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samedi 28 juin 2014

Le chantage du Rwanda, une plaisanterie de mauvais goût

Dans un courrier adressé le 26 juin au Conseil de sécurité des Nations Unies, mécontent de la tenue d’une rencontre ayant été organisée à Rome par la communauté religieuse Saint’Egidio à laquelle avait participé une délégation des FDLR[1], le Rwanda a carrément menacé de retirer sa participation à l’accord-cadre d’Addis-Abeba[2]. Des envoyés spéciaux internationaux pour les Grands Lacs y ont également assisté. 

Le désarmement des FDLR

Dans cette missive transmise au président du Conseil de sécurité par Eugène Gassana, le représentant permanent du Rwanda auprès des Nations Unies, il était notamment question de la demande de levée temporaire d’interdiction de voyager faite le 24 juin dernier par le sous-secrétaire général en charge des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, au profit de Victor Byiringiro[3]. Ce dernier devait assister à la réunion organisée à Rome le 25 juin par la communauté Saint’Egidio et l’équipe des envoyés spéciaux pour les Grands Lacs, dirigés par Mary Robinson[4].

En effet, la finalité de la rencontre qui s’est déroulée dans la capitale italienne avait trait à l’accélération du processus de désarmement des éléments des FDLR basés dans l’Est de la République Démocratique du Congo et à la détermination des options susceptibles d’atteindre l’objectif fixé. Le fait de s’opposer à cette noble initiative montre les intentions réelles, de la part du président Paul Kagamé, relatives au pillage des ressources naturelles et à la partition de la République Démocratique du Congo, ainsi qu’à la crainte d’un dialogue inter-rwandais en cas de rapatriement des éléments des FDLR vers leur pays d’origine et à la fragilisation du régime autoritaire de Kigali. Comment Kinshasa devra-t-il alors réagir à ce chantage de mauvais goût, concernant l’éventuel retrait du gouvernement rwandais de la mise en œuvre de l’accord-cadre ratifié à Addis-Abeba en vue de la pacification de la région du Kivu ?

La réponse du berger à la bergère

Le naturel finit toujours par revenir au galop, après avoir été sciemment chassé. Maintenant que le Rwanda a dévoilé ses véritables intentions, s’agissant du pillage et de la déstabilisation de la région du Kivu, Kinshasa  dispose de tous les atouts pour confirmer les nombreuses accusations faites à l’encontre du président Paul Kagamé et ses complices à propos du génocide congolais en particulier, ainsi que, en général, des violations des droits fondamentaux de la personne humaine, des crimes de guerre et crimes contre l’Humanité commis dans le territoire congolais.

Par ailleurs, les atteintes systématiques à l’intégrité et à la souveraineté du territoire congolais à partir du Rwanda, l’insécurité due aux incessants conflits fonciers, le non-respect des droits de propriété et des règles de gestion des richesses naturelles du sous-sol de la région du Kivu constituent les principaux obstacles, parmi tant d’autres, aux bonnes relations entre les Etats congolais et rwandais. En conséquence, Kinshasa ne doit en aucun cas céder à la menace de Kigali relative au mécanisme de suivi de l’accord-cadre de Kinshasa. Bien contraire, compte tenu des éléments évoqués supra, le gouvernement congolais devrait cesser toute participation à la CEPGL[5] et revoir toute relation diplomatique avec son voisin aux velléités expansionnistes. Cela permettra enfin à la République Démocratique du Congo de définir de manière autonome sa politique migratoire dans la région du Kivu et de renforcer militairement la sécurisation de sa frontière orientale. Ainsi cette triste mésaventure humaine connaîtra-t-elle la même fin quand dans la fable de Jean de La Fontaine intitulé La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Agoravox 

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[1] Les Forces démocratiques de libération du Rwanda, lesquelles sont composées, entre autres, de rebelles hutus rwandais accusés par Kigali d’avoir participé au génocide de 1994.
[2] Signé par onze pays de la région le 24 février 2013, sous l’égide de l’Union africaine et des Nations Unies, cet accord-cadre a en principe vocation à instaurer la paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
[3] Qui plus est président par intérim des FDLR.
[4] La représentante du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, pour la région des Grands Lacs africains.
[5] La communauté économique des pays des Grands Lacs, regroupant la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi.

jeudi 24 janvier 2013

RDC : faut-il remplacer la Monusco par une force internationale neutre ?

Le général Aronda Nyakairima, ministre ougandais de la Défense, a fait savoir à Kampala le 23 janvier 2011 que les ministres de la Défense des pays de l’Afrique australe et des Grands Lacs ont recommandé le remplacement de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco) par une force africaine dans la région du Kivu. 
En effet, les ministres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ont avancé cette proposition à l’Union africaine (UA) à l’issue de la réunion qui s’est tenue le week-end dernier, en raison de l’échec de la Monusco dans ses efforts de protéger les Congolais. Ainsi le ministre ougandais de la Défense a-t-il déploré que certains membres des Nations unies se déclarent contre l’idée de déployer une force internationale neutre pour combattre les forces négatives dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, tout en proposant que celle-ci soit intégrée dans l’effectif de la Monusco.

Comme par hasard…

Comme par hasard, la prise de position des ministres de la Défense des pays de l’Afrique australe et des Grands Lacs intervient après que le diplomate Hervé Ladsous, le chef des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, s’est prononcé le 8 janvier dernier, lors d’une séance du Conseil de sécurité, en faveur de l’utilisation des drones pour surveiller l’Est de la République Démocratique du Congo. Ces avions sans pilote permettraient de détecter tous les mouvements d’armes et de troupes. Ils surveilleront aussi la région du Kivu, en proie à une guerre orchestrée par les rebelles du M23 soutenus militairement et financièrement par Kigali.
« Il n’est pas avisé d’utiliser un équipement sur lequel nous n’avons pas suffisamment d’informations », a d’abord assuré, Olivier Nduhungirehe, le numéro deux de la délégation rwandaise aux Nations Unies. « L’Afrique ne deviendra pas un laboratoire de surveillance étranger », a-t-il conclu. D’aucuns n’ignorent que le président rwandais, Paul Kagamé, était hostile au déploiement de ces drones avant de changer d’avis le 22 janvier en déclarant, lors d’une conférence de presse, que l’utilisation de drones ne lui posait aucun problème, surtout si les Nations Unies pensaient que cela pourrait aider. « Je n’ai pas le pouvoir d’empêcher que cela soit fait », a reconnu le président rwandais, tout en demandant qu’on lui explique « comment ces drones [contribueraient] au maintien de la paix ».

Éviter une « zone franche » dans le Kivu

Quant au Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, il milite pour le renforcement de la Monusco. Cela gêne les pays qui déstabilisent la région du Kivu, par le M23 interposé, dans la mesure où la requalification de son mandat permettra à la mission onusienne de se transformer en force réelle d’imposition de la paix. Cela lui permettra donc de trouver une solution durable à la dramatique situation qui prévaut dans la partie orientale du pays. Ainsi redorera-t-elle le blason de la Communauté internationale en sécurisant enfin, aux côtés des Forces armées congolaises (FARDC), les populations civiles et en empêchant les incursions à partir des frontières rwandaise et ougandaise. La présence d’une force internationale neutre ne résoudra en rien les problèmes en cours dans la région du Kivu. Seule une force « d’assistance, et non d’interposition, permettra à la RD Congo, qui est un pays souverain, d’asseoir son autorité sur l’ensemble du territoire national.
Il ne faudra surtout pas tomber dans le piège qui consiste à installer, à travers cette force internationale neutre, une « zone franche », laquelle préfigurera à court terme la mise en place d’un futur État autonome. Ayons à l’esprit que le Rwanda et l’Ouganda veulent recourir à un autre processus, très subtil cette fois-ci, pour parvenir à la balkanisation de la République Démocratique du Congo.

Assistance aux FARDC

Les forces qui seront mandatées par la SADC et par l’Afrique centrale également, ne doivent pas du tout être neutres. Au contraire, la République Démocratique du Congo étant un État souverain, elles doivent intervenir militairement aux côtés de FARDC, sous la direction de la Monusco. Les forces onusiennes devront poursuivre leur rôle en constatant la cessation des activités du CNDP, du M23, des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et d’autres forces négatives instrumentalisées par les régimes de Kigali et de Kampala. Elles devront aussi permettre l’évacuation des éléments des FDLR soit vers le Rwanda en vue du dialogue inter-rwandais, soit vers d’autres pays non limitrophes du Rwanda et de la RD Congo.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

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