[2], ils ne peuvent que respecter la souveraineté de leur voisin. De plus, ledit accord-cadre a mis de facto un terme à la médiation menée par le président ougandais Yoweri Museveni. En conséquence, au vu des arguments évoqués supra et dans l’attente de la nomination d’un Haut représentant des Nations Unies, il revient désormais au secrétaire général des Nations Unies et à la présidente de l’Union africaine d’impulser, en concertation avec le gouvernement congolais, toute initiative politique relative à la stabilisation de la région du Kivu.

Un pas en avant, deux pas en arrière

La supranationalité ne concerne-t-elle que, en réalité, la seule République Démocratique du Congo ? À peine mis en place, mais déjà violé, l’accord-cadre d’Addis-Abeba a fait long feu. Triste constat ! La poursuite des pourparlers de Yoweri Museveni s’apparente en effet à un tango des Grands lacs car le pas fait en avant, grâce aux engagements pris le 24 février 2013 dans la capitale éthiopienne, est tout de suite suivi de deux autres pas en arrière à cause de la reprise des pourparlers de Kampala ainsi que de l’envoi par l’Ouganda et le Rwanda des éléments armés en soutien aux affreux hommes de Sultani Makenga[3]. D’aucuns voient, à travers cette menace, la volonté manifeste de Yoweri Museveni et Paul Kagamé d’imposer leur dernière volonté à Joseph Kabila, pour miner davantage le terrain avant l’implantation de la brigade d’intervention sur le terrain.
Comment la diplomatie congolaise peut-elle cautionner, au moment où le rapport de force lui est enfin favorable, une telle mascarade qui consiste à se tenir par la barbichette et à donner une tapette au premier qui rira ? Comment la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, peut-elle rester indifférente à une attitude qui risque de fragiliser encore plus la souveraineté nationale ? Il va donc falloir obtenir la nomination dans l’urgence d’un Haut représentant des Nations Unis et doter le mécanisme de suivi régional d’un outil en mesure de sanctionner tout manquement. Dans le cas contraire, le tango des Grands lacs se transformera en un ballet macabre qui – sur la base des violences sexuelles, du pillage et d’expropriations – s’exécutera sur les corps meurtris et la déshumanisation des Congolais.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

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Notes :
[1] Adoptée à l’unanimité, sous la présidence russe, le 28 mars dernier.
[2] Signé le 24 février 2013, sous l’égide des Nations Unies, par les pays des Grands Lacs, de la SADC et de l’Afrique centrale.
[3] En effet, des soldats rwandais et ougandais, contrairement au processus politique évoqué par le ministre rwandais de la Défense pour justifier la poursuite des pourparlers de Kampala, auraient traversé de nouveau la frontière congolaise. Cette incursion a été constatée dans le territoire de Rutshuru par la société civile du Nond-Kivu.

mercredi 3 avril 2013

RD Congo, la carotte et le bâton

Le 28 mars dernier, sous la présidence russe, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la résolution 2098, requalifiant de facto le mandat des forces onusiennes et autorisant le déploiement de la brigade d’intervention[1] dans l’est de la République Démocratique du Congo. Et, paradoxalement, la Russie[2] a demandé à la République Démocratique du Congo, par la voie de son ambassadeur accrédité à Kinshasa, de ne pas toujours compter sur la communauté internationale.

Anatoly Klimenko, ambassadeur de Russie à Kinshasa.

Réoccuper les territoires occupés

En effet, Anatoly Klimenko a affirmé lors d’un point de presse organisé le 2 avril à Kinshasa que « le gouvernement du Congo, de concert avec ses partenaires, [devrait] fructifier ce temps [de la présence de la Brigade, ndlr] pour bien renforcer ses forces de sécurité, son armée, afin d’être capable de résoudre ses problèmes, tout seul, sans l’assistance […] de la communauté internationale ». D’autant plus que, a-t-il poursuivi, cette brigade pourrait stabiliser la situation sur le terrain et permettre la présence étatique sur toute l’étendue du territoire national.
Le rapport des forces ont complètement évolué, dans la région du Kivu, à l’avantage du gouvernement congolais. En effet, le M23 étant fragilisé à la suite de son implosion, son déracinement du vaste fief actuellement occupé par ses troupes n’est plus une mission impossible. L’avantage acquis sur le terrain par la faction fidèle à Sultani Makenga au détriment de celle de Jean-Marie Runiga ne pourra que difficilement imposer sa volonté à Kinshasa, dans l’optique d’obliger le gouvernement congolais à signer un accord dans le prolongement des pourparlers de Kampala. De plus, Kigali étant désormais lié par les engagements de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, la brigade d’intervention, qui dispose d’une mission offensive et ciblée, mènera une action foudroyante contre une énième tentative armée dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo. Sans conteste, la diplomatie congolaise dispose maintenant de tous les atouts pour mener à bien la politique de la carotte et du bâton.

Faire d’une pierre deux coups

Avec un brin de diplomatie, le plénipotentiaire russe n’a fait que suggérer aux autorités congolaises de façonner l’argile pendant qu’elle est humide. Ainsi doivent-elles profiter de cette opportunité pour réoccuper de gré ou de force, sans aucune contrepartie, les territoires qui sont encore occupés par les bandes armées. De plus, en cas de résistance armée de la part des occupants illégaux, la brigande d’intervention agira seule ou aux cotés des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC).
Après tout, l’heure n’étant plus à une solution politique et aux négociations, il faut bien justifier le bien-fondé et le caractère offensif d’une telle unité de combat. Cela permettra également de faire d’une pierre deux coups, en entraînant dans des conditions réelles les membres de la future force de réaction rapide qui sera créée au sein de l’armée congolaise, conformément à la résolution 2089, pour remplacer la brigade onusienne lorsque celle-ci aura achevé sa tâche.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

À lire aussi :

- Une brigade d’intervention pour la RD Congo
- RD Congo, la victoire enfin au bout du canon ?
Notes :
[1] Cette brigade est créée pour une période initiale d’un an. Elle sera basée à Goma et reste sous l’autorité du commandant en chef de la Mission des Nations unis pour la stabilité de la République Démocratique du Congo (Monusco).
[2] La Russie a occupé la présidence tournante au mois de mars dernier. Son ambassadeur auprès des Nations Unies, Vitaly Tchourkine, a cédé sa place au Rwandais, Eugène-Richard Gasana, dont le pays est accusé par les institutions internationales de soutenir les rebelles dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo (cf. annexe du rapport onusien).

mardi 19 mars 2013

RD Congo, la victoire enfin au bout du canon ?

Jean-Marie Runiga[1] a été arrêté le dimanche 17 mars à Kigali[2], après avoir été délogé de son fief par la faction rivale du M23 sous les ordres du colonel rebelle Sultani Makenga. Quant au général rebelle Bosco Ntaganda[3], un proche du criminel Laurent Nkunda, il s’est réfugié le lundi 18 mars dans les locaux de l’ambassade américaine à Kigali où il a demandé à être transféré à La Haye pour y être jugé[4]. La neutralisation de Jean-Marie Runiga et de Bosco Ntaganda fait de Sultani Makenga, dont les troupes contrôlent désormais de la localité de Kibumba (à 30 km de Goma), le chef incontesté du M23 nouvelle version.
L'ex-général Bosco Ntaganda

Des fâcheux précédents

Le scénario auquel on est en train d’assister s’est déjà produit en 2009 lorsque Laurent Nkunda avait été arrêté à Kigali, après avoir été pourchassé par la faction dissidente du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dirigée par son chef d’État-major Bosco Ntaganda qui, de facto, était devenu l’allié de Kinshasa. Aujourd’hui, Laurent Nkunda vit paisiblement à Kigali qui refuse de l’extrader vers Kinshasa. D’autres criminels ayant tristement sévi au sein du CNDP – dont Jules Mutebusi – se sont réfugiés au Rwanda où ils circulent en toute liberté. Le même privilège sera-t-il réservé à Jean-Marie Runiga ? Sultani Makenga deviendra-t-il le nouveau cheval de Troie, à l’instar de son prédécesseur Bosco Ntaganda ?
En tout cas, près de 600 rebelles, censés être des Congolais, fuyant des combats dans l’Est de la République Démocratique du Congo ont trouvé refuge au Rwanda voisin depuis le vendredi 15 mars. D’aucuns pensent qu’il s’agit d’une opération menée à dessein, une simple diversion pour exfiltrer les militaires rwandais qui combattaient officieusement dans la région du Kivu.
Le président du M23 déchu de ses fonctions, Jean-Marie Runiga
« Quand on ne sait pas où l’on va, on n’oublie pas d’où l’on vient », dit à juste titre un proverbe congolais. La fuite systématique des éléments du CNDP et du M23, vers le Rwanda, confirme ce que toutes les institutions régionales et internationales n’ont cessé d’annoncer : c’est-à-dire que tous ces mercenaires sont des pantins manipulés par le président rwandais Paul Kagame. Une seule possibilité s’offre donc à Kigali. Il doit extrader vers Kinshasa tous les criminels recherchés par le gouvernement congolais.

Du CNDP au M23

Les éléments du M23 sont issus du CNDP de Laurent Nkunda, une ancienne rébellion qui avait été montée de toutes pièces par les Tutsis avec la bénédiction de Kigali dans l’optique de déstabiliser la région du Kivu et d’infiltrer les institutions étatiques. Ces mutins – qui ont été intégrés, après la mascarade de l’arrestation de Laurent Nkunda à Kigali, dans l’armée nationale congolaise depuis le 23 mars 2009 – s’opposent aux Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), depuis mai 2012, dans le Nord-Kivu frontalier du Rwanda et de l’Ouganda.
D’abord sous la direction de l’ex-colonel Sultani Makenga, puis de Bertrand Bisimwa qui a succédé à Jean-Marie Runiga, ils reprochent au président congolais, Joseph Kabila, ne pas avoir tenu ses promesses. Ainsi réclament-ils, plus précisément, l’application de l’accord signé le 23 mars 2009 ayant trait au retour des réfugiés congolais basés au Rwanda, à une bonne démocratie et à la confirmation des grades des éléments du CNDP intégrés dans l’armée nationale congolaise.
L’ancien président du CNDP, Laurent Nkunda

Et après ?

Le rapport des forces est en train de changer dans la région du Kivu. Assiste-t-on à la réunification du M23 et son enracinement dans le vaste fief sous l’occupation des troupes de Sultani Makenga ? Cet avantage acquis sur le terrain poussera-t-il le nouvel homme fort du M23 à imposer sa volonté à Kinshasa, en obligeant le gouvernement congolais à signer un accord dans le prolongement des pourparlers de Kampala, au risque de s’installer pour très longtemps dans la partie conquise ? On n’est pas loin de penser qu’avec l’avènement de Sultani Makenga, si l’on n’intervient pas très vite militairement, on cautionnera soit la matérialisation de la balkanisation de la République Démocratique du Congo, soit la consolidation de l’infiltration des institutions étatiques par des éléments venus d’ailleurs.

L'ex-colonel Sultani Makenga
En tout cas, en ayant chassé Bosco Ntaganda et Jean-Marie Runiga de la région du Kivu, Sultani Makenga est tombé dans le piège mortel tendu par la communauté internationale. En effet, il a inconsciemment fait le sale boulot à la place des forces onusiennes et des FARDC. Dans pareille circonstance, Kinshasa n’a aucun intérêt à renouveler une expérience qui lui a déjà été fatale. Plutôt que de sombrer dans les erreurs du passé en composant avec la nouvelle version du M23, les autorités congolaises doivent doter les FARDC de moyens conséquents afin de mener une offensive foudroyante contre ces mutins, plus que jamais isolés, dont les parrains sont désormais liés par l’accord-cadre d’Addis-Abeba. Ainsi le gouvernement congolais doit-il façonner l’argile pendant qu’elle est encore humide. Sinon, le peuple congolais martyrisé ne comprendra pas que la victoire finale, qui plus est au bout du canon, lui échappe une fois de plus.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress


Notes :
[1] Président politique du M23, Jean-Marie Runiga a été démis de ses fonctions soi-disant pour avoir volé des fonds et soutenu une faction loyale à Bosco Ntaganda. Il est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour le meurtre de civils lors d’un précédent soulèvement.
[2] Une soixantaine d’hommes de troupes ont été publiquement désarmés avant d’être acheminés dans des camps militaires rwandais, entre autres à Kibumba. Cette débandade a été précédée des affrontements très violents, où les hommes de Bosco Ntaganda ont perdu 150 hommes et ceux de Makenga une cinquantaine. Quant aux officiers – les colonels Baudouin Ngaruye, Rwagati, Badege, Muhirwe, Karagwa, Nyabirungu – ayant accompagné Jean-Marie Runiga dans sa fuite, ils ont été accueillis par leurs homologues rwandais avant d’êtré acheminés à Gisenyi par l’armée rwandaise.
[3] Soupçonné par le gouvernement congolais d’être à la tête du mouvement rebelle M23, Bosco Ntaganda, surnommé « Terminator », fait l’objet depuis 2006 de deux mandats d’arrêts de la CPI pour des crimes contre l’Humanité et des crimes de guerre : notamment l’enrôlement d’enfants soldats et des viols, commis dans les régions de l’Ituri et du Kivu au début des années 2000.
[4] Washington a pris contact avec la CPI et avec le gouvernement rwandais pour faciliter cette demande, a précisé Victoria Nuland, porte-parole du Département d’État.

mercredi 9 janvier 2013

Que cache le cessez-le-feu en RDC, décrété unilatéralement par le M23 ?

Les rebelles congolais du M23 ont décrété le mardi 8 janvier un cessez-le-feu unilatéral au Nord-Kivu, dans l’est de la République Démocratique du Congo. « Nous sommes pour la paix [...] aujourd’hui, nous déclarons que nous sommes en état de cessez-le-feu », a précisé François Rucogoza, le secrétaire exécutif du M23 lors d’une conférence de presse à Kampala, tout en ajoutant que son mouvement était prêt à poursuivre « les négociations même en cas de refus du gouvernement de signer un accord de cessez-le-feu ». Pourquoi une telle décision, alors que le gouvernement congolais a toujours refusé de souscrire à la demande du M23, relative au cessez-le-feu, en guise de préalable à toute reprise des négociations ?

L’annonce du M23 suscite, dans les milieux politiques et diplomatiques, deux interprétations. Soit il est bel et bien question d’un aveu de faiblesse des affidés du Rwanda et de l’Ouganda. Soit le gouvernement congolais a fait des concessions à leurs revendications.

Aveu de faiblesse du M23

La prise de Goma par le M23 a représenté un camouflet infligé à la communauté internationale dont les membres de son bras armé, en l’occurrence la Monusco, ont carrément été qualifiés de touristes militaires par Yoweri Museveni, le président ougandais qui se prend pour le Bismarck des Grands lacs. Jean-Marie Runiga, François Rucogoza et consorts sont vraisemblablement acculés dos au mur à cause des mises en garde des puissances extracontinentales et des institutions internationales à l’encontre de leurs parrains rwandais et ougandais, de la condamnation par les ministres des Affaires étrangères de l’Union africaine de leur initiative dans le Nord-Kivu ainsi que des menaces judiciaires qui pèseraient sur eux. Très mauvaises nouvelles pour les dirigeants du M23, au moment où le Conseil de sécurité des Nations Unies s’apprête à préconiser l’usage des drones de surveillance dans l’Est de la RD Congo, l’institution africaine compte accélérer le déploiement de la Force Internationale Neutre en synergie avec la Monusco.

Le coup de poker du M23

Pour sortir du piège qui lui est tendu, le M23 tente de mettre le gouvernement congolais et la communauté internationale devant le fait accompli. Ainsi compte-t-il démonter, à travers ce coup de poker, sa capacité à décider de la suite de la guerre au Nord-Kivu. Cela aura pour conséquence d’administrer de manière autonome le territoire qu’ils occupent. De ce fait, le M23 obtiendra tacitement le fédéralisme tant voulu par ses parents rwandais et ougandais dans l’optique, dans un second temps, de l’organisation d’un référendum populaire en vue de l’autodétermination de la partie occupée. La mission consistant à balkaniser la RD Congo sera enfin accomplie. Comment comptent réagir les autorités de Kinshasa, par rapport au revirement à cent quatre-vingt-dix degrés, du M23, ? Par des promesses relatives à l’intégration de ces criminels dans certaines institutions et structures stratégiques, donc décisionnelles, de la République ?

Fermeté de Kinshasa

Dans le passé, les accords conclus par le gouvernement congolais avec les différents groupes armés n’ont jamais abouti à la moindre résolution des conflits qui déstabilisent la région du Kivu. Au contraire, ils ont facilité le noyautage des institutions étatiques et servi de chantage à d’autres menaces de rébellion. Nul n’ignore que le bourreau tue d’abord par les armes, ensuite par l’oubli. Le gouvernement congolais ne doit avoir en aucun cas la mémoire courte. Sachant très bien qu’un voleur se cache toujours derrière chaque menteur, Kinshasa doit privilégier le droit, aussi bien sur le plan national qu’international, pour permettre la stabilisation du territoire national. La fermeté s’impose donc, car l’on doit façonner l’argile pendant qu’elle est encore humide.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

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- Le devenir de la RDC, de Kampala à Kinshasa ;
- Rencontre de Kampala sur la RDC : négociations ou mise au point ? ;
- Sommet de Kampala au sujet de la RDC: de qui se moque-t-on ?

mercredi 27 juin 2012

Gaspard-Hubert Lonsi Koko chez Eugénie Diecky


Gaspard-Hubert Lonsi Koko, porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC), a été le jeudi 28 juin 2012 l’Invité de 8 h 20 dans la "Grande Matinale" d’Eugénie Diecky sur la Radio Africa n° 1. Ainsi avait-il réagi sur la dramatique situation en cours dans l'Est de la République Démocratique du Congo, plus précisément dans la région du Kivu.
Pour écouter l'émission, prière de de cliquer sur le lien ci-contre : http://africa1.com/IMG/mp3/invite_du_jour_-_28_06_12_g.h.lonsikoko_pdt_union_cogo_rdv_vs_rwanda_pad.mp3.