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jeudi 7 août 2014

CEPGL : les larmes des crocodiles


Dans un article publié par Radio Okapi, intitulé CEPGL : les pays membres veulent améliorer la circulation des personnes et des biens, l’accent est mis sur l’harmonisation des relations étatiques dans l’espace géographique englobant le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo. En tout cas, tel fut l’ordre du jour de la réunion, qui était ouverte le mercredi 6 août 2014 à Bujumbura au Burundi dans le cadre de la Communauté économique des pays des Grands lacs (CEPGL)[1]. A cette occasion, le Rwanda a accusé son voisin congolais d’entraver la libre-circulation dans la région. Cette accusation a été rejetée en bloc par les experts de la République Démocratique du Congo.

Les tumultueuses relations entre les partenaires

Au regard de la proximité géographique entre la région du Kivu, dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda, on ne peut que comprendre la nécessité de la circulation des biens et des personnes dans cette partie du continent africain. De plus, les relations commerciales entre les différentes populations régionales constituent l’argument majeur qui a toujours plaidé en faveur de l’union douanière que représente la CEPGL. Ne pas avoir à l’esprit ce facteur déterminant, c’est rendre un mauvais service aux populations frontalières et alimenter les faux prétextes des responsables politiques, enclins à l’expansionnisme, qui ne cessent de soutenir des groupes armés en vue de la déstabilisation, donc de la balkanisation, du très attractif et accueillant territoire congolais.

L’immigration

A l’occasion de ladite réunion, le directeur général de l’immigration rwandaise, Anaclet Karibata, s’est plaint que la République Démocratique du Congo impose les visas aux Rwandais qui désirent accéder sur son territoire. Quant au secrétaire exécutif de la CEPGL, Herman Tuyaga, il a estimé nécessaire que les frontières entre le Burundi, le Rwanda et le Congo soient ouvertes 24 heures sur 24.

Force est de constater que ceux qui s’ingénient depuis plusieurs années à semer la mort dans la région du Kivu souhaitent que leur grand et riche voisin, qu’ils ne cessent d’agresser injustement d’une manière ou d’une autre, fassent fi de la violation systématique de son espace territorial en ouvrant grandes ses frontières. En principe le Rwanda, qui craint la déstabilisation de sa partie occidentale par des éléments des FDLR[2] basés dans la région du Kivu, devrait se réjouir de la décision des autorités congolaises en matière d’immigration. Kigali devrait saisir, dans l’absolu, la perche tendue par Kinshasa pour imposer à son tour le visa d’entrée à son territoire dans le but d’empêcher toute initiative des FDLR au pays des mille collines. Pas plus tard qu’hier, le président Paul Kagamé menaçait de se désolidariser de l’accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix en République Démocratique du Congo. Ironie du sort, le Rwanda se plaint maintenant du durcissement des conditions d’entrée de ses ressortissants dans le territoire congolais.

Les vraies raisons

La CEPGL étant de plus en plus une structure sans avenir[3], à cause de l’hypocrisie et de la mauvaise foi du Rwanda et du Burundi, il est intéressant de se pencher sur les raisons qui poussent ces deux pays, en dépit de leur agressivité à l’encontre de leur grand et riche voisin, à tenir à tout prix à la circulation des biens et des personnes dans cette espace géographique.

Primo, sur les plans commercial et économique, le territoire congolais reste très attractif. Ainsi la fermeture des frontières serait complètement préjudiciable au Rwanda et au Burundi. En effet, du point de vue géostratégique, la fermeture de la frontière congolaise risque de renforcer la dépendance de ces deux petits pays très pauvres au Kenya, à la Tanzanie et à l’Ouganda tout en leur privant, sur le plan douanier, les taxes que génèrent les produits en provenance du Kivu.

Secundo, la vision expansionniste du Rwanda et du Burundi nécessite l’ouverture des frontières congolaises. Cela permettra à Kigali et à Bujumbura d’introduire clandestinement leurs populations tutsies en République Démocratique du Congo en vue, ultérieurement, d’une autodétermination de la région du Kivu.

Tertio, l’existence de la CEPGL est davantage plus intéressante au Rwanda et au Burundi dans la mesure où la République Démocratique du Congo finance, à elle seule, la moitié des investissements régionaux. De plus, sous-peuplé, le territoire congolais constitue un véritable espace vital et une zone de repli, en cas des conflits ethniques, pour les populations de ses deux voisins principalement en proie à une haine mortelle.


Les frontières et la souveraineté étatiques

Au vu des arguments évoqués supra, les autorités congolaises doivent avoir à l’esprit l’aspect commercial qui soutient les relations commerciales entre ses populations de l’Est et celles des deux autres pays de la CEPGL. Ainsi devront-elles désenclaver en urgence la partie orientale, en matière d’infrastructures, en facilitant les échanges entre les autres villes de la République Démocratique du Congo et la région du Kivu. Kinshasa devra être plus accessible à la région du Kivu et non Kigali et Bujumbura. Enfin, le renforcement de l’union douanière dans la CEPGL devra surtout tenir compte de la non-violation des frontières étatiques par l’un des pays membres et de la souveraineté étatique. C’est la condition sine qua non pour la circulation des personnes et des biens.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

Notes
[1] La CEPGL avait été créée en 1976 pour faciliter l’intégration économique régionale, la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, la sécurité régionale et le financement d’institutions communes dans les domaines de la finance, de la recherche et de l’énergie entre le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo alors République du Zaïre.
[2] Forces démocratiques de libération du Rwanda, composées des Hutus, que Kigali accuse d’être des génocidaires.
[3] Le sommet des chefs d’Etat qui devait donner des orientations claires sur la circulation entre les pays de la CEPGL n’est pas tenu depuis 20 ans à la suite des tensions entre Kinshasa et Kigali. En février dernier, les ministres des Affaires étrangères de la CEPGL avaient également plaidé pour la tenue du sommet de leurs chefs d’Etat.

samedi 6 avril 2013

Développer la RDC, reconstruire la région des Grands lacs

La République démocratique du Congo est un pays très vaste[1] qui compte au moins 69 millions d’habitants et occupe, selon le PNUD, le 168e rang sur 177 en termes de développement humain. Sa population est répartie en plus de 200 ethnies.[2] Son sol et son sous-sol regorgent de nombreuses ressources. Qualifié de « scandale géologique », à cheval sur l’équateur et s’étendant sur deux fuseaux horaires, ce pays est un géant situé au cœur du continent africain et sert de trait d’union entre l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe et l’Afrique centrale. Le Congo-Kinshasa est une puissance économique incontournable, aussi bien dans la région qu’à l’échelle continentale, et occupe de facto une situation géostratégique non négligeable.

Toutefois, même avec son énorme potentiel, il reste un géant aux pieds d’argile miné par l’incohésion nationale et une balkanisation rampante. Cette puissance virtuelle, qui ne cesse de se chercher, peine à décoller. Cela est dû non seulement à l’incapacité de sa classe politique et de son élite à impulser une nouvelle dynamique, mais aussi à l’insécurité.

Depuis l’indépendance en 1960, une série de facteurs fragilisent l’unité du pays. Primo, le territoire national a des frontières artificielles autour du bassin du Congo dont le fleuve fut l’une des voies de pénétration au moment de l’expédition coloniale. Le pays dispose d’une ouverture très réduite sur l’Atlantique : 37 km, soit un peu plus que la largeur du delta. Secundo, la grande diversité ethnique n’a cessé d’être une source de nombreux conflits endogènes et exogènes. De plus, les principales ethnies appartiennent au groupe bantou et vivent à cheval sur des États frontaliers. Tertio, le milieu naturel et ses conséquences sur les infrastructures ont toujours posé problème au développement économique — la moitié du territoire congolais étant couverte de forêts denses. Cela rend les communications difficiles. Le fleuve Congo, qui mesure au total 4 700 km, est navigable seulement sur certains tronçons. À peine 2 % des routes sont asphaltées, d’où la dépendance du pays à ses voisins pour les exportations. Quarto, le Congo est riche en cuivre, or, diamant, niobium, uranium, cobalt, étain, cassitérite, coltan,[3] pétrole, café, cacao, bois rares… Ces ressources, lesquelles sont attractives et suscitent des rivalités à l’intérieur et à l’extérieur, ne cessent d’entretenir les conflits qui affaiblissent le pays dès septembre 1996 [lire la suite].

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

mercredi 20 février 2013

RD Congo : la coopération régionale et les ressources communes

Les Chefs d’État de l’Angola, du Burundi, du Congo-Brazzaville, du Rwanda, de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie, de l’Ouganda et de la République Démocratique du Congo, ou leurs représentants, sont attendus ce dimanche 24 février 2013 à Addis-Abeba, siège de l’Union Africaine, pour la signature de l’Accord-cadre sur la paix en territoire congolais. Trois nouveaux pays pourraient s’ajouter à la liste des signataires. Il s’agit de la RCA, le Sud-Soudan et le Mozambique. Le document devrait être co-signé par le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-moon, et la présidente de la Commission de l’Union Africaine, Nkosazana Diamini Zuma.

À cette occasion, les différentes parties signeront un accord dans lequel le gouvernement de la République Démocratique du Congo s’engagera à poursuivre la réforme du secteur de la sécurité, à consolider l’autorité de l’État particulièrement dans la partie Est du pays, à accélérer la politique de décentralisation, à développer l’économie, les infrastructures et les services sociaux de base. Il devra aussi réformer les institutions, les finances et élaborer un agenda de réconciliation et de démocratisation.
Quant aux pays de la région (Grands Lacs, SADC, Afrique Centrale), ils devront s’interdire de s’ingérer dans les affaires internes de leurs voisins, refuser tout appui à toute force négative et respecter leur souveraineté ainsi que leur intégrité territoriale. Cet accord recommande également « le renforcement de la coopération régionale, dans la droite ligne de l’intégration économique régionale et l’exploitation commune des ressources naturelles dans le strict respect des intérêts légitimes des voisins, surtout dans le domaine sécuritaire ».

Des unions douanières et des sociétés publiques mixtes

Pour éviter toute interprétation erronée, il est important de préciser que des concertations doivent être entreprises entre les différents pays de la région en vue de la gestion commune des ressources frontalières à travers des sociétés publiques d’exploitations mixtes. Il n’est pas du tout question d’intégrer économiquement la région du Kivu au Rwanda, ni de la mettre à la disposition de l’Ouganda – l’objectif étant de prévenir tout conflit foncier.
Mais cela n’empêche pas de réfléchir sur la réactivation de la CEPGL[1], comme complément vital au processus de paix et au développement économique. Ainsi est-il important de discuter des modalités d’un éventuel réaménagement de ladite Communauté par le truchement d’une Commission d’évaluation, de relance et de réaménagement des mécanismes et instruments existants afin de faire des propositions opérationnelles. Pour cela, il faudra définir un agenda et un calendrier précis.

Sécurité et défense communes[2]

Quant au domaine sécuritaire, on devra à tout prix signer des accords de non-agression et d’assistance mutuelle en vue de l’indépendance dans l’interdépendance. En effet, il sera plus efficace de mettre en place un système confédéral de protection. Ainsi faudra-t-il inciter les partenaires régionaux à s’associer à un projet relatif au pacte de stabilité des systèmes régionaux communs de défense et de sécurité ainsi qu’à un projet de paix spécifique aux pays des Grands Lacs et de l’Afrique orientale.
Ceux-ci seront complétés par la conférence intergouvernementale sur la sécurité, la défense, la paix et la coopération régionale, qui réunira les Chefs d’État et de gouvernement concernés afin d’examiner et de mettre en commun les moyens d’affirmer une véritable identité et une réelle appartenance régionales. Cette organisation devra tenir compte, dans son fonctionnement, des spécificités de chaque pays.
Mais pour que tout cela soit possible, la République Démocratique du Congo devra avant tout se doter d’une armée nationale performante. En effet, compte tenu de sa situation géostratégique et ses énormes potentiels, ce pays a un rôle déterminant à jouer dans le rayonnement économique de l’Afrique centrale et de la région des Grands lacs. Ainsi sa stabilité est-elle la condition sine qua non en vue de la paix, facteur indispensable au développement.
Enfin, les États de la région s’abstiennent de fournir la moindre protection aux auteurs des crimes de guerre, crimes contre l’Humanité, crimes de génocide ou d’agression, ou ceux se trouvant sous le coup des sanctions des Nations Unies.
Il faudra à cet effet, au-delà de la coopération administrative et judiciaire, que le conseil permanent du pacte de stabilité des systèmes régionaux communs de défense et de sécurité se dote des mécanismes constants. Cela lui permettra de prévenir les conflits, rétablir la paix et sanctionner en cas de manquement aux accords contractés.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

[1] Communauté économique des pays des Grands Lacs.
[2] Sur cette problématique, il faudra surtout lire les propositions faites dans les Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko.

vendredi 11 mars 2011

COMMUNIQUE DE PRESSE n° 20110311/013 relatif à la relance de la CEPGL

Le président de la Chambre de Belgique, M. André Flahaut, et le vice-président du Sénat belge, M. Willy Demeyer, ont participé mercredi 9 mars 2011 à Kigali à la troisième conférence des présidents des parlements de la Communauté économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) et de Belgique, qui a adopté une ambitieuse déclaration sur la paix et la sécurité dans la région – notamment la création d’une force militaire conjointe à la République Démocratique du Congo (RDC), au Rwanda et au Burundi.

Le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) a toujours été favorable à une réorientation, et non à une réactivation pure et simple,  de la CEPGL comme complément vital au processus de paix et de développement économique. Ainsi préconise-t-il la mise en place d’une Commission d’évaluation des mécanismes et des instruments existants en vue des propositions opérationnelles relatives au réaménagement de ladite Communauté.

En tout cas, le RDPC propose que l’on établisse un agenda et un calendrier précis d’un aperçu général de la question de la renaissance de la CEPGL et conditionne le réaménagement de cette structure :
– au respect des frontières, à savoir l’intégrité territoriale et la souveraineté des pays concernés ;
– au problème d’insécurité due aux conflits persistants et à l’impunité ;
– aux ressources financières de ces trois pays ;
– aux contentieux concernant l’exploitation des mines, le pillage et la vente à bas prix des sociétés publiques congolaises ;
– aux relations diplomatiques entre les trois États et aux versements des contributions financières pour bien faire marcher cette Communauté ;
– à la participation de la population et du secteur privé, ainsi qu’à la superposition des communautés économiques africaines ;
– à l’assistance de la communauté internationale ;
– aux politiques internes et aux questions identitaires ayant généré des conflits fonciers.

S’agissant de la création d’une force militaire conjointe entre la RD Congo, le Rwanda et le Burundi, ayant à l’esprit les échecs de précédentes opérations militaires conjointes, le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo ne souhaite nullement que l’on continue à mettre la charrue avant les bœufs. De plus, la sécurisation, la stabilité et le développement de cette région dépendra entre autres des dialogues inter-burundais et inter-rwandais. Conscient du fait que l’on doit raisonner en terme de sécurité globale, le RDPC propose que les pays concernés puissent commencer par :
– conclure un pacte fondé sur la stabilité des systèmes régionaux communs de défense et de sécurité dans l’espoir de développer des réseaux pouvant lier les uns aux autres, lesquels seront propices à la formation des structures globales pouvant renforcer le principe de l’indépendance dans l’interdépendance ;
– faciliter la naissance de la conférence intergouvernementale sur la sécurité, la défense, la paix et la coopération régionale, laquelle aura vocation à réunir les Chefs d’État et de gouvernement concernés ;
– mettre en place des mécanismes de contrôle et de surveillance des frontières communes afin de prévenir toute menace contre la paix dans la région, de se doter d’instruments collectifs pour mieux coordonner les actions efficaces à l’encontre des groupes armés régionaux à l’origine des crimes organisés, de promouvoir des mesures pour le maintien, le rétablissement de la paix et de la sécurité régionale.

La Direction du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC)

Fait à Genève, le 11 mars 2011