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lundi 4 février 2013

Lettre ouverte au Premier Ministre Belge, Elio di Rupo, sur la dramatique situation dans le Kivu en RD Congo

Signez la pétition



Monsieur le Premier Ministre,

Nous, Congolais de l’étranger, souhaiterions attirer votre attention sur la dramatique situation en cours dans l’Est de la République Démocratique du Congo – ce pays ayant beaucoup contribué, d’une manière ou d’une autre, avant comme après l’indépendance, à la renommée internationale du Royaume de Belgique. En effet, l’intervention militaire française sur le sol malien ne peut que nous interroger sur l’indifférence de votre gouvernement par rapport à son ancienne colonie.

En ayant engagé les troupes françaises au Mali, le président de la République Française, François Hollande, vient de solder, envers le peuple malien, la dette morale de la France remontant à la Seconde guerre mondiale. Ainsi honore-t-il, par cette intervention militaire, les Maliens morts pour la France sur les différents champs de batailles. L’opération Serval a non seulement trait à la défense des valeurs universelles, mais surtout à une Histoire commune entre les peuples concernés. Or, nul ne l’ignore, la Belgique et la République Démocratique du Congo ont longtemps cheminé ensemble, pour le meilleur et pour le pire, vers un idéal partagé.

En conséquence, Nous, Congolais de l’étranger, demandons au gouvernement belge de prendre l’initiative d’une opération militaire, aux côtés des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), en vue de stabiliser la région du Kivu. Nous ne souhaitons en aucun cas que cette intervention soit un soutien à une quelconque structure politique. Au contraire, elle doit symboliser un acte salutaire non seulement pour les populations congolaises victimes de crimes de guerre et crimes contre l’Humanité, mais surtout pour la Paix dans la région des Grands Lacs.

Espérant pourvoir compter sur l’humanité du peuple belge, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de notre très haute considération.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Président d’Union du Congo

Signez la pétition

jeudi 17 janvier 2013

Mali et RD Congo : deux poids, deux mesures ?

Dans une intervention télévisée en date du 11 janvier 2013, le président de la République française a annoncé l’engagement des forces armées françaises au Mali, en soutien aux troupes maliennes, pour repousser les groupes armés islamistes. François Hollande a affirmé que cette opération de lutte contre des « terroristes » durerait « le temps nécessaire ». La France a donc déployé huit cents soldats depuis le début de son intervention militaire, et ce dispositif sera progressivement porté à deux mille cinq cents hommes.

D’aucuns s’interrogent sur le fait que la France ne soit pas intervenue militairement en République Démocratique du Congo, où la situation est beaucoup plus désespérée que celle du Mali. De plus, dans son discours au sommet de la Francophonie à Kinshasa, le chef de l’État français avait promis d’œuvrer pour l’intégrité de ces deux pays francophones.

Les raisons de l’intervention française

La France intervient sur le sol malien, entre autres, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme – l’objectif étant d’empêcher que le Mali ne devienne un État de type salafiste, avec tout ce que cela comporterait comme conséquences par rapport aux intérêts occidentaux. L’éventualité de l’hégémonie des trois groupes islamistes – en l’occurrence AQMI, le Mujao et Ansar Eddine – ce pays d’Afrique a donc justifié le soutien du conseil de sécurité des Nations unies et de la classe politique française à la guerre de François Hollande.
D’aucuns n’ignorent que la position géostratégique de la République Démocratique du Congo ne laisse nullement indifférents les groupes opposés aux intérêts occidentaux, tels que l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), les Shebabs, les commandos salafistes..., dans ce vaste et très riche territoire francophone. Les richesses dont regorgent quelques pays africains n’intéressent pas que les seuls Occidentaux, mais aussi d’autres puissances confirmées et émergentes comme la Chine, la Russie, le Japon, l’Inde, Brésil... sans oublier des groupes extrémistes tels que les Hezbollahs, Al-Qaïda, les Talibans... qui, pour des raisons économique et géostratégique, comptent bien s’implanter durablement dans le bassin du Congo où il sera très difficile de les déloger. Pourquoi la France ne s’est-elle pas appuyée sur la Convention européenne pour la répression du terrorisme, conclue le 27 janvier 1977 à Strasbourg, pour justifier une intervention militaire – soit des forces armées françaises, soit de l’Eurofor – dans la région du Kivu ?

La division de la classe politique congolaise

À Paris, la classe politique[1], toutes tendances confondues, a approuvé dans sa majorité l’initiative de François Hollande d’envoyer l’armée française au Mali. Consensus qu’a confirmé le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, en se félicitant de « la capacité de [la France] à se réunir lorsque sont en jeu les valeurs qui sont au fondement même de [la] République » et en insistant sur une unité particulièrement importante « à un moment où [les soldats français] sont engagés sur le terrain en appui à l’armée malienne ».
À Bamako, toutes les forces vives sont favorables, au-delà de leurs divergences, à l’intervention armée de la France et des forces de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Sur le plan politique, le président par intérim de la République malienne, le professeur Dioncounda Traoré, a sollicité l’intervention militaire de la France auprès de François Hollande pour arrêter l’avancée des djihadistes. Or à Kinshasa, les intérêts partisans ne cessent de primer sur le patriotisme. Ainsi la classe politique congolaise n’est pas prête à s’unir, ne serait-ce que temporairement, pour enrayer l’agression à finalité « balkanisatrice ».

Un avantage non exploité

La France ayant une responsabilité morale dans la mise en place de l’opération Turquoise[2], le président de la République française ne peut rester indifférent à la dramatique situation en cours dans la région du Kivu. Les autorités congolaises auraient donc dû solliciter auprès de différents chefs d’État et de gouvernement, lors du sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Kinshasa, une intervention militaire des pays francophones en vue de la sécurisation de la partie orientale de la République Démocratique du Congo.
Malheureusement, cela n’avait nullement frôlé leur esprit, l’enjeu ayant surtout concerné la soi-disant « légitimité » ou « illégitimité » de tel ou tel candidat à l’élection présidentielle. Alors qu’il disposait de tous les atouts, le président Joseph Kabila n’a pas su exploiter l’avantage qui lui aurait permis d’obtenir le soutien unanime de la communauté francophone, surtout celui de la Belgique, en vue de la sécurisation de la partie orientale.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

À lire aussi :

- D’éventuels terroristes « lingalaphones » ;
- Sommet de la Francophonie : qu’attendre de François Hollande ?
- François Hollande devra-t-il boycotter le XIVe Sommet de la Francophonie à Kinshasa ?
- Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko.

Notes :
[1] Exceptés Dominique de Villepin, Jean-Luc Mélenchon et Noël Mamère.
[2] L’opération Turquoise s’est déroulée du 22 juin au 21 août 1994 sous mandat des Nations Unies par le vote de la résolution 929. Cette résolution prévoyait un déploiement français avec des objectifs humanitaires en coopération avec la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR), qui devait à court terme relever les troupes françaises engagées. Dès le vote de la résolution, un pont aérien fut réalisé entre Paris et Goma, projetant ainsi hommes et matériels au Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo). Parallèlement, l’armée française de l’Air installa une base aérienne à Kisangani, toujours dans le territoire zaïrois. Le dispositif interarmées Turquoise, sous les ordres du général Lafourcade, se déploya à Gikongoro, Kibuye, Cyangugu au Rwanda. La première mission des unités françaises avait consisté à assurer la protection des camps des réfugiés, en rétablissant un climat de confiance favorable au déploiement de l’aide humanitaire.

vendredi 27 juillet 2012

Françafrique : François Hollande et les partisans du statu quo


Depuis son investiture à la présidence de la République française, le 15 mai 2012, François Hollande a déjà reçu six de ses homologues africains et s'est entretenu au téléphone avec plusieurs autres. Gaspard-Hubert Lonski Koko se demande si le Président socialiste se différenciera de ses prédécesseurs, quant à sa politique africaine.

Depuis son investiture à la présidence de la République française, le 15 mai 2012, François Hollande a déjà reçu six de ses homologues africains. La réception du président en exercice de l’Union africaine, le Béninois Thomas Boni Yayi, a été suivie par celles du NigérienMahamadou Issoufou, du Guinéen Alpha Condé, du Gabonais Ali Bongo Odimba, du Sénégalais Macky Sall et de l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara. Il fallait rassurer ceux qui n’ont pas encore eu le temps de faire le pèlerinage de Paris. Ainsi François Hollande s’est-il entretenu au téléphone avec le Tchadien Idriss Déby Itno et le Burkinabé Blaise Compaoré. Le Premier ministre malgache a fait, dans la même optique, un détour en France où il a rencontré le ministre délégué au Développement, Pascal Canfin [lire la suite].
Gaspard-Hubert Lonsi Koko