mercredi 10 décembre 2014

Le nouveau Gouvernement Matata Ponyo, une vraie aubaine pour une opposition responsable

Le Gouvernement tant attendu en République Démocratique du Congo, plus d’une année après les assises des concertations nationale qui se sont déroulées à Kinshasa, vient enfin de voir le jour. En effet, par l’ordonnance présidentielle n° 014/078 du 7 décembre 2014 portant nomination des vice-Premiers ministres, des ministres d’Etat, des ministres et des vice-ministres, Augustin Matata Ponyo est reconduit à la Primature et une nouvelle équipe gouvernementale mise en place.

Primauté du régime présidentiel


La spécificité de nouveau Gouvernement, dit des concertations nationales, réside dans le fait que le Premier ministre est encadré par trois vice-Premiers ministres qui dépendent directement du seul Président de la République. Par ailleurs, l’entrée au Gouvernement du secrétaire général du parti présidentiel, en l’occurrence Evariste Boshab, va transgresser les dispositifs statutaires et réglementaires du PPRD si l’intéressé ne quitte pas, dans le meilleur délai, l’exécutif dudit parti.
De toute évidence, l’ordonnance présidentielle confirme de facto le déséquilibre dans le binôme qui constitue l’exécutif. Elle rend quasiment obsolète le régime semi-présidentiel et semi-parlementaire qui caractérise le système politique congolais. La mainmise du président de la République sur un Premier ministre archi-minoritaire dans son propre camp, qui plus est davantage affaibli, est une véritable mise sous-tutelle. Celle-ci plébiscite naturellement le régime présidentiel car le Premier ministre ne vaut plus grand-chose. Dès lors que le Chef de l’Etat impose le rapport de force à son avantage par le biais des vice-Premiers ministres qui lui sont attachés, il neutralise définitivement le Premier ministre. Dans pareille circonstance, seul un Parlement non phagocyté, pas du tout domestiqué, peut rétablir le rapport de force en jouant son véritable rôle de contre-pouvoir.

Un débauchage contreproductif


En débauchant le secrétaire général et quelques affidés du MLC, le deuxième parti de l’opposition institutionnelle, le président de la République Démocratique du Congo n’a fait que torpiller, contre toute attente, la cohésion nationale. Pis encore, dans la mesure où les personnes débauchées sont radiées du MLC, Joseph Kabila a échoué dans la tentative de déstabiliser le parti de Jean-Pierre Bemba. De la même façon, l’entrée au Gouvernement d’un député de l’UDPS n’est pas non plus un événement susceptible de porter un coup fatal au parti d’Etienne Tshisekedi.
En tout cas, le temps ne peut que jouer contre le nouveau Gouvernement, lequel est déjà décrié dès son accouchement et n’est pas forcément en mesure de mener une politique susceptible de renforcer la cohésion nationale, de crédibiliser les institutions de la République et de juguler la crise politique qui ne cesse de s’aggraver. L’acte présidentiel n’est perçu que comme une manœuvre en vue d’un remaniement ministériel sur fond de redistribution des maroquins et d’une fuite en avant dont les conséquences seront néfastes, à très court terme, aux enjeux électoraux et sécuritaires.

Du pain béni


Le limogeage des technocrates au profit de gros bonnets de différentes structures politiques a pour conséquences immédiats, peut-on constater, l’inefficacité et l’arbitraire dans le fonctionnement des institutions, ainsi que l’incompatibilité et le déséquilibre constitutionnel dans les rapports entre le Gouvernement et la présidence de la République. Enfin de compte, plus d’une année après les assises des concertations nationales, la montagne a accouché d’une souris. Le choix du président de la République peut donc avoir valeur de pain béni pour l’opposition congolaise qui doit tracer, dans la foulée, des sillons relatifs aux grandes orientations en matière de démocratie et de pacification du territoire national. De plus, l’occasion est très propice en vue de l’émergence d’une opposition intelligente et efficace, constructive et déterminée. Celle-ci doit se former autour d’un projet de société cohérent, et non d’une adhésion à un individu, aussi messianique soit-il, ni à la seule appartenance ethnique.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko


lundi 8 décembre 2014

COMMUNIQUE DE PRESSE n° 20141208/00022 relatif à la nomination d’un Gouvernement, qualifié de cohésion nationale, en RD Congo

Plus d’une année après la tenue des assises des concertations nationales, la République Démocratique du Congo vient de se doter d’un nouveau gouvernement qualifié de cohésion nationale. Le Premier ministre sortant, Augustin Matata Ponyo, est reconduit aux commandes d’une équipe gouvernementale comportant trois vice-Premiers ministres et au sein de laquelle la majorité présidentielle conserve la main sur la plupart des 47 portefeuilles.

Par conséquent, le Bureau du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) prend acte de l’Ordonnance n° 014/078 du 7 décembre 2014 portant nomination des vice-premiers ministres, des ministres d’Etat, des ministres et des vice-ministres, tout en estimant que le nouveau Gouvernement Matata Ponyo n’est nullement conforme aux conclusions des travaux des assises des concertations nationales.

Effectivement, le Bureau du RDPC constate que la nomination de ce Gouvernement et la reconduction d’Augustin Matata Ponyo à la Primature correspondent davantage à un remaniement ministériel et au débauchage de quelques éléments de l’opposition, mais en aucun cas à la mise en place d’un Gouvernement de cohésion nationale.

Compte tenu du non-changement de l’ossature gouvernementale et de l’inconstitutionnalité du Sénat, le Bureau du RDPC émet quelques réserves quant à la crédibilité et à la consolidation des institutions étatiques.

Enfin, le Bureau du RDPC regrette le choix du président de la République privilégiant une simple redistribution des portefeuilles ministériels,  plutôt que la nomination d’un conseil national de transition, ou d’un gouvernement de salut public, qui aurait défini les grandes orientations relatives aux prochaines élections et à la sécurisation du territoire national.

Fait à Paris, le 8 décembre 2014

Pour le Bureau du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC),

Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Porte-parole

mercredi 3 décembre 2014

Une réelle volonté politique pour le développement du Congo-Kinshasa

Le Conseil des ministres de la République Démocratique du Congo a prouvé le 10 novembre 2014 le dossier relatif à la liquidation des 8 entreprises publiques[1]. Ainsi une commission a-t-elle été instituée pour déterminer les modalités de cette privatisation, ainsi que de sa durée. Contrairement aux choix du gouvernement Matata Ponyo, les réponses à la crise économique ne résident pas dans la liquidation systématique des entreprises publiques ou ayant une telle vocation. Ainsi est-il plus dynamique de préconiser, dans les différents domaines, les choix stratégiques – à court, moyen et long terme – en vue des solutions idoines.

Les choix stratégiques

Pour ce qui est de la conservation et de la gestion des ressources naturelles, les choix stratégiques du gouvernement congolais auraient dû tenir compte de la meilleure connaissance et de la compréhension de la biodiversité, du partage intelligent des connaissances, de l’évaluation des bénéfices et des coûts de préservation de services rendus par la nature. De plus, il est indispensable de tout entreprendre pour réduire les pressions sur les écosystèmes et les ressources naturelles. En effet, l’objectif consiste à lutter efficacement contre l’artificialisation des espaces et la banalisation des paysages.

L’eau et l’électricité

Il va falloir fixer un prix unique de l’eau consommée et remplacer, dans le meilleur délai, le réseau vétuste. Dans cet ordre d’idées, il faudra améliorer de façon considérable la qualité de l’eau et faciliter son accès à toute la population. Voilà pourquoi, dans les villes et les grandes agglomérations, le gouvernement congolais doit soutenir toute initiative relative à un système d’assainissement de l’eau des sources ainsi que sa potabilisation. Il doit aussi encourager la récupération de l’eau de pluie pour les latrines et d’autres usages domestiques.
Dans une logique tout à fait humaniste, compte tenu d’énormes ressources dont dispose le pays, l’électricité doit être vulgarisée dans l’ensemble du territoire national. Son prix doit être banalisé et harmonisé pour faciliter son accessibilité. C’est la raison pour laquelle le barrage d’Inga doit être valorisé, modernisé en augmentant sa capacité en vue de la consommation nationale et de l’exportation. Enfin, par rapport au nombre impressionnant de cours d’eau qui quadrillent la République Démocratique du Congo, on doit à tout prix réhabiliter et créer des centrales hydrauliques, des mini-barrages, pour électrifier les quartiers et les villages enclavés, les localités et les zones rurales.

Les infrastructures

Le développement tous azimuts de la République Démocratique du Congo et l’essor de l’emploi nécessitent un effort considérable dans la programmation de grands chantiers publics, ou travaux d’infrastructures. Cela passera, entre autres, par le désenclavement total d’un bon nombre de localités : d’où l’obligation de lutter contre le déséquilibre territorial. Pour cela, il faut encourager un nouveau modèle de développement rural en construisant des routes de desserte agricole et facilitant l’évacuation des produits vivriers vers les grandes agglomérations.
Le gouvernement congolais doit aussi s’adonner à la réhabilitation et à l’électrification de 2 500 km de voies ferrées, à la création d’au moins 1 000 km de voies routières, à la formation des équipes et techniciens locaux dans le domaine du génie civile, ainsi qu’à l’investissement dans les matériels roulants pour le transport des voyageurs et des marchandises. Pour atteindre un tel objectif, il va falloir adopter une politique innovante susceptible d’attirer les investisseurs étrangers et les entrepreneurs de la diaspora congolaise, sans oublier les multinationales. Enfin, un effort en faveur de nouvelles technologies de l’information et de la communication rapprochera davantage les populations congolaises.

Les minerais

Au regard du respect de l’environnement et des préoccupations sociales des populations, il est plus efficace d’agir en faveur de la responsabilité juridiquement contraignante et de la régulation des acteurs privés pour une gestion durable des ressources naturelles. A cet effet, les entreprises, qui ont l’exclusivité de l’exploitation des minerais congolais, doivent être tenues par un cahier des charges. Cela ne pourra que faciliter, au-delà des préoccupations d’ordre environnemental, la transparence dans l’industrie extractive conformément à d’autres lois qui ont été votées dans les pays développés, comme la loi américaine Dodd-Frank sur les minerais[2].
Il est important d’attribuer l’exploitation des ressources naturelles et minérales, stratégiques et précieuses de la République Démocratique du Congo par voie de concession, cession ou capitalisation. Ainsi un code légal, pour une utilisation responsable et consciencieuse de ces ressources, doit-il être adopté par le Parlement. Par conséquent, il va falloir attribuer leur gestion à un organe permanent de contrôle qui agira de manière autonome. Par ailleurs, dans le cadre de l’amélioration de la gestion des ressources naturelles, il faudra exiger aux entreprises du secteur minier le respect des lois congolaises et internationales telles que la loi des Etats-Unis concernant la pratique de la corruption à l’étranger[3], ou les recommandations de la Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales.

Un Fonds de développement

Bien entendu, les pays africains sont contraints de trouver des voies et moyens qui puissent permettre leur épanouissement économique, facteur indispensable à la paix sociale et à l’évolution démocratique. Cela nécessitera de l’audace, de l’innovation, de l’inventivité, du pragmatisme et une réelle volonté politique. Mais au lieu de se contenter de privatiser les entreprises de différents secteurs économiques, le gouvernement congolais devrait plutôt procéder à un inventaire en vue de leur évaluation par la Banque africaine de développement, ou alors par la Banque mondiale, et pourquoi pas par l’Union européenne. Cette opération ne pourra qu’aboutir concrètement à la création d’un Fonds de développement pour le Congo (FDC), lequel sera ouvert à des investisseurs publics, ou privés, dont les parts seront détenues sous forme d’actions et cotées en bourse. Ce Fonds sera alimenté par des capitaux émanant des partenaires nationaux, ou étrangers, désireux de participer activement au développement économique de la République Démocratique du Congo.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko



[1] Office national du logement (ONL), CCIC, Société nationale de trading (SONATRAD), Société nationale des chemins de fer (SNCZ), Compagnie cotonnière du Congo (COTONCO), Office des biens mal acquis (OBMA), SOTRACO, SIZARAIL.
[2] Cette loi porte sur l’exigence de traçabilité des minerais dans l’espoir d’établir un peu de transparence et de discipline dans l’exploitation des minerais de l’Est de la République Démocratique du Congo. Les minerais sont analysés avec un système d’étiquetage au niveau régional, mis en œuvre dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).
[3] Foreign corrupt practice act.

dimanche 30 novembre 2014

L'après Compaoré au Burkina-Faso et les enjeux en RD Congo

Après le Burkina-Faso, Gaspard-Hubert Lonsi Koko Hubert prône le printemps africain pour la République Démocratique du Congo. Invité de Bruno Nseka sur Rato Télé Lina, cet analyste et acteur politique de la RD Congo revient sur la position des rebelles du M23 et sur le calendrier électoral de 2016 en RD Congo.

Pour suivre cette émission, prière de clique sur le lien ci-contre :


samedi 15 novembre 2014

COMMUNIQUE DE PRESSE n° 20141115/00021 relatif aux processus électoraux en Afrique

Des opposants originaires de huit pays du continent africain – Congo-Brazzaville, République Démocratique du Congo, Burundi, Centrafrique, Bénin, Gabon, Sénégal et Guinée équatoriale – se sont réunis le 14 novembre 2014 à Paris pour signer une déclaration commune exigeant le respect des Constitutions. Ainsi ont-ils exigé, à juste titre, l’organisations d’élections libres, transparentes et crédibles – sur la base de critères internationaux – et la mise en place des commissions électorales « véritablement indépendantes ».
Favorable à toute initiative des forces vices africaines privilégiant le respect des principes démocratiques et la gestion responsable de la chose publique, le Bureau du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) approuve globalement les résolutions prises par la rencontre de Paris.
Néanmoins, le RDPC s’oppose fermement à la résolution relative aux commissions électorales nationales indépendantes dans les pays africains. Effectivement, les commissions électorales nationales resteront toujours dépendantes, et pas du tout autonomes, dès lors qu’elles seront « composées de façon paritaire de représentants des mouvances présidentielles et des représentants des mouvances oppositionnelles ».
En conséquence, le Bureau du RDPC préconise la mise en place des dispositions susceptibles de prévenir, bien en amont, les tensions et les conflits qui pourraient découler des processus électoraux à venir. Ainsi œuvre-t-il pour que, dans le continent africain, les Commissions électorales nationales indépendantes ne soient composées que d’experts et de membres des sociétés civiles, leur dépolitisation étant la meilleure garantie en vue des élections fiables, crédibles et transparentes.
Le Bureau du RDPC espère vivement que, à long terme, les attributions des commissions électorales nationales indépendantes incomberont aux communes et aux collectivités locales.
Pour des raisons de transparence et pour éviter les fraudes aux élections, le RDPC encourage des recensements sérieux des populations africaines en associant, à ces processus, des observateurs de la société civile et des membres de partis politiques, toutes tendances confondues, ainsi que des représentants de la communauté internationale. De ce fait, au-delà de l’aspect électoral, les administrations africaines régleront également les problèmes ayant trait à l’état-civil. Ainsi ces initiatives permettront-elles de mener à bien des réformes sociales (sécurité sociale), scolaires (gratuité de l’école) et fiscales (obligation de payer les impôts et autres charges fiscales aux Trésors publics).

Fait à Paris, le 15 novembre 2015

Pour le Bureau du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC),

Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Porte-parole

mardi 11 novembre 2014

RD Congo : comme un air de Bérézina

Entre la grève des magistrats, l’emprisonnement de quelques opposants non corrompus, les arrestations arbitraires des journalistes et des acteurs de la société civile, la partialité de la Commission électorale nationale indépendante (CENI)..., la crise constitutionnelle et institutionnelle en cours sapent de plus en plus le moral des tenants du pouvoir en place en République Démocratique du Congo. Après que le peuple burkinabè est descendu dans la rue et mis un terme au long règne de Blaise Compaoré, ayant évité dans la foulée une révision constitutionnelle au profit de la nomenklatura déchue, les autorités congolaises essaient de trouver la parade idéale pour se maintenir aux affaires au-delà des échéances légales. A cet effet, ils comptent sur l’insécurité dans la région du Kivu et l’ambiguïté, voire la complicité, de quelques opposants.

La mauvaise foi du M23


Le vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, Alexandre Luba Ntambo, a déploré lors d’une visite de travail le 7 novembre dernier l’attitude des ex-combattants du M23[1]. De plus, ces derniers ont émis des réserves quant à l’appel du gouvernent à propos de leur regroupement au centre de transit et d’orientation de la base militaire de Kamina dans le Katanga. Aux dires du ministre, les anciens rebelles, qui en réalité ne souhaitent pas du tout franchir le pas, s’inquiètent de leur sécurité loin de leurs parrains rwandais et ougandais. Plus précisément, ils ne sont pas d’accord sur le fond avec les modalités pratiques de leur réinsertion sociale dans le cadre de l’opération « Démobilisation, désarmement, rapatriement, réinstallation et réinsertion » (DDRRR). Ainsi préfèrent-ils rester dans la région du Kivu, notamment à Goma où ils ne sont pas inquiétés, plutôt que de se rendre à Kinshasa où ils n’ont aucune maîtrise sur le plan sécuritaire. Ce fallacieux prétexte a justifié leur absence des récents travaux du MNS[2], institution chargée de la mise en œuvre des déclarations de Nairobi par lesquelles Kinshasa et le M23 avaient enterré la hache de guerre en décembre 2013 après la victoire des troupes gouvernementales sur la rébellion. En tout cas, force est de constater que le rapatriement en République Démocratique du Congo de quelques milliers de rebelles démobilisés du M23 piétine, plus d’un an après leur cuisante défaite.

La problématique des FDLR

Des supposés rebelles des FDLR[3] sont accusés d’avoir tué, du 3 au 5 novembre, 13 personnes et violé une dizaine de femmes dans les localités de Misau et Misoke, en territoire de Walikale dans le Nord-Kivu. Conscients de fragilité de la situation dans cette région, les chefs d’Etats et des gouvernements de la CIRGL[4] et de la SADC[5] avaient lancé en août dernier à Luanda un nouvel ultimatum jusqu’au 31 décembre 2014 aux FDLR, vivant depuis 20 ans sur le sol congolais, pour qu’ils déposent volontairement les armes et acceptent d’intégrer le processus de DDRRR. Par conséquent, la CIRGL et la SADC ont fixé au 2 janvier 2015 la date butoir pour entamer la traque de ces rebelles rwandais qui se montreraient réfractaires au processus de démobilisation. Une chose est certaine, le Forum des parlements des pays membres de la CIRGL se dit préoccupé par l’ampleur des violations des droits de l’Homme et des violences sexuelles dans la région du Kivu.

La complicité des voisins

En début novembre 2014, les organisations membres du Groupe de travail sur le suivi de la mise en œuvre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et la résolution 2098 du Conseil de Sécurité des Nations Unies avaient accusé le Rwanda et l’Ouganda de continuer d’héberger les ex-combattants du M23, une année après leur défaite au Nord-Kivu. Ainsi l’exécutif onusien a-t-il insisté, le 5 novembre dernier, sur la nécessité d’accélérer « la démobilisation permanente » de ces anciens combattants et souhaité que « toutes les parties lèvent les obstacles au rapatriement » de ceux qui sont stationnés en Ouganda et au Rwanda. De plus, la présence de ces ex-combattants dans les pays voisins constitue une réelle menace pour la sécurité de la République Démocratique du Congo.

Diverses incertitudes

Selon le coordonnateur du MNS, François Muamba Tshisimbi, Kinshasa propose d’accueillir les éléments du M23 dans un camp militaire à plus de 1 000 km de la zone de la province du Nord-Kivu où la rébellion a combattu. Or, tout le monde sait que ces anciens rebelles ne défendent que la cause des populations rwandophones basées dans l’Est congolais, dont ils déplorent la marginalisation et dont ils disaient assurer la défense face aux milices congolaises et étrangères encore présentes au Nord-Kivu. Le maintien de ces éléments dans la partie orientale ne fera que renforcer leur proximité, donc la connivence avec leurs protecteurs rwandais et ougandais. Ainsi la balkanisation de la République Démocratique du Congo restera toujours d’actualité, tout comme l’éventualité de l’autonomie de la région du Kivu ou son annexion par le Rwanda et l’Ouganda.
Par ailleurs, sachant que le pouvoir en place en République Démocratique du Congo est tenté par la révision des articles 101 alinéa 6, 104 alinéas 5 et 8, 197 alinéa 4 et 198 alinéa 2 relatifs aux élections des députés provinciaux, sénateurs et gouverneurs de provinces, ainsi qu’à la durée du mandat présidentielle, il est évident que les manœuvres de la CENI[6] visent avant tout à retarder les élections locales et régionales prévues en 2015 dans l’optique de repousser, de facto, les élections législatives et présidentielle de 2016. Cela permettra de prolonger le mandat présidentiel, en cas d’échec des subterfuges électoraux. Il en sera de même de la déstabilisation de la partie orientale du pays, laquelle pourra fournir une belle occasion de décréter pour une durée indéterminée l’état d’urgence ou l’état de siège, voire de déclarer la guerre, conformément aux articles 85 et 86 de la Constitution congolaise. Ainsi le président de la République détiendra le plein pouvoir au-delà des échéances électorales.
Il est plus que jamais urgent de tout mettre en œuvre pour éviter, en République Démocratique du Congo, le vide constitutionnel et la crise institutionnelle ainsi que le maintien au pouvoir faute d’élections, conformément à l’article 70-2 de la Constitution, s’agissant de l’installation effective du nouveau président élu. Le peuple congolais est donc condamner à se prendre en charge, à n’importe quel sacrifice et quel prix, afin d’imposer les grandes orientations de son avenir. De toute évidence, un air de Bérézina flotte dans les esprits d’un bon nombre d’acteurs socio-politiques congolais. Il suffit seulement que l’homme et la femme de la rue le mixent au rumba pour que l’ambiance, cette sorte d’égrégore, puisse enfin prendre une dimension tout à fait patriotique.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Atelier des Médias

Notes
[1] Le Mouvement du 23 mars.
[2] Le Mécanisme national de suivi et de supervision en République Démocratique du Congo de l’accord-cadre d’Addis-Abeba.
[3] Les Forces démocratiques de libération du Rwanda.
[4] La Conférence internationale pour la région des Grands Lacs.
[5] La Communauté de développent d’Afrique australe.
[6] La Commission électorale nationale et indépendante.

jeudi 6 novembre 2014

COMMUNIQUE DE PRESSE n° 20141104/00020 relatif à la crise constitutionnelle et institutionnelle en RD Congo

Selon la plate-forme de la société civile Agir pour des élections transparentes et apaisées (AETA) « le processus électoral 2013-2016 en République Démocratique du Congo se trouve confronter à des graves impasses, principalement budgétaires et temporelles ». En conséquence, il y a nécessité urgente du consensus des acteurs concernés autour d’un calendrier électoral global afin de mettre définitivement un terme à la crise constitutionnelle et institutionnelle qui ne cesse d’hypothéquer l’avenir du peuple congolais.

Au vu des conclusions de l’atelier d’analyse technique ayant été récemment organisé à Kinshasa par l’AETA, le Bureau du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) s’interroge à la fois sur la conformité du processus électoral en cours par rapport aux dispositions constitutionnelles, ainsi que sur l’efficacité dudit processus en termes de crédibilité.

Sachant que le pouvoir en place en République Démocratique du Congo est tenté par la révision des articles 101 alinéa 6, 104 alinéas 5 et 8, 197 alinéa 4 et 198 alinéa 2 relatifs aux élections des députés provinciaux, sénateurs et gouverneurs de provinces, ainsi qu’à la durée du mandat présidentielle, le Bureau du RDPC sollicite la vigilance du peuple congolais et de la communauté internationale. En effet, les manœuvres de la Commission électorale nationale et indépendante (CENI) visent à retarder les élections locales et régionales prévues en 2015 dans l’optique de repousser, de facto, les élections législatives et présidentielle de 2016. Une autre manière de prolonger le mandat présidentiel, en cas d’échec des subterfuges électoraux, consisterait à faciliter davantage la déstabilisation de la région du Kivu dans le but de décréter pour une durée indéterminée l’état d’urgence ou l’état de siège, voire de déclarer la guerre, conformément aux articles 85 et 86 de la Constitution congolaise.

Le Bureau du RDPC insiste donc sur la nécessité d’éviter le chaos susceptible de se maintenir au pouvoir, conformément à l’article 70-2 de la Constitution, s’agissant de l’installation effective du nouveau président élu. Les membres du Bureau rappellent que le devenir de la République Démocratique du Congo dépend avant tout de la seule volonté du peuple congolais à instaurer un véritable Etat de droit et à aspirer à un avenir socialement et économiquement viable.

Fait à Paris, le 4 novembre 2014

Pour le Bureau du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC),

Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Porte-parole

mercredi 29 octobre 2014

RD Congo : Gaspard-Hubert Lonsi Koko plaide pour une croissance économique au service de la cohésion sociale

Dans l’interview qu’il vient d’accorder à Œil d’Afrique, Gaspard-Hubert Lonsi Koko se montre pragmatique dans le choix budgétaire en vue de l’exercice 2015. A cet effet, il allie politiquement le dynamisme économique à la justice sociale.


Œil d’Afrique : Le Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo, a proposé un budget de 9 milliards USD pour l’exercice  2015, alors que vous proposez 12,5 milliards USD. Comment avez-vous fait pour trouver les 3,5 milliards USD ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Dans l’absolu, en prenant en compte les estimations selon lesquelles le Trésor public perd plus de 11,13 milliards USD par an, le budget de la République Démocratique du Congo pour l’exercice 2015 devrait s’élever à plus de 23,63 milliards USD. Mais il serait absurde d’acheter la chikwangue (le bâton de manioc) pour le poisson que l’on n’a pas encore pêché. Fort de ce constat, j’ai privilégié l’option qui consiste à récupérer progressivement, en cours de mandature, les sommes inutilement gaspillées ou alors détournées. Mon souhait le plus cher, c’est que le budget prévisionnel que je propose aux Congolaises et aux Congolaises puisse être révisé en hausse, dans les trois premiers mois de son application, à la suite d’une gestion rigoureuse et sérieuse de la chose publique.

Œil d’Afrique : Qu’est-ce qui prouve l’exactitude de vos chiffres, d’autant plus que le Premier ministre a l’avantage de disposer des chiffres non connus de l’opposant que vous êtes ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Un budget correspond en principe aux dépenses réelles et croit chaque année par rapport aux besoins du pays. L’information gouvernementale étant une source parmi tant d’autres, j’ai fait mes prévisions en fonction de tous les éléments – aussi bien internes qu’externes – en ma possession. En tout cas, les prévisions que j’avance tiennent compte non seulement des différentes hypothèses de croissance, mais aussi de nombreux gaspillages de l’argent du circuit officiel, de la corruption, du détournement des fonds publics… Tous ces facteurs ont conduit à ce que je puisse précautionneusement tabler le budget de la République Démocratique du Congo, dans un premier temps, à 12,5 milliards USD pour l’exercice 2015. Par rapport à la loi de règlement de l’exercice clos, je ne serai pas surpris que mes observations soient prises en compte soit dans la loi de finances initiale, soit dans la loi de finances rectificative.

Œil d’Afrique : Comment se fait-il que le Premier ministre mise sur 48 milliards USD de recettes sur les 5 ans tandis que votre pronostic est de plus de 65 milliards USD pour la même période ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : L’équation est simple. Elle est claire et limpide comme de l’eau de roche. Si le gouvernement en place à Kinshasa est en mesure de dilapider plus de 11,13 milliards USD en une année, on peut a contrario économiser la même somme à chaque exercice budgétaire pendant tout le quinquennat. Ce n’est qu’une question de volonté politique et du désintérêt personnel au profit de l’intérêt de l’Etat, de la capacité à maîtriser les circuits informels en rapport avec la fuite des capitaux. Je ne préconise nullement plus de 65 milliards USD des recettes pour le simple plaisir d’amuser la galerie. Cette préposition est le résultat d’un cheminement gestionnaire mûrement réfléchi.

Œil d’Afrique : Pourquoi, malgré votre pragmatisme, les 65 milliards USD que vous proposez dans 5 ans restent néanmoins inférieurs au budget de l’Angolais pour l’exercice 2014 ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Le budget de l’Angola n’a pas atteint cette année plus de 70 milliards USD par l’opération du Saint-Esprit. Cela est dû à un long processus basé sur une exploitation efficace et une commercialisation sérieuse des minerais. Le gouvernement angolais a su investir l’argent des produits exportés dans les infrastructures publiques. Mon ambition, c’est que la croissance économique contribue largement au bonheur du peuple congolais. Elle doit à tout prix améliorer les conditions matérielles et intellectuelles de nos compatriotes. La cohésion sociale, c’est la finalité de la vision que j’ai, à très court terme, de l’avenir des Congolaises et des Congolais.

Propos recueillis par Roger Musandji

mardi 28 octobre 2014

Pleurs pour le Congo

Dona Mobeti, à travers « Pleurs pour le Congo », rappelle le patriotisme qui doit animer, à tout moment, le peuple congolais. Musicien engagé, il en appelle à la conscience des acteurs politiques et du citoyen lambda afin que cessent à jamais les violences sexuelles, afin que soit reconnu le génocide congolais, afin que la RD Congo aspire à une réelle indépendance. Bravo l’artiste, ton combat est aussi le nôtre !


vendredi 24 octobre 2014

La double nationalité en RD Congo, une donnée à géométrie variable ?

Lorsque le jeune attaquant congolo-français a marqué le premier but des Léopards contre les Eléphants de la Côte d’Ivoire lors de la quatrième journée des éliminatoires de la CAN 2015, le peuple congolais – de l’intérieur comme de l’extérieur – s’est à l’unanimité senti fier du compatriote que la France a si chèrement élevé et formé. Force est de constater que, à cet instant précis, le patriotisme a naturellement pris le dessus sur la stérile et politicienne polémique relative à la double nationalité. Ainsi est-on en droit de se demander en toute objectivité si, en République Démocratique du Congo, la binationalité est une donnée à géométrie variable.

Les efforts de la Fecofa

Outre le sélectionneur congolais-français Florent Ibenge Ikwange et son adjoint Mwinyi Zahera juridiquement logé à la même enseigne, beaucoup de jeunes binationaux et de jeunes footballeurs de souche congolaise nés ou grandis en Europe n’ont pas hésité une fraction de seconde à endosser les maillots des Léopards, c’est-à-dire de l’équipe nationale de la République Démocratique du Congo qui plus est le pays de leurs parents. Les démarches de la Fédération congolaise de football (Fecofa) afin de les convaincre à rejoindre les Léopards – lesquelles avaient déjà porté leurs fruits avec des binationaux comme Mulumbu (l’actuel capitaine de l’équipe nationale), Makiadi, Dikaba, Sami Joël, Mongungu, Mabiala – ne peuvent qu’être saluées. De plus, en conformité avec l’article 10-3 de la Constitution du 18 février 2006, l’initiative de la Fecofa a dans le fait confirmé qu’est Congolais d’origine tout individu appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo – présentement la République Démocratique du Congo –  à l’indépendance. La non-application, voire la mauvaise interprétation, de ce dispositif constitutionnel a sans conteste privé les Léopards de talents comme Claude Makelele, Péguy Luyindula, Steve Mandanda, Yan Mvila, Dimitri Mbuyu, les frères Mpenza, Romuald Lukaku, Vincent Kompany, Christian Benteke, Anthony Van Den Borre, José Bosingwa, Blaise Nkufo… D’aucuns savent que ces derniers ont fait et continuent de faire sportivement le bonheur des pays européens comme la France, la Belgique, le Portugal et la Suisse.

La fierté et le patriotisme

Il est indéniable que les démarches de la Fecofa ont renforcé la conscience des binationaux. Effectivement, à l’instar de Fabrice Nsakala (Anderlecht), Arthur Masuaku (Olympiakos), Tshimanga (Anderlecht), Gaël Kakuta, Presnel Kimpembe (Paris Saint-Germain), Junior Malanda (Wolfsburg en Allemagne), Chris Mavinga (Reims en France)…, les jeunes footballeurs de souche congolaise sont de plus en plus nombreux à vouloir emboiter le pas à ceux qui ont déjà opté pour l’équipe nationale de la République Démocratique du Congo. Selon toute vraisemblance, ils veulent porter fièrement et patriotiquement les maillots des Léopards.

Les faits par rapport à la Loi

En droit, il existe un principe selon lequel les faits précèdent la loi. En effet, après la nomenklatura politique qui compte déjà une pléthore d’acteurs possédant la double nationalité (même si elle refuse de le reconnaître publiquement), la Fecofa vient tout simplement de confirmer ce principe.
Par conséquent, au lieu de se mettre systématiquement en porte-à-faux avec le dispositif du droit international attribuant à chaque Etat la souveraineté en matière de nationalité, les autorités congolaises feraient mieux de se conformer à la réalité. Elles doivent de facto cesser de chercher politiquement noise aux Congolais d’origine portant une citoyenneté étrangère. Cela ne fera que renforcer la République Démocratique du Congo sur les plans économique, social, culturel, sportif et démocratique. Il est temps d’améliorer en matière de nationalité, ou de citoyenneté, et d’égalité de tous les Congolais au regard de la Loi, tout dispositif discriminatoire rendant pratiquement conflictuelle la Constitution du 18 février 2006. En agissant de la sorte, celle-ci deviendra juste et parfaite.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

mardi 21 octobre 2014

RD Congo : plus de 65 milliards USD de croissance économique en 2020

Le 15 octobre 2014, l’assemblée nationale a estimé recevable le projet de budget du gouvernement pour l’exercice 2015 – estimé à environ 9 milliards USD – présenté deux jours plutôt. Envoyé pour amendement à la Commission économique et financière de la chambre basse du Parlement, ce texte devra être transmis au Sénat avant d’être soumis à la signature du Président de la République pour promulgation. Le Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, a souligné à cette occasion l’engagement du gouvernement dans la réduction du train de vie des institutions politiques, l’objectif étant d’opérer une meilleure redistribution et d’intensifier les efforts en vue d’une plus grande mobilisation des recettes qui proviendraient à 79 % des ressources internes et à 21 % des ressources externes.

Le déficit et le faible niveau budgétaire

Compte tenu de la faiblesse des recettes prévues dans le projet de loi de finances relatif à l’exercice 2015, de l’inefficacité des réformes fiscales et du laxisme dans l’application des lois budgétaires, auxquels il faudra ajouter l’absence de contrôle, l’impunité ainsi que la modeste contribution des secteurs minier et des hydrocarbures, le Premier ministre a promis d’engager des réformes idoines, en matière de sécurité et de développement économique afin d’atteindre les 48 milliards USD de recettes sur les cinq ans de la mandature. A cet effet, il a souligné à juste titre que « les questions sur la fraude et l’évasion fiscale, notamment dans la phase d’exportation, la lutte contre l’impunité et l’exercice efficace du contrôle exigent que les institutions ad hoc soient renforcées effectivement dans leurs missions ».
Selon Augustin Matata Ponyo, les recettes internes connaissent ainsi un taux d’accroissement de 7,4 % par rapport aux assignations de l’exercice passé et sont constituées des recettes de douanes et assises, des impôts, des recettes non fiscales ainsi que des recettes des pétroliers producteurs. Or, d’aucuns n’ignorent que les recettes mobilisées et réellement canalisées dans les caisses de l’Etat congolais ne reflètent guère le potentiel fiscal ou la vraie capacité contributive du pays. Ceci constitue, à n’en pas douter, un manque à gagner et prive l’Etat d’une partie de ressources pouvant satisfaire les besoins vitaux des populations.

Un budget à la hauteur des enjeux

C’est en mettant définitivement un terme à la fuite des recettes publiques que l’on pourra harmoniser le potentiel en ressources et les performances économique. En effet, le développement économique de la République Démocratique du Congo nécessite que le gouvernement s’implique sérieusement dans la maîtrise de l’endettement et des capitaux internes. Il est donc indispensable de privilégier la rigueur dans la gestion de la chose publique. C’est la condition sine qua non en vue d’un budget à la hauteur des enjeux en cours et à l’image d’immenses richesses dont regorge le sol congolais.
En principe, au vu de divers facteurs évoqués supra, le budget minimal de la République Démocratique du Congo pour l’exercice 2015 doit s’élever à 23 milliards USD. Mais comme on estime à environ 11 milliards USD les flux financiers illicites enregistrés par l’Etat congolais, soit 2 milliards de plus que la proposition gouvernementale, la prudence voudrait que ce budget s’élève dans un premier temps à au moins 12 milliards USD. La finalité consistera à dynamiser la croissance économique à plus de 65 milliards USD à la fin du quinquennat, soit une augmentation annuelle des recettes d’au moins 11 milliards USD de 2015 à 2020, et à encourager un meilleur usage des ressources externes.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

mercredi 8 octobre 2014

La IVe République, voie salutaire pour l’émergence de la RD Congo

Un Forum international s’est tenu, sous la présidence du Premier ministre Augustin Matata Ponyo, les 2 et 3 octobre 2014 à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. A l’issue des assises de ce conclave, les participants ont adopté les recommandations qui ont été proposées par M. Azzeddine Diouri, le secrétaire général du ministère délégué auprès du chef du gouvernement marocain chargé de la Fonction publique et de la Modernisation de la fonction publique.

Les différentes propositions

Les recommandations préconisées par M. Azzedine Diouri ont trait au renforcement de la coopération Sud-Sud dans la mise en place de réformes et au partage soutenu des expériences réussies avec les autres pays d’Afrique et d’ailleurs. Elles concernent aussi l’échange et le partage fructueux entre les pays du continent, l’instauration de bonnes pratiques, ainsi que les pistes de solution et d’adaptation. Les recommandations du représentant du Maroc portent notamment sur l’élaboration d’une feuille de route de leur mise en œuvre sous-forme d’un programme d’actions prioritaires devant s’inspirer des orientations de la modernité, tout en appelant les partenaires bilatéraux et multilatéraux à apporter leur soutien en vue de leur concrétisation. Elles préconisent également le renforcement des capacités opérationnelles de l’Ecole nationale d’administration en République Démocratique du Congo quant à son statut et son fonctionnement, particulièrement l’amélioration des programmes de formation et la généralisation de l’utilisation efficiente des technologies de l’information et de la communication au sein de l’administration publique.
Pour M. Azzedine Diouri, le gouvernement congolais devra prendre en considération la mise en place d’un mécanisme efficace et durable de protection sociale, l’octroi de facilités de reconversion professionnelle à ceux qui quittent la fonction publique, ainsi que la promotion d’une administration publique de proximité, grâce à la création de guichets uniques. Cela permettra de renforcer la transparence et l’efficience des services publics à travers la simplification des procédures administratives et la mise en place d’une administration ouverte, outre la promotion du dialogue social permanent avec les partenaires sociaux, dont les syndicats.

Plus concrètement

La volonté du gouvernement congolais de réformer l’Etat est louable dans la mesure où, en République Démocratique du Congo, s’impose une réforme profonde de la fonction publique. De ce fait, il faut une rupture avec le pouvoir en place par rapport au régime à la fois semi-parlementaire et semi-présidentiel. Plus précisément, l’instauration de la IVe République doit permettre de réformer en profondeur les institutions étatiques. De plus, au vu de l’incessante crise politique en cours, il est plus que jamais indispensable de conforter les acteurs sociaux, d’écouter les citoyens et de les rendre actifs, de doter les élus du peuple d’un véritable statut pouvant les protéger dans l’exercice de leurs fonctions, surtout contre les arrestations arbitraires et l’abus du pouvoir.
Les propositions du représentant du royaume chérifien auraient dû être plus audacieuses que les simples recommandations tout à fait évidentes, lesquelles sont déjà faites par quelques opposants congolais crédibles. Seul un électrochoc politique orientera la République Démocratique du Congo sur des voies politiquement démocratiques et socio-économiquement viables. A cet effet, sous la IVe République, la réforme des institutions de l’Etat devra rendre véritablement égaux tous les Congolais devant la loi, ainsi que matérialiser réellement la séparation des pouvoirs entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

samedi 4 octobre 2014

La nécessité de dynamiser le budget 2015 en RD Congo

En République Démocratique du Congo, lors du débat sur l’exécution des finances de l’Etat à l’Assemblée nationale survenu le 2 octobre dernier, les députés nationaux ont mis en cause le déséquilibre ayant caractérisé la gestion du budget 2013. Ainsi ont-il fait remarquer l’incapacité du gouvernement à mobiliser les recettes, soit plus de 2 milliards USD pourtant prévus dans le budget 2013, tout en pointant le défaut de crédibilité quant à l’écart de 30 % observé entre les prévisions et les réalisations budgétaires. Les députés ont aussi reproché au gouvernement d’avoir engagé des dépenses au-delà des fonds prévus, sans en informer les deux chambres du Parlement. Par conséquent, ils ont jugé prioritaire l’examen et le vote de la loi portant reddition des comptes de l’exercice 2013, dont l’adoption est préalable à celle de la loi des finances pour l’exercice 2015, déposée le 29 septembre dernier au bureau de l’Assemblée nationale, par le Premier ministre Augustin Matata Ponyo. De toute évidence, au-delà de la critique acerbe des députés à l’encontre de la gestion gouvernementale du budget 2013, il est question de trouver des voies et moyens susceptibles de contribuer à l’amélioration de la gouvernance et de la transparence dans la gestion des finances publiques en République Démocratique du Congo.

Le budget 2014

Ayant justement pris en compte la catastrophique situation financière à laquelle n’a cessé d’être confrontée la République Démocratique du Congo jusqu’en 2013, le budget global pour l'exercice 2014 qu’a proposé le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) s’est élevé à presque 7,75 milliards d’euros – soit 10,2 milliards USD. Plusieurs milliards d’euros étant systématiquement perdus à cause de la corruption, du détournement des fonds publics et des dépenses supposées que l’on amputait sans vergogne à la guerre, un effort constant aurait dû être fourni pour que le budget puisse correspondre aux dépenses réelles et croître chaque année au profit du bien-être des populations. En effet, la transparence et la rigueur dans l’exploitation et dans la commercialisation des minerais, les contrats chinois et les importations des produits alimentaires auraient dû rapporter plus de 800 millions d’euros par an. 1,738 milliard d’euros serait provenu des produits pétroliers et 329,4 millions d’euros des économies que le Trésor public aurait dû faire, en temps de paix, en ne les attribuant pas aux dépenses de guerre. La maîtrise de différents gaspillages de l’argent du circuit officiel, dus à la mauvaise utilisation et aux contraintes liées à la guerre, aurait évidemment permis de récupérer dans les 3 ans au moins 3,11 milliards d’euros sur les 11,13 milliards d’euros du circuit informel. Cette répartition budgétaire tenait compte – à court, moyen et long terme – de l’affectation des ressources et de la réalisation des objectifs prioritaires à atteindre à tout prix : à savoir la paix, la cohésion nationale, la croissance économique et l’évolution sociale.
Les 10,2 milliards USD du budget de l’exercice 2014 – soit 2,2 milliards USD supérieurs au budget du gouvernement – ont d’ailleurs été estimés sur la base de l’exercice 2013 que le Premier ministre Matata Ponyo avait jugé très équilibré. La croissance, très dégradée à cause des politiques menées depuis 2001, aurait pu nettement progresser au regard du budget gouvernemental de 2013, c’est-à-dire 7 milliards USD, de 10 % en 2014 à 18,25 % en 2019 – soit une évolution de 8,25 % en 5 ans. Il est à noter que, selon les estimations du PIB réalisées par le gouvernement congolais à la fin décembre 2012, la croissance économique avait atteint le taux de 7,2 %, alors que le RDPC préconisait 10 % en décembre 2014 – soit une hausse de 2,8 % – et 11,65 % en 2015, au lieu de 10,5 % qu’avait prévu le gouvernement, soit une hausse de 1,15 %.

Un budget 2015 ambitieux

Ayant retenu les leçons du passé, pour ce qui est de la bonne supposée foi du gouvernement en place à Kinshasa, le chiffrage proposé « hic et nunc » tient surtout compte des moyens qu’un gouvernement de la République aura besoin dans la déclinaison de sa politique. Cela permettra non seulement de vérifier la rentabilité et l’équilibre financier du programme du RDPC, mais surtout de réaliser le sérieux de la future administration, sans conteste modernisée, avec laquelle les Congolaises et les Congolais auront à faire. Plus entreprenant et plus pragmatique que le gouvernement Matata Ponyo, le RDPC n’a pas hésité à proposer, sur la base de ses propres estimations, un bilan global de 12,5 milliards USD pour l’exercice 2015 – soit 3,5 milliards USD en plus par rapport aux 9 milliards USD proposés par le gouvernement Matata Ponyo.
Néanmoins, les critiques émises par les députés incitent à la prudence. De plus, en principe, gouverner c’est également prévoir. Le cardinal François Marty ne soutenait-il pas que « l’art de gouverner ne consiste pas à rendre souhaitable ce qui est possible […] mais à rendre possible tout ce qui est souhaitable » ?Bien entendu, par prudence et par réalisme, les prévisions du RDPC s’appuient sur des hypothèses de croissance de l’économie nationale.

Crédibilité et faisabilité

C’est en jonglant habilement avec les chiffres, analysés les uns par rapport aux autres, que l’on parvient à mieux crédibiliser un axiome et à démystifier les préceptes à propos de l’économie. Le budget étant par excellence l’expression chiffrée de la politique économique et sociale de tout gouvernement, le RDPC a toujours fait le choix de se projeter dans l’avenir, au lieu de s’attarder tout le temps sur le calamiteux constat d’un pays dont l’avenir est davantage hypothéqué par des facteurs tant endogènes qu’exogènes, locaux que régionaux, et continentaux qu’internationaux. En effet, il faut en finir définitivement avec un État patrimonial au service de quelques oligarques dont la logique reste la gabegie, la prédation, la mendicité internationale, le pillage des richesses nationales et l’enrichissement personnel.
Rappelons que les prévisions dont il est question ont vocation à démontrer la crédibilité et la faisabilité de la démarche initiée dans l’espoir, comme le disait l’écrivain et historien français Charles Pinot Duclos, « de faire le plus grand nombre d’heureux ». « Si tes projets portent sur un an, plante du riz ; sur vingt ans, plante un arbre ; sur plus d’un siècle, développe les hommes », dit un proverbe chinois. C’est parce que le RDPC a la ferme intention de bâtir les fondations durables du Congo-Kinshasa du troisième millénaire que ses dirigeants commencent par poser la première pierre. Ainsi reviendra-t-il aux futures générations de la dégrossir tous les jours, à l’aide des outils qu’on doit mettre dès maintenant à leur disposition.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko