Affichage des articles dont le libellé est bujumbura. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bujumbura. Afficher tous les articles

vendredi 15 mai 2015

Burundi, présidence à vie ou transition démocratique ?

La présidence burundaise a annoncé le retour, sur le territoire national, du chef de l'Etat Pierre Nkurunziza, qui était bloqué en Tanzanie durant la tentative du coup d'Etat. Depuis le 26 avril, des milliers de Burundais manifestent contre la candidature du président de la République du Burundi à un troisième mandat qu'ils jugent inconstitutionnelle. Quelques sources ont annoncé qu’il devrait s'exprimer dans la journée. Mais quel message adressera-t-il, aux populations éprises de démocratie, après avoir attisé lui-même le feu qui a failli le consumer ?

Les conséquences du putsch

Le dénouement de la tentative du coup d’Etat contre le président burundais en fin de mandat peut avoir comme conséquences les représailles contre les mutins partisans du général Godefroid Niyombare et le musellement, dans la foulée, des opposants politiques. Pis encore, cela pourrait permettre au président Nkurunziza et à ses affidés de décréter un état d’urgence, dans le but de repousser sine die l’élection présidentielle et cautionner les mesures d’exception dont la finalité consisterait à terroriser les populations favorables à la non-candidature du président encore en exercice.

Une vraie aspiration démocratique

Toutes les crises survenues au Burundi ont été d’aspiration ethniciste, ayant opposé les Hutus et les Tutsis quant à la gestion de la chose publique. La grande nouveauté, à propos des manifestations ayant abouti à une tentative de putsch, réside dans le fait que Tutsis et Hutus ont dénoncé ensemble la tentative de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat contrairement aux dispositifs constitutionnels. Si l’on prend en compte l’unité ethnique et la division de l’armée contre la volonté du président sortant de se maintenir au pouvoir par tous les moyens, il serait plus sage d’apaiser les tensions. Dans pareille circonstance, le règlement de comptes ne contribuera qu’à l’embrasement d’un pays qui ressemble, à n’en pas douter, à une poudrière.

Les aspirations populaires

L’adresse du président Nkurunziza à ses compatriotes serait donc déterminante, s’agissant de l’avenir proche du Burundi et des pays de la région des Grands lacs déjà en proie à une instabilité sans précédent. Soit il persiste dans sa velléité de devenir président à vie, au risque de défier frontalement les populations mécontentes qui imposeraient à tout prix le rapport de force dans la rue. Soit le président Nkurunziza profite de l’avertissement à son attention, en annonçant tout simplement le retrait de sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Ainsi contribuera-t-il à la pacification et à la transition démocratique dans son pays. Un véritable homme d’Etat doit avoir la capacité de répondre favorablement aux aspirations de son peuple, soient-elles le résultat des urnes ou d’une légitime manifestation populaire.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko


jeudi 7 août 2014

CEPGL : les larmes des crocodiles


Dans un article publié par Radio Okapi, intitulé CEPGL : les pays membres veulent améliorer la circulation des personnes et des biens, l’accent est mis sur l’harmonisation des relations étatiques dans l’espace géographique englobant le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo. En tout cas, tel fut l’ordre du jour de la réunion, qui était ouverte le mercredi 6 août 2014 à Bujumbura au Burundi dans le cadre de la Communauté économique des pays des Grands lacs (CEPGL)[1]. A cette occasion, le Rwanda a accusé son voisin congolais d’entraver la libre-circulation dans la région. Cette accusation a été rejetée en bloc par les experts de la République Démocratique du Congo.

Les tumultueuses relations entre les partenaires

Au regard de la proximité géographique entre la région du Kivu, dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda, on ne peut que comprendre la nécessité de la circulation des biens et des personnes dans cette partie du continent africain. De plus, les relations commerciales entre les différentes populations régionales constituent l’argument majeur qui a toujours plaidé en faveur de l’union douanière que représente la CEPGL. Ne pas avoir à l’esprit ce facteur déterminant, c’est rendre un mauvais service aux populations frontalières et alimenter les faux prétextes des responsables politiques, enclins à l’expansionnisme, qui ne cessent de soutenir des groupes armés en vue de la déstabilisation, donc de la balkanisation, du très attractif et accueillant territoire congolais.

L’immigration

A l’occasion de ladite réunion, le directeur général de l’immigration rwandaise, Anaclet Karibata, s’est plaint que la République Démocratique du Congo impose les visas aux Rwandais qui désirent accéder sur son territoire. Quant au secrétaire exécutif de la CEPGL, Herman Tuyaga, il a estimé nécessaire que les frontières entre le Burundi, le Rwanda et le Congo soient ouvertes 24 heures sur 24.

Force est de constater que ceux qui s’ingénient depuis plusieurs années à semer la mort dans la région du Kivu souhaitent que leur grand et riche voisin, qu’ils ne cessent d’agresser injustement d’une manière ou d’une autre, fassent fi de la violation systématique de son espace territorial en ouvrant grandes ses frontières. En principe le Rwanda, qui craint la déstabilisation de sa partie occidentale par des éléments des FDLR[2] basés dans la région du Kivu, devrait se réjouir de la décision des autorités congolaises en matière d’immigration. Kigali devrait saisir, dans l’absolu, la perche tendue par Kinshasa pour imposer à son tour le visa d’entrée à son territoire dans le but d’empêcher toute initiative des FDLR au pays des mille collines. Pas plus tard qu’hier, le président Paul Kagamé menaçait de se désolidariser de l’accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix en République Démocratique du Congo. Ironie du sort, le Rwanda se plaint maintenant du durcissement des conditions d’entrée de ses ressortissants dans le territoire congolais.

Les vraies raisons

La CEPGL étant de plus en plus une structure sans avenir[3], à cause de l’hypocrisie et de la mauvaise foi du Rwanda et du Burundi, il est intéressant de se pencher sur les raisons qui poussent ces deux pays, en dépit de leur agressivité à l’encontre de leur grand et riche voisin, à tenir à tout prix à la circulation des biens et des personnes dans cette espace géographique.

Primo, sur les plans commercial et économique, le territoire congolais reste très attractif. Ainsi la fermeture des frontières serait complètement préjudiciable au Rwanda et au Burundi. En effet, du point de vue géostratégique, la fermeture de la frontière congolaise risque de renforcer la dépendance de ces deux petits pays très pauvres au Kenya, à la Tanzanie et à l’Ouganda tout en leur privant, sur le plan douanier, les taxes que génèrent les produits en provenance du Kivu.

Secundo, la vision expansionniste du Rwanda et du Burundi nécessite l’ouverture des frontières congolaises. Cela permettra à Kigali et à Bujumbura d’introduire clandestinement leurs populations tutsies en République Démocratique du Congo en vue, ultérieurement, d’une autodétermination de la région du Kivu.

Tertio, l’existence de la CEPGL est davantage plus intéressante au Rwanda et au Burundi dans la mesure où la République Démocratique du Congo finance, à elle seule, la moitié des investissements régionaux. De plus, sous-peuplé, le territoire congolais constitue un véritable espace vital et une zone de repli, en cas des conflits ethniques, pour les populations de ses deux voisins principalement en proie à une haine mortelle.


Les frontières et la souveraineté étatiques

Au vu des arguments évoqués supra, les autorités congolaises doivent avoir à l’esprit l’aspect commercial qui soutient les relations commerciales entre ses populations de l’Est et celles des deux autres pays de la CEPGL. Ainsi devront-elles désenclaver en urgence la partie orientale, en matière d’infrastructures, en facilitant les échanges entre les autres villes de la République Démocratique du Congo et la région du Kivu. Kinshasa devra être plus accessible à la région du Kivu et non Kigali et Bujumbura. Enfin, le renforcement de l’union douanière dans la CEPGL devra surtout tenir compte de la non-violation des frontières étatiques par l’un des pays membres et de la souveraineté étatique. C’est la condition sine qua non pour la circulation des personnes et des biens.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

Notes
[1] La CEPGL avait été créée en 1976 pour faciliter l’intégration économique régionale, la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, la sécurité régionale et le financement d’institutions communes dans les domaines de la finance, de la recherche et de l’énergie entre le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo alors République du Zaïre.
[2] Forces démocratiques de libération du Rwanda, composées des Hutus, que Kigali accuse d’être des génocidaires.
[3] Le sommet des chefs d’Etat qui devait donner des orientations claires sur la circulation entre les pays de la CEPGL n’est pas tenu depuis 20 ans à la suite des tensions entre Kinshasa et Kigali. En février dernier, les ministres des Affaires étrangères de la CEPGL avaient également plaidé pour la tenue du sommet de leurs chefs d’Etat.

vendredi 11 mars 2011

COMMUNIQUE DE PRESSE n° 20110311/013 relatif à la relance de la CEPGL

Le président de la Chambre de Belgique, M. André Flahaut, et le vice-président du Sénat belge, M. Willy Demeyer, ont participé mercredi 9 mars 2011 à Kigali à la troisième conférence des présidents des parlements de la Communauté économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) et de Belgique, qui a adopté une ambitieuse déclaration sur la paix et la sécurité dans la région – notamment la création d’une force militaire conjointe à la République Démocratique du Congo (RDC), au Rwanda et au Burundi.

Le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) a toujours été favorable à une réorientation, et non à une réactivation pure et simple,  de la CEPGL comme complément vital au processus de paix et de développement économique. Ainsi préconise-t-il la mise en place d’une Commission d’évaluation des mécanismes et des instruments existants en vue des propositions opérationnelles relatives au réaménagement de ladite Communauté.

En tout cas, le RDPC propose que l’on établisse un agenda et un calendrier précis d’un aperçu général de la question de la renaissance de la CEPGL et conditionne le réaménagement de cette structure :
– au respect des frontières, à savoir l’intégrité territoriale et la souveraineté des pays concernés ;
– au problème d’insécurité due aux conflits persistants et à l’impunité ;
– aux ressources financières de ces trois pays ;
– aux contentieux concernant l’exploitation des mines, le pillage et la vente à bas prix des sociétés publiques congolaises ;
– aux relations diplomatiques entre les trois États et aux versements des contributions financières pour bien faire marcher cette Communauté ;
– à la participation de la population et du secteur privé, ainsi qu’à la superposition des communautés économiques africaines ;
– à l’assistance de la communauté internationale ;
– aux politiques internes et aux questions identitaires ayant généré des conflits fonciers.

S’agissant de la création d’une force militaire conjointe entre la RD Congo, le Rwanda et le Burundi, ayant à l’esprit les échecs de précédentes opérations militaires conjointes, le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo ne souhaite nullement que l’on continue à mettre la charrue avant les bœufs. De plus, la sécurisation, la stabilité et le développement de cette région dépendra entre autres des dialogues inter-burundais et inter-rwandais. Conscient du fait que l’on doit raisonner en terme de sécurité globale, le RDPC propose que les pays concernés puissent commencer par :
– conclure un pacte fondé sur la stabilité des systèmes régionaux communs de défense et de sécurité dans l’espoir de développer des réseaux pouvant lier les uns aux autres, lesquels seront propices à la formation des structures globales pouvant renforcer le principe de l’indépendance dans l’interdépendance ;
– faciliter la naissance de la conférence intergouvernementale sur la sécurité, la défense, la paix et la coopération régionale, laquelle aura vocation à réunir les Chefs d’État et de gouvernement concernés ;
– mettre en place des mécanismes de contrôle et de surveillance des frontières communes afin de prévenir toute menace contre la paix dans la région, de se doter d’instruments collectifs pour mieux coordonner les actions efficaces à l’encontre des groupes armés régionaux à l’origine des crimes organisés, de promouvoir des mesures pour le maintien, le rétablissement de la paix et de la sécurité régionale.

La Direction du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC)

Fait à Genève, le 11 mars 2011