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mercredi 14 novembre 2012

Quelle perspective immédiate popur la RDC ?

Le Premier ministre de la République démocratique du Congo, Augustin Matata Ponyo Mapom, effectue de mercredi 14 novembre à vendredi 16 une visite d’État en France, où il rencontrera son homologue Jean-Marc Ayrault, plusieurs ministres et des opérateurs économiques, pour discuter des questions de sécurité, d’économie et de démocratie. 
  Outre le chef du gouvernement français, Monsieur Matata Ponyo Mapom devra rencontrer le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le ministre des Finances Pierre Moscovici, la ministre déléguée à la Francophonie Yamina Benguigui et le ministre délégué au Développement Pascal Canfin.
Rappelons que, quelques jours avant le sommet de la Francophonie mi-octobre à Kinshasa, le président français François Hollande avait qualifié d« inacceptable sur le plan des droits de la démocratie et de la reconnaissance de l’opposition » la situation des droits de l’Homme et de la démocratie en République Démocratique du Congo. Cela avait valu la réplique du président congolais, Joseph Kabila, selon laquelle son pays n’était « pas du tout complexé ».

L’insécurité et la crise des institutions

Le Premier ministre congolais va « travailler avec les autorités françaises sur les questions de sécurité », notamment dans l’Est de la République Démocratique du Congo, qui est sans cesse en proie à une instabilité chronique depuis l’accession de Joseph Kabila à la présidence en 2001. Les deux guerres qu’a connu le pays ces vingt dernières années ont de facto amplifié l’instabilité et l’insécurité aussi bien à l’intérieur des frontières nationales que dans la région des Grands Lacs. L’impunité reste donc totale. L’infiltration des FARDC[1] par les éléments appartenant à quelques pays limitrophes, attirés par des terres fertiles et riches en minerais, et une diplomatie moribonde empêchent la République Démocratique du Congo de faire efficacement face aux groupes rebelles qui poussent comme des champignons dans la région du Kivu. Pis encore, la crise post-électorale n’a fait qu’aggraver la faillite de l’État et mettre en évidence la carence des institutions – lesquelles sont pourtant aux bottes de Joseph Kabila – ainsi que l’illégitimité du pouvoir kabiliste.
Joseph Kabila s’est cyniquement maintenu à la magistrature suprême, en dépit d’une élection présidentielle entachée de fraudes, dans un pays où les violations des droits des droits fondamentaux de la personne humaine sont légion, où la partie orientale ne cesse de subir les conséquences d’une guerre civile et des hégémoniques ambitions des petits voisins. Entre-temps, profitant de l’inexistence de l’État congolais, les multinationales pillent sans vergogne toutes les ressources naturelles, les exploitent en toute illégalité et s’adonnent en toute tranquillité au trafic des minerais.

Les violations des droits fondamentaux

Monsieur Matata Ponyo Mapom va par ailleurs souligner les efforts pour améliorer les questions liées à la démocratie, relatives aux droits de l’Homme et à la paix. Nul ne doute que – après la spoliation l’élection présidentielle du 28 novembre 2011 2011, couplée aux élections législatives – la garde rapprochée de Joseph Kabila s’active davantage. Ainsi la répression a-t-elle fait des milliers de victimes. Les enlèvements, les disparitions forcées et les arrestations arbitraires se sont amplifiés. Selon divers rapports d’organisations des droits de l’Homme, plusieurs opposants ont été assassinés ou sont portés disparus depuis les élections bâclées de 2011 et plusieurs milliers de personnes croupissent en prison et dans des de lieux de détentions pour des raisons politiques.

La réconciliation nationale

L’attitude du Rwanda et l’inaction de Joseph Kabila constituent, à n’en pas douter, des facteurs déterminants en vue de la balkanisation de la République Démocratique du Congo. Si rien n’est entrepris, cela ne pourra qu’aggraver la guerre. Si la fermeté de François Hollande lors du XIVe Sommet de la Francophonie[2], s’agissant de l’intangibilité des frontières du Congo-Kinshasa, a constitué une mise en garde envers les agresseurs de ce grand pays francophone, les Congolaises et les Congolais sont désormais conscients que le salut ne peut venir que de la réconciliation nationale. Mais encore faut-il éviter les erreurs du passé. Encore faut-il que cette réconciliation se fasse avec des opposants crédibles et compétents, qui n’ont jamais été impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans la catastrophique gestion de la chose publique de 1997 à nos jours. Seuls les Congolais n’ayant pas pris les armes, ou cautionné leur usage en vue de la prise ou du partage du pouvoir, peuvent mettre à jamais un terme aux violences sexuelles, aux crimes de guerre, aux crimes contre l’Humanité et au génocide en cours en République Démocratique du Congo.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Documentation

mardi 31 mai 2011

De l’affaire Strauss-Kahn aux primaires du Parti Socialiste français

Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko (*)


1. Quel est votre sentiment face à l’affaire Dominique Strauss-Kahn ?
La présomption d’innocence dont bénéficie Dominique Strauss-Kahn ne doit en aucun cas faire oublier la terrible souffrance de la présumée victime. Si les accusations contre DSK s’avéraient vérifiables, il serait logique qu’il encoure la peine relative à l’acte commis. Au-delà de toute considération d’ordre à la fois juridique et moral, il est tout à fait dommage qu’un homme, dont la notoriété a fait naître une lueur d’espoir auprès des milliers d’électeurs aussi bien de gauche que de centre gauche, puisse tout gâcher à cause d’un acte bassement instinctif. Indépendamment du verdict que rendra la justice américaine, il est évident que Strauss-Kahn aura beaucoup de mal à revenir sur la scène politique française. Dommage !

2. DSK est disqualifié des primaires socialistes. Qui a les meilleures chances désormais de l’emporter ?
Le Parti Socialiste ne manque pas de gens talentueux en mesure de s’adonner au rôle qu’aurait pu jouer à merveille DSK. Les camarades Martine Aubry, Laurent Fabius, François Hollande, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Arnaud Montebourg... sont de ceux-là. Mais il me semble que, à la suite de la mésaventure de DSK, François Hollande reste la personne idéale qui puisse permettre au PS, plus de trente ans après l’avènement de François Mitterrand, de gagner de nouveau une élection présidentielle après l’humiliation de Lionel Jospin en 2002 et l’échec de Ségolène Royal en 2077.

3. Craignez-vous des primaires de confrontation ?
Il faut savoir que les socialistes sont habitués à des conventions dont les joutes, qui sont parfois violentes, permettent de dégager des majorités ne serait-ce qu’entre les différents courants internes. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que le Parti Socialiste aura recours aux primaires pour désigner son candidat, ou sa candidate, à un scrutin présidentiel. En 2006, Ségolène Royal a été adoubée à l’issue d’un affrontement avec Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Mais, cette fois-ci, il vaudra mieux ne pas affaiblir celui, ou celle, que les militants socialistes et les électeurs de gauche choisiront.

4. Martine Aubry et François Hollande doivent-ils être candidats l’un contre l’autre ?
Les règles du jeu ayant déjà été fixées, il ne faudrait surtout pas les changer à quelques jours des échéances au prétexte que l’un des prétendants, de surcroît favori des sondages, s’est disqualifié. Il n’est donc pas question de mettre les primaires entre parenthèses, comme certains ténors socialistes l’ont récemment suggéré. Si Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal se sont livrés à cet exercice il y a cinq ans, Martine Aubry et François Hollande pourraient très bien s’y prêter sans que cela ne puisse hypothéquer les chances d’une victoire prochaine. Bien au contraire, cela confirmera pour la énième fois la démocratie ayant toujours prévalu au sein du Parti Socialiste. La difficulté ne résidera pas dans la confrontation entre ces deux prétendants, dans la mesure où ils sont de dignes héritiers de Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand. Personne n’ignore qu’ils incarnent les idées de la social-démocratie. C’est plutôt dans le choix entre les deux potentiels concurrents à la candidature socialiste que l’on aura du mal à se prononcer. Bien entendu, entre Martine Aubry et François Hollande, comme l’a souligné à juste titre Arnaud Montebourg, c’est en quelque sorte « bonnet blanc et blanc bonnet ».

5. Le « tout sauf Hollande » semble prendre forme en vue des primaires. Quel est votre sentiment ?
Cela conforte les pronostics selon lesquels François Hollande est capable d’emporter haut la main ces primaires, sinon personne n’aurait accordé la moindre attention à ses ambitions, et de battre Nicolas Sarkozy à la prochaine élection présidentielle de la même façon que François Mitterrand avait descendu de son piédestal Valéry Giscard d’Estaing en 1981. Rappelons que Hollande a su se maintenir pendant dix ans à la tête du Parti Socialiste et aurait probablement été réélu s’il s’était porté candidat à sa propre succession au congrès de Reims en 2008. Excellent débatteur et habile manœuvrier, Hollande sait voler à basse altitude pour mieux surprendre ses adversaires et les assommer sans qu’ils aient le temps de l’apercevoir. Ceux qui, dans le passé, ne se sont fiés qu’à son attitude débonnaire ont appris à leur détriment que cet homme savait manier le cynisme de l’étrangleur ottoman. L’argument qui consiste à critiquer Hollande de n’avoir exercé aucune responsabilité ministérielle par rapport à Martine Aubry n’est pas du tout convaincant. Rappelons que le député de Corrèze est politiquement plus expérimenté – plusieurs fois député, élu à deux reprises à la présidence du conseil général de son département, une dizaine d’années aux commandes du Parti Socialiste... – que ne l’était Barack Obama à son accession à la Maison Blanche.

PROPOS RECUEILLIS PAR ROBERT KONGO, CORRESPONDANT EN FRANCE

(*) Ancien cadre du Parti Socialiste français.

© Le Potentiel